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Selon un éducateur chinois, le Bitcoin serait un projet secret des services de renseignement américains

Publié par Elsa Fanjul le 18 Avr 2026 à 8:19

Le mystère autour de la création du Bitcoin vient de prendre un nouveau tournant. Depuis Pékin, un éducateur influent avance une hypothèse explosive : la première cryptomonnaie au monde ne serait pas née dans le garage d’un génie solitaire, mais dans les couloirs d’une agence de renseignement américaine. Face à cette théorie, la communauté crypto contre-attaque avec des données techniques. Un débat vieux de quinze ans, mais qui n’a jamais été aussi brûlant.

Trois questions qui dérangent l’écosystème crypto

Jiang Xueqin n’est ni développeur, ni analyste financier. C’est un éducateur basé à Pékin, mais ses déclarations lors d’un récent podcast ont secoué la cryptosphère bien au-delà de la Chine. Son raisonnement repose sur trois questions simples, presque naïves, mais redoutablement efficaces : qui possédait les compétences techniques pour concevoir un protocole aussi sophistiqué ? Qui en tire réellement profit ? Et surtout, pourquoi le créateur a-t-il choisi de rester dans l’ombre ?

Pour Jiang Xueqin, une analyse en théorie des jeux révèle une incohérence fondamentale. Le développement du protocole Bitcoin a nécessité des années de travail en cryptographie avancée, en réseau distribué et en économie monétaire. Or, son créateur — connu sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto — n’a jamais touché un centime de ses propres réserves, estimées à environ un million de bitcoins. Un comportement qui, selon l’éducateur chinois, ne colle pas avec le profil d’un développeur indépendant cherchant à révolutionner la finance.

Cette absence de motivation financière apparente constitue le socle de sa théorie. Si l’on écarte le profit personnel, quelles autres raisons pourraient justifier un tel investissement intellectuel ? C’est précisément là que plusieurs éléments de son argumentation pointent vers des institutions étatiques.

CIA, DARPA : les suspects habituels ressortent du placard

Jiang Xueqin ne se contente pas d’insinuer. Il nomme directement deux agences : la CIA et la DARPA (l’agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense). Son argument central tient en une comparaison historique. Internet est né d’un projet du département de la Défense américain. Le GPS a été développé par l’armée avant d’être ouvert au grand public. Selon lui, le Bitcoin pourrait suivre exactement le même schéma — une innovation d’État déguisée en projet communautaire.

La complexité du protocole renforce cette hypothèse à ses yeux. Créer un système de paiement décentralisé, résistant à la censure, fonctionnant sans tiers de confiance et capable de s’auto-réguler par un mécanisme de consensus — tout cela dépasse, selon lui, les capacités d’un individu isolé ou même d’un petit groupe de cypherpunks. Des secrets technologiques américains ont déjà fait l’objet de théories similaires par le passé.

Éducateur chinois parlant du Bitcoin lors d'un podcast

Plus troublant encore dans son raisonnement : la blockchain, loin d’être un outil de liberté, pourrait servir des objectifs de surveillance. Chaque transaction Bitcoin est publique, traçable, et gravée pour l’éternité dans un registre accessible à quiconque dispose des bons outils d’analyse. Pour les agences de renseignement, un tel système représenterait un outil de surveillance numérique d’une puissance inédite, permettant de suivre des flux financiers à l’échelle mondiale sans avoir besoin de mandat judiciaire.

Mais cette théorie séduisante se heurte à un mur technique que les défenseurs du Bitcoin n’ont pas tardé à ériger.

97 000 nœuds dans 164 pays : l’argument massue de la décentralisation

Face aux déclarations de Jiang Xueqin, les analystes crypto ont répondu avec des chiffres. Le réseau Bitcoin fonctionne actuellement grâce à environ 97 000 nœuds répartis dans 164 pays. Chacun de ces nœuds est une copie complète de la blockchain, capable de vérifier indépendamment chaque transaction. Aucune entité — qu’il s’agisse de la CIA, d’un gouvernement ou d’une entreprise — ne peut contrôler ou modifier le réseau sans convaincre simultanément la majorité de ces nœuds.

Les critiques pointent une faille dans le raisonnement de l’éducateur chinois : il semble confondre infrastructure centralisée et réseau distribué. Évoquer des « serveurs physiques » que des agences pourraient contrôler traduit, selon eux, une incompréhension profonde du fonctionnement technique du Bitcoin. Le protocole a été conçu précisément pour qu’aucun point unique de défaillance n’existe. Même si la NSA disposait de la puissance de calcul nécessaire, modifier une transaction passée exigerait de recalculer l’ensemble de la chaîne — un exploit considéré comme mathématiquement impossible avec la technologie actuelle.

Quiconque s’intéresse à l’avenir du Bitcoin sait que cette architecture décentralisée est justement ce qui lui confère sa valeur. Mais cet argument technique ne règle pas la question originelle : qui a eu l’idée de ce système, et pourquoi ?

Adam Back, le fantôme que le New York Times a tenté de démasquer

Le débat lancé par Jiang Xueqin s’inscrit dans une quête bien plus ancienne. L’identité de Satoshi Nakamoto reste l’un des plus grands mystères de l’ère numérique. Une enquête récente du New York Times a relancé les spéculations en suggérant qu’Adam Back, cryptographe britannique et créateur du système Hashcash — dont le Bitcoin s’inspire directement — pourrait être le véritable Satoshi.

Les indices avancés par les journalistes américains reposent sur des similitudes d’écriture, une implication précoce dans les technologies de cryptographie et une chronologie troublante entre les publications de Back et l’apparition du livre blanc du Bitcoin en 2008. Adam Back a toutefois publiquement démenti être Satoshi Nakamoto, ajoutant un argument qui mérite réflexion : selon lui, le maintien de l’anonymat du créateur renforce la confiance dans le réseau.

Serveurs informatiques illuminés avec symbole Bitcoin holographique

Son raisonnement est paradoxal mais logique. Si l’on découvrait que Satoshi est un individu identifiable, cette personne deviendrait un point de pression pour les gouvernements, les régulateurs et les marchés. Pire encore : si l’on apprenait qu’il s’agit d’un projet gouvernemental américain, comme le suggère Jiang Xueqin, la confiance dans le Bitcoin pourrait s’effondrer du jour au lendemain. Des milliards de dollars d’investissements reposent sur la croyance en un système neutre et indépendant.

Pourquoi cette théorie refait surface maintenant

La déclaration de Jiang Xueqin ne tombe pas du ciel. Elle intervient dans un contexte géopolitique tendu entre Washington et Pékin, où la surveillance numérique américaine est régulièrement dénoncée par les autorités chinoises. Qualifier le Bitcoin de « projet de renseignement américain » sert un narratif politique qui dépasse largement le cadre de la cryptographie.

La Chine a interdit le minage et le trading de Bitcoin sur son territoire depuis 2021, tout en développant son propre yuan numérique — une monnaie de banque centrale entièrement contrôlée par l’État. Présenter le Bitcoin comme un outil de la CIA permet de justifier a posteriori cette interdiction et de légitimer l’alternative étatique chinoise. Le timing n’est probablement pas un hasard.

Reste que la théorie n’est pas nouvelle. Dès 2013, des forums spécialisés évoquaient déjà l’hypothèse d’une création étatique. Le nom même de « Satoshi Nakamoto » a été décortiqué dans tous les sens — certains y voyant un acronyme caché, d’autres un hommage à des pionniers de la cryptographie. Quinze ans après la mise en ligne du premier bloc, le mystère reste entier.

Et c’est peut-être la plus grande force du Bitcoin. Tant que personne ne sait qui l’a créé, personne ne peut le revendiquer. Ni un État, ni une entreprise, ni un individu. Cette incertitude, loin d’être une faiblesse, pourrait bien être le socle même de sa légitimité — et la raison pour laquelle ce débat ne sera jamais définitivement tranché.

Silhouette mystérieuse devant des écrans de données blockchain

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