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Accident sur route enneigée ou verglacée : qui peut vraiment être tenu responsable ?

Publié par Killian Ravon le 09 Jan 2026 à 6:03

En plein hiver, quand la neige ou le verglas s’invitent sur la route. La frontière entre « simple frayeur » et accident peut se jouer en une fraction de seconde.

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Voiture accidentée sur route verglacée au crépuscule, trace de glissade et neige fondue sur bas-côté
Sur une chaussée piégeuse, quelques mètres suffisent pour perdre l’adhérence.

Et après le choc, une question revient souvent : au-delà des assurances, quelqu’un d’autre peut-il être mis en cause ? Le droit français a prévu un cadre précis, mais il réserve parfois des surprises.

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Pick-up blanc immobilisé dans un fossé enneigé, roues dans la neige et bas-côté glissant en hiver.
Un bas-côté trompeur suffit parfois à envoyer la voiture hors de sa trajectoire.
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Quand la chaussée devient un piège, l’erreur coûte très cher

Conduire par temps de chaussée glissante n’a rien d’un détail. Lundi 5 janvier au soir, au Perreux-sur-Marne. Un chauffeur de VTC a perdu la vie après avoir percuté un trottoir à cause de la neige et du verglas. Avant de chuter dans la Marne. Le même jour, cinq autres personnes sont décédées dans des accidents liés aux conditions hivernales. En Seine-et-Marne et dans les Landes.

Et même quand les conséquences sont moins dramatiques, le scénario est souvent le même. Des images circulent en boucle sur les réseaux sociaux. Des voitures qui glissent, n’arrivent plus à freiner, s’embrassent au ralenti… Puis se percutent. Ce détail que peu de gens anticipent. C’est que ces séquences « impressionnantes » ressemblent beaucoup à ce que les assureurs analysent ensuite, image par image, pour déterminer la responsabilité.

Dans ce contexte, la prudence reste, comme on dit parfois, le meilleur airbag de saison. Mais juridiquement, elle n’efface pas tout. Encore faut-il savoir ce que l’on reproche exactement au conducteur… et ce que l’on peut reprocher à la route.

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Route de montagne enneigée et glacée avec balises rouges, virage serré et déneigeuse au loin.
Ici, la priorité, c’est d’anticiper bien avant le virage.

Ce que les assureurs regardent d’abord : la maîtrise du véhicule

Du point de vue des compagnies, les règles habituelles continuent de s’appliquer. Si l’accident s’explique par un défaut de maîtrise, l’idée centrale est simple. Le conducteur doit adapter sa conduite aux conditions météo, qu’il neige, qu’il gèle. Ou que la route brille d’une fine pellicule trompeuse. Autrement dit, l’argument « c’était glissant » ne suffit pas, à lui seul, à changer la lecture du dossier.

Certaines situations restent même très cadrées. En cas de collision par l’arrière, la responsabilité est retenue à 100 % pour le véhicule suiveur. Si un conducteur refuse une priorité à un stop ou à un feu rouge. Il est considéré comme responsable à 100 % également. Même si la route rendait le freinage plus difficile.

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Même logique lorsqu’une priorité à droite n’est pas respectée : celui qui ne cède pas le passage endosse la responsabilité. Et lors d’une collision en chaîne, le principe appliqué est que chaque conducteur répond du véhicule percuté devant lui. Quand les circonstances sont indéterminées. La pratique retient souvent un partage par défaut, avec une responsabilité de 50 % de chaque côté. Ou une indemnisation réciproque.

Mais saviez-vous que la météo peut aussi entraîner un autre type de prise en charge, moins intuitif ? Ce n’est pas toujours la conduite qui est au centre du dossier, parfois c’est le poids même de la neige.

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Vue depuis une voiture sur autoroute de nuit sous forte neige, phares et marquages éclairant la chaussée.
Sous la neige qui tombe fort, la visibilité et les distances se jouent à la seconde près.
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Quand ce n’est pas la route, mais la neige qui abîme votre voiture

Il existe un cas particulier à connaître. Lorsque des dégâts sont causés par des chutes de neige très importantes sur un véhicule en stationnement ou en circulation. Comme une vitre brisée ou un toit enfoncé sous le poids. Certains assureurs peuvent prendre en charge les réparations comme ils le feraient pour la grêle.

Ce point change la manière de raconter l’événement. On ne parle plus seulement d’un accident lié au comportement au volant. Mais d’un dommage matériel provoqué par un épisode météo marqué. Et dans ce type de situation, le débat ne se joue pas forcément sur la trajectoire, la vitesse. Ou la distance de sécurité.

Reste la grande question qui arrive presque toujours ensuite. Surtout quand on a l’impression d’avoir été « piégé » par une route non traitée. Si l’accident semble lié à l’absence de salage, à un manque de signalisation. Ou à une intervention trop tardive, peut-on viser plus haut que l’assurance ?

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L’obligation du gestionnaire : entre bon sens hivernal et droit administratif

En France, un principe renforcé par la jurisprudence administrative impose aux gestionnaires de voirie de prendre des mesures raisonnables pour assurer la sécurité des usagers pendant la période hivernale. En clair, selon la route concernée, un automobiliste peut engager une action contre l’État, un concessionnaire autoroutier, un département ou une commune, en invoquant un défaut d’entretien normal de l’ouvrage public.

Une analyse de jurisprudences relatives aux accidents (véhicules et piétons) en présence de verglas montre que la responsabilité du gestionnaire peut être retenue dans plusieurs configurations. Cela peut être le cas lorsqu’un verglas localisé n’a fait l’objet d’aucune alerte, ni de traitement comme le sablage ou le salage, alors même que le danger était circonscrit et identifiable.

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La question de la prévisibilité est aussi centrale. Si le verglas était annoncé par les bulletins météo et qu’aucun traitement préventif n’a été effectué, notamment sur des zones sensibles comme les ponts ou les viaducs, la critique devient plus solide. De la même manière, une signalisation jugée insuffisante, inadaptée ou trop tardive peut peser lourd, surtout si elle n’a pas permis aux conducteurs d’anticiper.

Enfin, le temps de réaction compte. Lorsque les services sont considérés comme intervenus tardivement alors qu’ils avaient connaissance du danger, l’argument du défaut d’entretien peut prendre de l’épaisseur. Et si un même endroit est connu pour devenir dangereux de façon récurrente, sans mesure corrective durable, la répétition peut finir par parler contre le gestionnaire.

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Sur le papier, cela ressemble à une porte entrouverte. Mais dans la pratique, cette porte ne s’ouvre pas si facilement, car l’autre partie du dossier — celle qui vise le conducteur — est presque toujours examinée avec la même minutie.

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Chaussée enneigée avec traces de pneus et plaques de glace, vue de face sur route secondaire
Les ornières rassurent… jusqu’au moment où l’adhérence disparaît.

Ce qui fait basculer un dossier… et ce qui fait souvent tomber l’accusation

Le gestionnaire peut être exonéré de responsabilité dans plusieurs situations. Si le verglas est jugé imprévisible et que les services n’ont matériellement pas eu le temps d’intervenir, l’argument de l’urgence joue en sa faveur. Il en va souvent de même lorsque l’on parle d’un verglas généralisé, considéré comme un risque ordinaire de la saison hivernale auquel les usagers sont censés s’adapter.

Et quand le gestionnaire démontre avoir organisé des patrouilles, réalisé des salages préventifs et mis en place une signalisation adaptée, la critique de l’entretien devient bien plus difficile à soutenir. Lors d’épisodes étendus, un plan de déneigement peut aussi hiérarchiser les interventions selon la fréquentation des voies, et cette logique est généralement admise.

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Route verglacée en campagne au coucher du soleil, bande brillante de glace et champs enneigés autour.
Quand la route luit comme un miroir, le moindre freinage peut surprendre.

Une jurisprudence défavorable au conducteur

Côté conducteur, la jurisprudence retient très souvent des éléments contre l’usager. Une vitesse jugée inadaptée aux conditions climatiques revient régulièrement, tout comme l’usure excessive des pneus, la connaissance préalable d’une zone dangereuse quand il s’agit d’un trajet habituel, ou encore l’absence d’équipement obligatoire, comme des chaînes quand elles sont imposées. Et tout comportement manifestement imprudent peut suffire à renverser la balance.

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C’est là que se cache la réalité la moins « spectaculaire » mais la plus déterminante : tout se joue au cas par cas, et la condamnation du gestionnaire reste l’exception. Dans une étude portant sur 58 accidents hors agglomération sur verglas, la responsabilité entière du gestionnaire n’est retenue que dans 9 % des cas, la responsabilité partagée entre gestionnaire et usager représente 22 %, tandis que la responsabilité exclusive de l’usager atteint 48 %.

Le reste se répartit entre des responsabilités partagées entre plusieurs entités et l’usager (7 %) et des cas particuliers (14 %). Autrement dit, oui, une action contre l’État ou une commune est possible… mais la décision finale, le plus souvent, n’arrive qu’après avoir rappelé une évidence : la prudence au volant reste le premier rempart, même quand la route n’a pas été à la hauteur.

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