Un électricien à la retraite trafiquait les compteurs Linky : 18 mois de prison !
À Bordeaux, un électricien retraité, ancien salarié d’Enedis, vient d’être condamné pour avoir trafiqué des compteurs Linky. Afin de faire chuter des factures d’électricité.
L’affaire, révélée par TF1 Info à partir d’une dépêche AFP, illustre une réalité plus large : avec l’inflation énergétique, la fraude au comptage s’organise… Et la riposte s’accélère.
Un “service” clandestin qui promettait -80 % sur la facture
Le tribunal de Bordeaux a condamné, le 19 janvier, un électricien à la retraite à 18 mois de prison avec sursis pour avoir trafiqué des compteurs Linky. Selon TF1 Info, citant l’AFP. Une peine assortie d’une amende de 10 000 euros et d’une obligation d’indemniser Enedis à hauteur de 450 000 euros. Un montant inférieur aux 1,2 million réclamés par le gestionnaire de réseau.
Le dossier met en lumière un mécanisme devenu classique. Contre paiement en liquide, le compteur est modifié pour réduire artificiellement l’énergie enregistrée. Dans ce cas précis, l’objectif affiché était massif. Approcher une baisse de facture de près de 80 %, pour des “prestations” facturées entre 500 et 800 euros. D’après les éléments rapportés par TF1 Info.
L’ampleur exacte des manipulations a été discutée. Enedis imputait au retraité près de 600 interventions frauduleuses. De son côté, l’intéressé avait reconnu, lors de l’audience, être intervenu sur une soixantaine de compteurs. Le tribunal, lui, retient un ordre de grandeur bien plus large, évoquant environ 200 compteurs trafiqués.
155 000 euros estimés, des saisies ordonnées et un signal envoyé
Au-delà de la peine, la décision souligne l’enjeu financier. En analysant les sommes retrouvées sur les comptes du prévenu et certaines dépenses. Le tribunal estime qu’il a perçu “a minima” 155 000 euros grâce à ce système, selon TF1 Info.
La justice a également ordonné des saisies. Plus de 70 000 euros sur différents comptes, la moitié de la valeur d’un bien immobilier, ainsi que des véhicules. Le prévenu affirmait s’être lancé pour “aider” une connaissance et ne pas avoir démarché. Enedis, de son côté, a salué un “message très clair” à ceux qui seraient tentés de trafiquer leur compteur.
Derrière la formule, l’objectif est simple : réintroduire de la dissuasion là où la promesse d’économies rapides attire. Car, en période de tensions sur le pouvoir d’achat, la fraude au compteur se vend comme un “plan” parmi d’autres, sur les messageries et les réseaux sociaux, souvent avec des arguments qui minimisent le risque pénal.
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Pourquoi Linky est au cœur de la nouvelle vague de fraudes
On pourrait croire que les compteurs communicants, conçus pour fiabiliser la relève et détecter des anomalies, rendent la fraude impossible. En réalité, Linky a déplacé le problème. Il a réduit certains bricolages grossiers, mais il a aussi créé un marché d’interventions plus “techniques”, parfois opérées par des personnes qui connaissent très bien le réseau.
Enedis explique que la fraude au compteur est dangereuse, illégale, et passible de lourdes sanctions. Dans un communiqué de juillet 2025, le gestionnaire évoquait une hausse marquée des fraudes et annonçait une “opération coup de poing” nationale, avec des contrôles coordonnés.
Le phénomène n’est pas marginal. Toujours selon Enedis, plus de 100 000 cas de fraude auraient été recensés depuis 2022. Une information reprise dans plusieurs synthèses AFP et dans la communication d’Enedis autour de son opération nationale.
Cette montée en puissance s’explique aussi par un effet d’entraînement : lorsqu’un voisin “réussit” à faire baisser sa facture, d’autres cherchent le même contact. Puis, l’offre se structure. Le paiement en liquide, la discrétion, et l’idée de “petite triche” rendent le tout socialement plus acceptable aux yeux de certains, alors même qu’il s’agit d’une soustraction d’énergie.
Une infraction pénale… et un risque concret d’accident
Sur le plan juridique, le cadre est net : le code pénal assimile la soustraction frauduleuse d’énergie à un vol. Les peines dépendent ensuite de la qualification retenue, des circonstances, du préjudice et du rôle de chacun. Enedis, dans sa communication officielle, rappelle des plafonds de sanctions et insiste sur le fait que la fraude expose aussi à des poursuites.
Mais le risque n’est pas qu’un débat d’articles de loi. Trafiquer un compteur, c’est aussi prendre le risque d’une installation instable, d’un échauffement, voire d’un départ de feu. Les montages de dérivation, les shunts et les modifications du câblage peuvent créer des points chauds et des défauts d’isolement. Enedis martèle ce point dans ses messages publics : la fraude met en danger les personnes, y compris celles qui ne sont pas à l’origine de la manipulation.
C’est d’ailleurs un aspect qui pèse dans la réponse des autorités. Dans plusieurs affaires récentes, des enquêtes ont pointé des interventions réalisées sans mise hors tension, avec des matériels inadaptés et des bricolages “camouflés”, difficiles à repérer pour un occupant qui n’est pas électricien. L’économie réalisée se transforme alors en bombe à retardement.
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La riposte s’organise : contrôles, agents assermentés et opérations coordonnées
L’affaire de Bordeaux s’inscrit dans une stratégie plus large. En juillet 2025, Enedis a déployé une opération nationale de contrôles simultanés sur des sites soupçonnés de fraude, en lien avec les forces de l’ordre et des fournisseurs d’électricité, selon le communiqué de presse de l’entreprise.
Le message est double. D’une part, Enedis veut montrer sa capacité à agir vite, partout, avec des vérifications ciblées. D’autre part, l’entreprise affirme vouloir renforcer ses moyens humains dédiés à la lutte contre la fraude, avec un cap annoncé vers davantage d’agents mobilisés dans les années suivantes, une évolution également relayée dans des reprises AFP.
En toile de fond, il y a un sujet collectif : l’électricité détournée ne disparaît pas. Elle est consommée, donc injectée et acheminée, et son coût finit par se diffuser dans les mécanismes tarifaires du réseau. C’est précisément cette idée que les gestionnaires mettent en avant : la fraude de quelques-uns pèse, in fine, sur tous les autres.
Les “réfractaires” au Linky, eux, paient déjà un surcoût… légal
Autre élément qui nourrit les tensions autour de Linky : depuis le 1er août 2025, les foyers qui n’ont pas de compteur communicant peuvent se voir appliquer une facturation additionnelle liée au coût de gestion des anciens compteurs. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) détaille ce principe et ses modalités sur une fiche dédiée.
Service-Public.fr précise notamment un montant fixe de 6,48 € HT correspondant à une “gestion spécifique” du compteur non évolué, auquel peut s’ajouter un supplément de 4,14 € HT si les index n’ont pas été transmis depuis plus d’un an. Enedis rappelle aussi que, pour éviter certains frais, il faut transmettre ses index au moins une fois par an ou accepter le remplacement par Linky.
Ce contexte est important, car il explique une partie de la crispation : ceux qui refusent le compteur communicant voient apparaître des coûts, tandis que ceux qui l’acceptent entendent parler de fraudes, de contrôles et de sanctions. Résultat, Linky devient un objet de conflictualité permanente, alors même que le déploiement a déjà atteint une très large majorité du parc.
Sur ce point, une délibération publiée au Journal officiel rappelle que la phase de déploiement massif s’est achevée fin 2021, avec plus de 34 millions de compteurs posés, soit environ 90 % du parc à l’époque, et souligne la performance industrielle du projet.
Dans la ville de Bordeaux, une affaire locale… qui raconte une tension nationale
L’histoire jugée à Bordeaux ressemble à un fait divers, avec son “petit business” et ses enveloppes de liquide. Pourtant, elle dit beaucoup plus. Elle raconte la tentation de l’illégal quand l’énergie coûte cher, l’existence de filières opportunistes, et la difficulté à faire accepter que “tricher” sur un compteur n’est pas un arrangement privé, mais une atteinte au bien commun.
La condamnation d’un ancien salarié d’Enedis, justement, renforce la portée symbolique du jugement : connaître le réseau n’autorise pas à le contourner. La justice, Enedis et le régulateur semblent désormais alignés sur une même logique : rendre la fraude plus risquée, plus visible, et moins rentable. À l’heure où chaque euro sur la facture compte, le pari est clair : convaincre que la baisse miraculeuse… finit presque toujours par se payer très cher.