Salah Abdeslam : sa mère et sa sœur interpellées par des policiers cagoulés sur le parking de la prison
Samedi matin, sur le parking de la prison de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, une scène digne d’un film s’est déroulée sous les yeux des passants. Plusieurs proches de Salah Abdeslam, dont sa propre mère et sa sœur, ont été cueillis par des policiers cagoulés alors qu’ils venaient simplement pour un parloir. Moteur à peine coupé, menottes aux poignets, assis à même le sol. Voici ce que l’on sait de cette opération qui relance le bras de fer autour des conditions de détention du terroriste du 13-Novembre.
Des policiers cagoulés et des menottes sur le parking

D’après les informations d’Europe 1, la famille d’Abdeslam s’est rendue en voiture devant l’établissement pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, une prison de haute sécurité située dans le Pas-de-Calais. Ils avaient rendez-vous pour un parloir avec le détenu le plus surveillé de France.
Sauf que le parloir n’a jamais eu lieu. À peine le moteur éteint, des agents cagoulés ont surgi. Au moins trois membres de la famille ont été interpellés, menottés et contraints de s’asseoir au sol sur le bitume du parking. Parmi eux : la mère et la sœur de Salah Abdeslam, soupçonnées de tentative d’introduction d’un objet illicite en détention.
Une source judiciaire a rapidement précisé à Europe 1 qu’il ne s’agissait pas d’un « projet d’attentat ». Mais la scène, spectaculaire, interroge. Pourquoi un tel déploiement de forces pour un simple soupçon d’objet interdit ? La réponse se trouve peut-être dans un épisode récent que peu de gens ont en tête.
La clé USB qui avait déjà tout fait basculer

Pour comprendre l’interpellation de samedi, il faut remonter à novembre dernier. Alors que la France s’apprêtait à commémorer les dix ans des attentats du 13-Novembre, Salah Abdeslam avait déjà été placé en garde à vue. Le motif : la détention illicite d’une clé USB dans sa cellule.
Cette affaire avait pris une ampleur considérable. Trois autres personnes avaient été interpellées 48 heures plus tard. Et surtout, son ex-compagne Maëva B. avait été doublement mise en examen puis incarcérée. D’abord pour avoir remis cette clé USB à Abdeslam. Ensuite, et c’est bien plus grave, pour un projet d’attentat djihadiste qui avait été déjoué dans la foulée. Le Parquet national antiterroriste avait ouvert deux informations judiciaires distinctes.
On comprend mieux pourquoi, désormais, la moindre visite au parloir d’Abdeslam est scrutée à la loupe. L’administration pénitentiaire a resserré l’étau autour du détenu condamné à la perpétuité incompressible. Et c’est justement ce durcissement qui est au cœur d’une bataille juridique inattendue.
Des parloirs derrière un hygiaphone : la mesure qui crispe
Depuis novembre dernier, les conditions de visite de Salah Abdeslam ont radicalement changé. Fini les échanges en face à face. Le terroriste reçoit désormais ses proches dans des parloirs équipés d’un hygiaphone — cette vitre qui empêche tout contact direct et physique entre le détenu et ses visiteurs. Un dispositif habituellement réservé aux situations les plus sensibles.
Cette mesure avait été contestée devant la justice administrative. Et quelques jours seulement avant l’interpellation de samedi, le tribunal avait ordonné un assouplissement de ces conditions de parloir. En clair : la justice estimait que le dispositif d’hygiaphone n’était plus justifié en l’état.
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C’est précisément ce timing qui fait bondir l’avocate d’Abdeslam. Car selon elle, la garde à vue de samedi n’avait rien à voir avec une vraie menace. Elle servait un tout autre objectif.
« Instrumentalisation d’une procédure pénale » : la défense contre-attaque

Dans un communiqué de presse, l’avocate de Salah Abdeslam a dénoncé ce qu’elle qualifie d’« instrumentalisation d’une procédure pénale ». Selon elle, « aucun indice grave ou concordant laissant penser qu’elles ont commis les faits objets de l’information judiciaire en cours n’est à ce stade reconnu ».
Sa thèse est limpide : ces gardes à vue « n’avaient en réalité d’autre objectif que de permettre à l’administration pénitentiaire de justifier le maintien du dispositif de séparation contesté en justice ». Autrement dit, la défense accuse l’État d’avoir orchestré une interpellation spectaculaire pour contourner la décision du juge administratif qui venait d’assouplir les parloirs.
Un bras de fer juridique et politique. D’un côté, une administration pénitentiaire échaudée par l’affaire de la clé USB et le projet d’attentat déjoué, qui veut garder un contrôle maximal. De l’autre, une défense qui invoque les droits fondamentaux du détenu et de sa famille. Le tout autour du terroriste le plus surveillé du pays, dont on avait déjà appris qu’il bénéficiait d’équipements surprenants en cellule.
Abdeslam, le détenu qui ne cesse de faire parler de lui
Condamné à la perpétuité incompressible — la peine la plus lourde du droit français — pour son rôle dans les attentats du 13-Novembre 2015, Salah Abdeslam continue de cristalliser les tensions. Chaque épisode autour de sa détention relance le débat sur la gestion des détenus terroristes en France.
L’affaire de la clé USB avait mis au jour des failles troublantes. La révélation que sa compagne était tombée enceinte avait sidéré l’opinion publique. On se souvient aussi de la stupéfaction de Gérald Darmanin en découvrant certains privilèges dont disposait le détenu derrière les barreaux.
Quant aux objets illicites en prison, le problème dépasse largement le cas Abdeslam. Les opérations de saisie dans les établissements pénitentiaires français révèlent régulièrement des téléphones miniatures, des clés USB et d’autres dispositifs passés entre les mailles du filet. Mais dans le cas du terroriste du Bataclan, le moindre objet prend une dimension sécuritaire nationale.
Pour l’heure, l’enquête est entre les mains du juge d’instruction antiterroriste. La mère et la sœur d’Abdeslam devront s’expliquer sur la nature de l’objet qu’elles auraient tenté d’introduire. Et la question de fond reste entière : comment concilier les droits des détenus — même les plus dangereux — avec l’impératif absolu de sécurité ? Ce dossier, à coup sûr, n’a pas fini de faire parler.