Un anaconda géant de 7,5 mètres découvert lors d’un tournage…
En ce 1er janvier 2026, une mission scientifique en Amazonie a pris une tournure que personne n’avait anticipée au départ. Au fil d’un tournage mené avec National Geographic et Will Smith, des chercheurs ont mis au jour des indices troublants sur les anacondas et sur la façon dont l’environnement laisse sa marque sur eux.
Mais le détail le plus saisissant, celui qui a fait basculer l’histoire, n’est apparu qu’à la toute fin.
Crédit : Immelman284 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
Quand une série documentaire se transforme en vraie mission de terrain
Dans la série Pole to Pole, l’idée est de suivre une exploration spectaculaire, avec des défis et des rencontres aux quatre coins du monde. En Amazonie, la caméra accompagne surtout un travail patient, bien plus discret qu’une simple séquence d’aventure.
Le professeur Bryan Fry, de l’Université du Queensland, ne vient pas « chercher un serpent » pour faire de belles images. Il s’intéresse à l’impact des forages pétroliers sur la faune et la flore locales, avec une logique de suivi au long cours. Ce type d’étude ne se résume pas à un instantané, car les changements les plus importants sont souvent ceux qui s’installent lentement.
Et quand on veut comprendre un écosystème, on observe souvent ceux qui se trouvent tout en haut. Les grands prédateurs concentrent ce qui circule dans leur environnement, parce qu’ils sont au bout de plusieurs interactions invisibles entre l’eau, les proies et les sols.
C’est précisément pour cela que l’anaconda devient un sujet d’étude central. Non pas comme une légende, mais comme un indicateur vivant de ce que la forêt absorbe, retient… et finit par renvoyer.
Crédit : LenaWild / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
Les Waorani, un partenariat essentiel sur un territoire sous pression
Ce détail que peu de gens connaissent, c’est qu’une expédition comme celle-ci ne se fait pas sans alliances solides. Sur place, l’équipe travaille en étroite collaboration avec le peuple Waorani, une communauté autochtone dont la connaissance du terrain est déterminante.
Dans une zone où l’exploitation pétrolière est un sujet sensible, l’accès, l’observation et même la localisation des animaux demandent un cadre de confiance. Il ne s’agit pas seulement de « trouver » des spécimens, mais de comprendre des zones de passage, des habitudes, des rythmes, et les contraintes d’un milieu aquatique en constante évolution.
À lire aussi
Cette coopération permet aussi d’inscrire les mesures dans le temps. Car pour évaluer une pollution, il faut comparer, recouper, revenir, et accepter que les signaux les plus parlants soient parfois invisibles à l’œil nu.
C’est là que la démarche devient presque contre-intuitive. Le documentaire montre l’expédition, mais le cœur de l’histoire se joue surtout dans ce qu’on prélève, ce qu’on analyse, et ce qu’on relie patiemment à l’état de la forêt.
Crédit : Wagnermeier / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
Un dimorphisme spectaculaire chez les anacondas, et des conséquences très concrètes
On a tendance à imaginer l’anaconda comme un animal uniforme, avec un gabarit « moyen » et des habitudes stables. Sur le terrain, les chercheurs insistent au contraire sur un point marquant : les différences entre sexes sont impressionnantes.
Les femelles mesurent environ cinq mètres, tandis que les mâles sont décrits comme deux fois plus gros. Cette opposition ne change pas seulement la silhouette. Elle modifie les besoins énergétiques, les comportements de chasse, et les types de zones fréquentées.
Dans les faits, cela se voit aussi dans le régime alimentaire. Les mâles se nourrissent davantage d’oiseaux liés aux milieux aquatiques, notamment des échassiers. Les femelles, elles, privilégient des brouteurs. Deux modes de vie, deux parcours dans la forêt, et donc deux manières d’être exposés à ce qui circule dans l’environnement.
Plus un animal est grand, plus il « accumule » aussi ce que ses proies ont déjà ingéré. Et comme l’anaconda est un prédateur supérieur, il devient particulièrement sensible à tout ce qui remonte dans la chaîne, même lorsque la source de pollution semble lointaine.
Crédit : lubasi / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)
Métaux lourds, pétrole et effet domino dans la forêt
L’un des objectifs de l’équipe est de comparer la présence de métaux lourds dans le corps des serpents, pour mieux détecter les conséquences d’un environnement contaminé. L’approche consiste notamment à confronter les résultats entre mâles et femelles, précisément parce que leurs habitudes alimentaires diffèrent.
À lire aussi
Les conclusions rapportées par Bryan Fry sont frappantes. Les mâles présenteraient « 1 000 % » de plomb et de cadmium en plus que les femelles. L’idée défendue par l’équipe est claire : la pollution s’infiltre dans l’écosystème aquatique, puis remonte progressivement jusqu’aux prédateurs.
Dans ce scénario, la chaîne alimentaire n’est pas un concept abstrait. C’est un trajet. Ce que l’eau transporte finit dans des organismes, puis dans d’autres, jusqu’à atteindre les plus grands. Et l’anaconda, par son mode de vie, se retrouve au carrefour de ces circulations invisibles.
Mais saviez-vous que cette situation rend aussi le serpent plus vulnérable que ce que son image laisse penser ? Parce qu’il dépend de zones humides et de milieux précis, la moindre dégradation de l’habitat peut réduire ses déplacements, ses zones de chasse, et ses chances de reproduction.
Le chercheur ajoute d’ailleurs un point d’inquiétude supplémentaire : la pollution par les hydrocarbures affecterait la fertilité masculine. Autrement dit, l’impact ne se limiterait pas à une trace chimique, mais toucherait directement la capacité de l’espèce à se maintenir dans le temps.
Crédit : Aliciamoralesjackson / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
Deux territoires, un même serpent… jusqu’à la surprise génétique
À ce stade, tout semble déjà conséquent. Pourtant, l’histoire prend une autre direction au moment où l’équipe compare des individus provenant de zones différentes. Les scientifiques constatent que les anacondas verts d’Équateur seraient plus grands que ceux du Brésil.
On pourrait croire à une simple variation locale, comme on en observe chez beaucoup d’espèces. Sauf que les chercheurs notent aussi un détail troublant sur les femelles : les plus grandes femelles, en Équateur, seraient plus courtes d’un mètre en moyenne.
Pour en avoir le cœur net, l’équipe prélève des échantillons génétiques. Et les résultats les amènent à une conclusion surprenante : malgré une apparence et un comportement très proches, ces serpents de territoires différents n’appartiendraient pas à la même espèce.
Cette découverte rejoint ce qu’affirmait déjà un article scientifique publié en 2024, selon lequel « l’anaconda » serait en réalité composé de deux espèces, dont l’une serait en voie de disparition. Ici, l’enjeu devient immédiatement concret : l’espèce brésilienne serait la plus menacée, notamment parce que sa zone de répartition serait plus restreinte.
À l’échelle de la forêt, ce n’est pas une nuance de laboratoire. Si l’on confond deux espèces sous un même nom, on risque aussi de sous-estimer la fragilité de l’une d’elles, et de mal lire ce que la forêt est en train de perdre.
Et c’est là que le tournage a joué un rôle inattendu. En facilitant l’accès au terrain et en documentant l’expédition, il a permis de rendre visible ce détail que beaucoup auraient manqué.
La révélation la plus spectaculaire, elle, n’est arrivée qu’au moment où les caméras tournaient déjà : sur place, l’équipe a croisé un individu mesuré à 7,5 mètres, un anaconda géant d’une taille rarement observée dans ce contexte d’étude.