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Ce duo mère-fille s’inspirait de séries Netflix pour empoisonner son compagnon

Publié par Elsa Fanjul le 06 Avr 2026 à 12:01

Antigel dans les boissons, chili con carne empoisonné, freins de voiture sectionnés… Non, ce n’est pas le pitch d’un thriller Netflix. C’est ce qu’ont vécu les enquêteurs vendéens en découvrant les méthodes utilisées par une mère et sa fille pour tenter de tuer le compagnon de cette dernière. Le plus glaçant ? Elles piochaient leurs idées directement dans des séries criminelles. Retour sur une affaire qui dépasse la fiction.

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Un coup de foudre, un déménagement… et le début du cauchemar

Maison abandonnée avec volets clos en Vendée

Tout commence à l’été 2018. Enrique, la quarantaine, rencontre Amélie, de cinq ans sa cadette. C’est un coup de foudre. Problème : la jeune femme est encore mariée. La situation fait jaser l’entourage. Alors, pour prendre un nouveau départ, le couple décide de s’installer en Vendée, au Bois-au-Duc, un lieu-dit de la commune de Thorigny.

Avec eux, le fils qu’Amélie a eu d’une précédente union. La petite famille emménage en 2020 dans une maison avec piscine et panneaux solaires. Vue de l’extérieur, c’est l’image d’une vie paisible à la campagne. Derrière la façade blanche, pourtant, un scénario bien plus sombre se met en place.

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Car Amélie n’est pas venue seule avec son fils. Sa mère, Carole, 62 ans, n’est jamais bien loin. Les enquêteurs décriront plus tard les deux femmes comme un « duo fusionnel ». Un lien qui va se transformer en alliance criminelle, méthodique et terrifiante.

Des méthodes dignes d’un scénario de thriller

Pendant plus d’un an, entre 2021 et 2023, Amélie et Carole vont multiplier les tentatives pour éliminer Enrique. Le détail qui glace le sang : leurs méthodes étaient directement inspirées de fictions criminelles regardées sur Netflix.

De l’antigel versé dans les boissons du quadragénaire. Du chili con carne empoisonné, préparé avec soin dans la cuisine familiale. Et même les freins de sa voiture sectionnés. Chaque tentative semblait calquée sur un épisode de série, comme si la réalité devait imiter la fiction jusque dans ses détails les plus macabres.

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On connaît malheureusement d’autres cas où des complices familiaux utilisent le poison pour éliminer leurs proches. Mais ici, c’est la source d’inspiration — des plateformes de streaming grand public — qui a sidéré les enquêteurs autant que les jurés.

Un village silencieux, une maison fantôme

Allée déserte d'un lieu-dit vendéen

Aujourd’hui, au numéro 5 du Bois-au-Duc, l’herbe pousse entre les pavés. Plus personne ne vit ici depuis plus de deux ans. Les volets sont clos, la piscine a été laissée à l’abandon, les panneaux solaires n’alimentent plus rien. La maison est devenue une sorte de décor figé, vestige silencieux du drame.

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Dans le voisinage, on ne parle pas de cette famille. Le sujet est tabou. Difficile de savoir si c’est par pudeur, par malaise ou simplement parce que personne n’a rien vu venir. Car c’est aussi ça, cette affaire : un empoisonnement au long cours qui s’est déroulé dans l’indifférence d’un paisible lieu-dit vendéen.

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Ce silence rappelle d’autres drames familiaux où l’entourage n’a rien soupçonné, comme dans cette affaire d’empoisonnement conjugal avec la complicité d’un proche. La banalité du quotidien masque parfois les pires intentions.

Vingt ans de réclusion pour la fille, quinze pour la mère

Le dénouement judiciaire est tombé le 27 mars dernier, aux assises de La Roche-sur-Yon. Amélie, 37 ans, a été condamnée à vingt ans de réclusion criminelle. Sa mère, Carole, 62 ans, écope de quinze ans. Il s’agit d’une condamnation en première instance, ce qui signifie qu’un appel reste possible.

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Lors du procès, le caractère fusionnel de la relation mère-fille a été longuement analysé. Comment deux femmes en arrivent-elles à planifier ensemble, méthodiquement, l’élimination d’un homme pendant des mois ? Les experts ont évoqué une dynamique relationnelle toxique, où la complicité affective s’est muée en complicité criminelle.

Les peines prononcées reflètent la gravité des actes et la durée de la préméditation. Plus d’un an de tentatives répétées, avec des méthodes variées, témoigne d’une détermination froide qui a marqué les jurés.

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Enrique, une victime « détruite intérieurement »

De l’autre côté du box des accusées, il y a Enrique. Un homme que cette affaire a brisé. Selon les éléments rapportés lors du procès, il est « détruit intérieurement ». Il n’a plus confiance dans les femmes. Et on peut comprendre pourquoi.

Imaginez découvrir que la personne qui partage votre lit, qui cuisine pour vous, qui vit sous votre toit, tente de vous tuer depuis des mois. Que sa propre mère l’aide activement. Que les recettes qu’elle essaie viennent de séries que vous avez peut-être regardées ensemble, le soir, sur le canapé.

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Ce type de trahison intime laisse des séquelles qui vont bien au-delà du physique. D’autres victimes de tentatives d’empoisonnement familial témoignent de traumatismes similaires : la confiance, une fois détruite à ce point, ne se reconstruit pas facilement.

Quand Netflix devient un manuel criminel

Cuisine avec plat empoisonné et antigel

Cette affaire pose une question troublante. Les plateformes de streaming regorgent de contenus criminels ultra-détaillés. True crime, thrillers, documentaires sur des serial killers… Le genre explose en popularité depuis plusieurs années. Et dans l’immense majorité des cas, les spectateurs regardent, frissonnent, et passent à autre chose.

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Mais pour une infime minorité, ces contenus peuvent-ils servir de mode d’emploi ? C’est ce que suggère le dossier d’Amélie et Carole. Les enquêteurs ont établi un lien direct entre certaines séries visionnées et les méthodes employées. L’antigel dans les boissons, notamment, est un classique des fictions criminelles anglo-saxonnes.

Évidemment, il ne s’agit pas de rendre Netflix responsable. Des millions de personnes consomment ces contenus sans jamais passer à l’acte. L’affaire rappelle toutefois d’autres cas où la frontière entre fiction et réalité devient poreuse. La responsabilité reste entièrement celle des accusées.

Une affaire qui interroge sur la manipulation au sein du couple

Au-delà de l’angle « Netflix », cette affaire met en lumière un phénomène plus large : les violences conjugales planifiées. Ici, le schéma est inversé par rapport aux statistiques habituelles — c’est l’homme qui est victime — mais les mécanismes de manipulation sont similaires.

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Enrique vivait avec sa compagne, faisait confiance à sa belle-mère, mangeait ce qu’on lui préparait. Pendant ce temps, les deux femmes orchestraient calmement ses tentatives d’élimination. Le poison, arme historiquement discrète, permet de maintenir l’illusion d’une vie normale. La victime s’affaiblit sans comprendre pourquoi.

C’est précisément ce qui rend ce type d’affaire si difficile à détecter. Contrairement à des violences physiques visibles, un empoisonnement progressif peut passer sous les radars pendant des mois, voire des années.

Un verdict, mais pas encore un point final

Avec vingt et quinze ans de réclusion, les peines prononcées en première instance sont lourdes. Mais l’affaire pourrait encore connaître de nouveaux rebondissements si les condamnées font appel. Pour Enrique, le combat est désormais intérieur : se reconstruire après plus d’un an d’empoisonnement par les deux personnes en qui il avait le plus confiance.

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Quant à la maison du Bois-au-Duc, elle reste là, volets fermés, fantôme immobile au bout d’une allée envahie par les herbes. Comme un décor de série abandonnée après la dernière saison. Sauf que cette histoire-là, personne ne l’a inventée.

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