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C’est officiel, la France rétrécit : le pays perd une de ses îles

Publié par Killian Ravon le 27 Jan 2026 à 15:30

Sur la Bidassoa, au Pays basque, un minuscule bout de terre s’apprête à changer de gestion en quelques heures.

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Île des Faisans sur la Bidassoa, entre Hendaye et Irun
L’île des Faisans, îlot frontière franco-espagnol, au milieu de la Bidassoa (Pays basque).

L’île des Faisans, invisible sur la plupart des cartes. Va pourtant relancer un débat simple et fascinant : peut-on “perdre” un territoire sans guerre, sans vente, sans vote ?

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L’île des Faisans au milieu de la Bidassoa, vue depuis le pont international. Crédit : Ignacio Gavira.
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Un confetti de verdure qui intrigue, même depuis le pont

On la distingue à peine depuis le pont international qui relie Hendaye à Irun. Une tache verte, basse, posée au milieu d’un fleuve qui file vers la baie de Chingoudy, tout près de l’océan. Rien de spectaculaire, et pourtant : ce micro-territoire est l’un des endroits les plus diplomatiques de France.

Officiellement, l’île des Faisans est une île fluviale, longue d’environ 210 mètres et large au maximum de 40 mètres, pour une superficie donnée autour de 6 820 m². La taille exacte est d’ailleurs un sujet en soi : certaines sources touristiques ou récits plus anciens parlent plutôt de 3 000 m², signe que l’îlot a été mesuré différemment selon les époques et selon ce qu’on inclut dans le contour (berges, enrochements, parties émergées).

Ce qui frappe aussi, c’est le vide. Pas d’habitants, pas de commerce, pas de ponton. L’île est aujourd’hui interdite au public. Les raisons sont très concrètes : courants dangereux, absence de quai pour s’amarrer, et pas de dispositif de sécurité permanent sur place. En clair, on la regarde, on la photographie, mais on ne la foule presque jamais.

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Dans les faits, seuls quelques agents s’y rendent pour l’entretien, comme la tonte de la pelouse et la surveillance du monument qui s’y trouve. Le grand public, lui, doit généralement se contenter des berges… ou guetter une exception, lors de visites très encadrées, notamment autour des Journées du patrimoine.

L’îlot apparaît comme une bande de verdure protégée par des enrochements. Crédit : Tangopaso.

Une île “à deux” : le mécanisme qui surprend toujours

Si l’île des Faisans fascine, ce n’est pas parce qu’elle est belle. C’est parce qu’elle est juridiquement improbable. Son statut est celui d’un condominium : un territoire placé sous souveraineté conjointe de deux États. Et, particularité rarissime, cette souveraineté n’est pas seulement partagée, elle est alternée.

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National Geographic rappelle que l’île est administrée par la France du 1er août au 31 janvier, puis par l’Espagne du 1er février au 31 juillet. Le Monde résume la même “garde alternée” en parlant d’un mini-royaume dirigé par un vice-roi espagnol puis par son homologue français, selon le même calendrier.

Ce système n’est pas une tradition folklorique. Il repose sur des textes. Le traité de Bayonne de 1856 établit ce condominium “par indivis” et ancre l’idée que ce lopin de terre appartient aux deux pays. Et la gestion quotidienne, elle, a été précisée plus tard : une convention du 27 mars 1901, mise en application par un décret en 1902, encadre notamment l’exercice du droit de police et de justice sur l’île, lui aussi alterné.

Des titres d’une autre époque

Même les titres ont un parfum d’un autre siècle. En période française, la fonction de “vice-roi” est assurée côté hexagonal par une cadre de la DDTM des Pyrénées-Atlantiques, tandis que côté espagnol. Elle revient au commandant de la station navale de Saint-Sébastien, selon National Geographic. Le Monde insiste, lui, sur ce paradoxe très français. Une République qui conserve un titre royal, surtout “par effet miroir” avec l’Espagne.

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Et puis, il y a le rituel. Une fois par an, au moment de la passation de l’Espagne vers la France, une cérémonie a lieu sur l’île. On y joue l’hymne français, l’hymne espagnol… et même un troisième air, l’hymne de l’île des Faisans, composé par Juan Flaquer, selon National Geographic.

Yugoslavia flag under blue sky
Drapeau français flottant dans les airs 6 mois de l’année sur l’île. Photo by Anthony Choren

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Un décor minuscule, une histoire à l’échelle des rois

Avant d’être ce symbole d’équilibre administratif, l’île a été une scène politique. Son autre nom, “île de la Conférence”, n’a rien d’une invention marketing. Il renvoie à une période où la France et l’Espagne se parlaient ici pour arrêter de se faire la guerre.

Au milieu du XVIIe siècle, le conflit franco-espagnol s’étire et s’épuise. Il faut des dizaines de rencontres pour trouver une porte de sortie. National Geographic évoque plus de vingt-quatre réunions tenues sur l’île pour parvenir à un consensus. Le résultat est historique : le traité des Pyrénées est signé le 7 novembre 1659, mettant fin à la guerre franco-espagnole commencée en 1635.

Ce traité redessine aussi la carte politique de l’Europe et fixe, durablement, la frontière au niveau des Pyrénées. Il n’est pas qu’un papier. Il s’accompagne d’un geste politique très concret : le mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche est négocié dans la même dynamique, comme une manière de sceller la paix.

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L’île a aussi été associée à des échanges spectaculaires. National Geographic rappelle qu’en 1526, François Ier, fait prisonnier après la bataille de Pavie, y est échangé contre ses deux fils. Et en 1615, un échange de princesses entre les couronnes française et espagnole y est également mentionné : Anne d’Autriche et Élisabeth de France changent de camp, chacune promise à un futur roi.

Qu’on visualise bien la scène : un îlot de quelques milliers de mètres carrés, au milieu d’un fleuve, servant de sas diplomatique. Ni tout à fait en France, ni tout à fait en Espagne. Un endroit pensé pour que personne ne “reçoive” l’autre chez lui. Juste un terrain neutre, à l’époque où la neutralité valait de l’or.

Une œuvre illustre la dimension diplomatique de l’île au XVIIe siècle. Crédit : Morio60.
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Alors, que se passe-t-il fin janvier : la “chute” en réalité

C’est ici que la formule “la France devient plus petite” prend tout son sens… et ses limites.

À la fin de ce mois de janvier 2026, l’île des Faisans cesse d’être administrée par la France. Non pas parce qu’elle disparaît, ni parce qu’un traité a été dénoncé, mais parce que le calendrier du condominium arrive à son terme : la période française s’achève le 31 janvier, et la période espagnole commence le 1er février.

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Donc oui, sur le papier, pendant six mois, le “drapeau administratif” change. Et l’État responsable de la police, de l’entretien, et des actes de gestion bascule de l’autre côté de la Bidassoa.

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Mais non, la France ne “perd” pas une île comme on perdrait un territoire dans une crise. La souveraineté est conjointe, et la bascule est prévue depuis plus d’un siècle et demi. En réalité, la surprise vient surtout de notre habitude : on imagine une frontière fixe, définitive, presque naturelle. L’île des Faisans rappelle l’inverse. Une frontière peut être un mécanisme, une horloge, un compromis vivant.

La stèle commémore la paix de 1659, au cœur de l’île. Crédit : Tangopaso.

Ce que ce micro-territoire dit de l’Europe d’aujourd’hui

L’île des Faisans est parfois racontée comme une curiosité. Elle est plus que ça. Elle montre comment deux pays peuvent transformer un point de friction en symbole de stabilité.

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D’un côté, elle porte une mémoire lourde : celle des guerres, des négociations, des mariages politiques. De l’autre, elle fonctionne au quotidien avec une sobriété presque banale : des agents municipaux qui tondent, un monument entretenu, des interdictions d’accès, et une passation codifiée.

Et puis, il y a la dimension très contemporaine : l’idée que des États acceptent de gérer un territoire sans chercher à “gagner” l’autre. Dans un moment où les frontières redeviennent des sujets sensibles partout en Europe, ce minuscule îlot basque joue, à sa manière, le rôle d’un rappel. On peut faire frontière autrement. On peut coexister sans effacer la ligne, et sans la transformer en mur.

La France ne devient donc pas plus petite. Elle se souvient, simplement, qu’une partie de son histoire est partagée, au sens littéral du terme. Et que, sur la Bidassoa, le territoire n’est pas seulement une surface : c’est un accord.

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