Disparition d’Émile : le nouveau coup dur pour le maire du Vernet, trois ans après le drame
Il a tenu son village pendant près d’un demi-siècle. Il a géré la crise médiatique la plus intense que le Vernet ait jamais connue. Et pourtant, François Balique vient de rendre son écharpe de maire après 49 ans de mandat. Une page qui se tourne, brutalement, dans un village que l’affaire du petit Émile a définitivement transformé.
Dans une interview accordée à La Provence, l’édile de 76 ans s’exprime pour la première fois sur sa défaite électorale. Et ses mots sont lourds de sens.

49 ans de mandat, une défaite à 52%
François Balique avait été élu pour la première fois maire du Vernet à seulement 27 ans. Un record de longévité pour ce petit village des Alpes-de-Haute-Provence. Lors des municipales de mars 2026, son successeur Gilles Thézan a recueilli plus de 52 % des voix.
Une défaite nette, que l’ancien maire digère difficilement. Il pointe d’abord l’évolution du mode de scrutin dans les petites communes : « Le mode de scrutin a changé : s’il y avait encore le panachage, je serais encore élu. Là, sur une liste, il peut y avoir des gens qu’on n’apprécie pas… »
Le panachage permettait autrefois aux électeurs de voter pour des candidats issus de listes différentes. Sa suppression a, selon lui, changé la donne dans les petits villages où les relations personnelles comptent plus que les étiquettes politiques.
« On peut se poser la question… »
Au-delà du mode de scrutin, François Balique s’interroge aussi sur son rapport à son électorat. « J’ai été élu il y a deux-trois générations… On peut se poser la question de savoir si je correspondais encore à leurs aspirations… »
Une formule pudique, presque philosophique. Mais derrière elle, une réalité démographique bien concrète : le village est passé de 67 à 145 habitants en 40 ans. Un doublement de population qui a profondément modifié le tissu électoral local.
Les nouveaux arrivants ne connaissent pas le maire de la même façon que les anciens. Ils n’ont pas les mêmes attentes, ni les mêmes souvenirs. Et dans ce contexte de renouvellement générationnel, l’ancien édile reconnaît implicitement qu’il n’a peut-être pas su s’adapter.

L’affaire Émile : une plaie toujours ouverte
Difficile, évidemment, d’évoquer le départ de François Balique sans parler de la mort du petit Émile. Le garçonnet avait disparu le 8 juillet 2023, alors qu’il passait des vacances chez ses grands-parents maternels, Philippe et Anne Vedovini, au Haut-Vernet.
L’affaire avait propulsé ce hameau isolé sous les feux des caméras du monde entier. Des centaines de journalistes, des milliers de curieux, une pression médiatique écrasante.
À lire aussi
François Balique s’était alors retrouvé en première ligne. Pour protéger les familles et canaliser les flux de visiteurs, il avait pris des arrêtés municipaux interdisant l’accès du hameau au public. Une décision inédite, lourde à assumer, mais qu’il assumait pleinement.
Un maire en première ligne face à la tempête médiatique
Pendant des mois, François Balique a été le visage officiel du village auprès des médias. Il prenait régulièrement la parole pour faire des points sur l’enquête en cours et témoigner de son soutien à ses administrés éprouvés.
Un rôle ingrat, épuisant. D’autant que les soupçons se portaient dans toutes les directions. Un jeune agriculteur du coin avait longtemps été pointé du doigt par une partie de l’opinion publique, avant que les gendarmes ne l’innocentent complètement. Une injustice supplémentaire dans un dossier qui n’en manque pas.
L’affaire reste à ce jour non résolue. Près de trois ans après la disparition d’Émile, les enquêteurs n’ont toujours pas identifié de coupable. Les ossements du petit garçon avaient été découverts en mars 2024, mais les circonstances exactes de sa mort restent floues.

Le Vernet tourne une page, mais n’a pas fini de faire parler de lui
Avec le départ de François Balique, c’est une ère qui s’achève au Vernet. Celle d’un maire bâtisseur, présent depuis que la plupart de ses administrés n’étaient pas encore nés. Celle aussi d’un homme qui a dû gérer l’inimaginable.
Certains se souviendront de lui comme d’un rempart face au chaos médiatique. D’autres estimeront qu’il n’a pas su se renouveler. La vérité est probablement entre les deux.
Ce qui est certain, c’est que le Vernet ne ressemble plus au village qu’il était avant juillet 2023. L’affaire Émile a laissé des traces profondes, sur les habitants, sur le tissu social local, sur la réputation même du hameau.
Le nouveau maire Gilles Thézan hérite d’un village à reconstruire, psychologiquement autant que politiquement. Et d’une enquête criminelle qui continue de peser sur chaque habitant, sans que personne ne sache encore quand — ni si — elle trouvera une conclusion.
Pendant ce temps, les investigations se poursuivent, les auditions se succèdent, et les questions restent entières. Un ADN inconnu retrouvé sur les vêtements d’Émile, les grands-parents face aux témoins clés, des détails troublants sur le certificat de décès… L’affaire du petit Émile continue de livrer ses zones d’ombre, une à une, sans jamais donner la réponse que tout le monde attend.