“Plus proches des cigarettes que des fruits” : ces aliments inquiètent les chercheurs
Ils sont partout : dans les placards, au petit-déjeuner, au fond du congélateur ou dans le sac “au cas où”. Les aliments ultra-transformés se sont installés dans le quotidien parce qu’ils sont pratiques. Bon marché et pensés pour plaire au plus grand nombre.
Mais depuis quelques jours, une comparaison revient en boucle et dérange. Certains chercheurs estiment que ces produits ressemblent davantage à la cigarette qu’à un aliment brut. Derrière la formule, il y a une idée centrale : ces produits ne seraient pas seulement “transformés”. Ils seraient conçus comme des systèmes pour déclencher l’envie de recommencer. Autrement dit, la question ne se limite plus à “est-ce que c’est bon pour la santé ?”. Elle touche aussi à la façon dont l’industrie fabrique, présente et pousse à consommer.
Une comparaison qui vise surtout la “conception” de ces produits
Le texte qui relance le débat a été publié début février 2026 dans Milbank Quarterly. Et il propose de regarder l’ultra-transformation avec un prisme inhabituel. Celui des stratégies déjà observées dans l’histoire du tabac. Les auteurs évoquent des parallèles dans la formulation, le marketing. Et la distribution de produits associés à des dommages de santé publique évitables. L’argument n’est pas “un biscuit = une cigarette”. Ce qui est comparé, c’est l’architecture globale de ces aliments. Des recettes calibrées, des textures optimisées, des arômes, des messages rassurants. Et un environnement qui rend ces produits omniprésents.
Selon The Guardian et Euronews. L’objectif affiché par ces chercheurs est aussi de remettre sur la table l’idée d’une régulation plus ferme, à la manière des politiques anti-tabac (publicité, information, accès des enfants).
Quand le “plaisir” devient un levier industriel
Dans la classification NOVA, souvent utilisée pour définir le sujet. Les aliments ultra-transformés se distinguent par l’usage de procédés industriels. Et l’ajout de substances rarement utilisées en cuisine domestique. Parfois décrites comme “additifs cosmétiques” (pour la texture, la couleur, le goût) ou ingrédients fractionnés (isolats, huiles modifiées, etc.). L’ANSES rappelle que ces ajouts visent souvent à rendre le produit plus facile à consommer, plus stable, et plus attractif. Ce point compte, parce qu’il éclaire la mécanique. Un produit peut être “prêt”, “bon”, “toujours pareil”, et surtout difficile à arrêter. La comparaison avec le tabac s’accroche là : dans les deux cas, l’expérience est pensée pour encourager l’usage répété.
La “liste” des aliments ultra-transformés les plus cités dans les alertes
Les chercheurs ne publient pas un inventaire de marques. Mais les exemples qui reviennent dans les articles et résumés sont très concrets. On retrouve d’abord les boissons sucrées et sodas. Souvent cités comme des produits faciles à consommer, très accessibles. Et fortement associés à des apports rapides en sucre. Dans la même logique, les snacks salés (chips, biscuits apéritifs, crackers) concentrent le triptyque classique sel–gras–arômes. Avec une texture qui “appelle” une autre bouchée.
Le petit-déjeuner est un autre point d’entrée majeur : beaucoup de céréales très sucrées, barres céréalières et produits “goûter” industriels reviennent dans les exemples médiatiques. On sait désormais que ces gâteaux très populaires sont un désastre. L’emballage met parfois en avant des arguments de type “enrichi”, “source de vitamines”, ou “allégé”, ce que certains chercheurs rapprochent d’un “health washing” comparable aux messages rassurants qu’on a déjà vus dans d’autres industries. Du côté des repas, la catégorie la plus visible reste celle des plats préparés, soupes instantanées, nouilles et sauces prêtes à l’emploi.
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Pourquoi cette “liste” ne dépend pas seulement du sucre
On associe souvent l’ultra-transformation au sucré, mais ce n’est pas si simple. Beaucoup de produits salés peuvent être ultra-transformés, notamment quand ils reposent sur des ingrédients recomposés, des exhausteurs, des agents de texture, et des additifs destinés à stabiliser la recette. L’utilisation d’une certaine huile peut aussi jouer un rôle. L’enjeu, c’est moins “sucré vs salé” que la façon dont la recette est pensée pour être hyper-appétente et facile à consommer.
Dans les débats, une nuance revient aussi : tout ce qui est transformé n’est pas automatiquement “à bannir”, et la classification fait l’objet de discussions scientifiques. Pour autant, l’accumulation d’études associant une forte consommation d’ultra-transformés à des risques accrus de maladies chroniques alimente la demande de mesures plus lisibles pour le public.
Pourquoi l’alerte est particulièrement forte chez les enfants et les ados
Le sujet devient explosif quand on regarde les chiffres chez les plus jeunes. En septembre 2025, l’UNICEF a alerté sur un basculement symbolique : pour la première fois, la proportion de 5–19 ans vivant avec l’obésité (9,4 %) dépasse celle en insuffisance pondérale (9,2 %) au niveau mondial. L’organisation lie cette évolution à des environnements alimentaires où les produits très transformés et les boissons sucrées sont faciles d’accès et agressivement promus par les fast-foods.
Cette dynamique ne signifie pas que tout s’explique par un seul type d’aliment. Mais elle renforce une idée défendue par les chercheurs : si l’environnement est structuré pour pousser vers certains produits, la responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur l’individu, surtout quand il s’agit d’enfants.
Les pistes de régulation qui reviennent dans le débat
Dans les articles qui relaient l’étude, plusieurs leviers inspirés de l’anti-tabac sont mentionnés : encadrement de la publicité, limitation des promotions ciblant les plus jeunes, amélioration de l’étiquetage, et restrictions dans certains lieux. On se demande alors ce que contient vraiment le poisson pané ou d’autres produits de base. L’idée n’est pas de “diaboliser” toute l’alimentation industrielle, mais de rendre plus difficile la banalisation des produits les plus problématiques.
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Un point fait consensus : l’information doit être compréhensible sans diplôme en nutrition. L’ANSES insiste sur les caractéristiques propres aux ultra-transformés (procédés, additifs, ingrédients fractionnés), ce qui peut aider à construire des repères simples, au-delà des slogans marketing.
Comment reconnaître les aliments ultra-transformés, sans tomber dans l’obsession
Il n’existe pas un test parfait, mais quelques signaux reviennent souvent. Une liste d’ingrédients très longue, des termes techniques qui décrivent la texture ou la stabilité, et des combinaisons “impossibles” à refaire en cuisine sont des indices fréquents. À l’inverse, une base d’aliments bruts, plus des préparations maison simples, réduit mécaniquement la place des ultra-transformés sans transformer la vie en tableur.
Le sujet est aussi culturel : on ne mange pas “comme en laboratoire” tous les jours, et la praticité fait partie de la vraie vie. Mais la comparaison avec la cigarette a au moins un mérite : elle oblige à regarder le système (formulation + marketing + accès) plutôt que de culpabiliser les consommateurs.
Le danger des aliments ultra-transformés
La phrase “plus proches des cigarettes que des fruits” choque parce qu’elle est volontairement frontale. Pourtant, derrière l’image, le message des chercheurs est plus précis : certains aliments ultra-transformés seraient conçus pour maximiser l’attrait, banaliser la consommation répétée et s’installer durablement dans les habitudes, surtout chez les plus jeunes. Dans un contexte où les indicateurs de santé publique évoluent vite, la question n’est plus seulement “que mange-t-on ?”, mais aussi “qui façonne notre environnement alimentaire, et comment ?”.
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