« Si tu continues d’en parler, je te renie » : Coline Berry révèle le chantage de son père Richard Berry

Invitée au micro de Marc-Olivier Fogiel sur RTL ce mardi 5 mai, Coline Berry a livré un témoignage d’une rare intensité. La fille de Richard Berry y détaille pour la première fois les pressions qu’elle aurait subies de la part de son père lorsqu’elle tentait d’aborder avec lui les accusations d’inceste. Entre menaces de reniement et silence imposé, ses confidences dessinent le portrait d’une parole empêchée pendant des décennies.
Une thérapie qui a tout fait basculer
Coline Berry accuse son père de l’avoir contrainte à des jeux sexuels entre ses 8 et 10 ans, dans les années 80. Des faits que le comédien de 75 ans a toujours niés. En janvier 2021, elle dépose plainte pour « viols, agressions sexuelles et corruption de mineur ». La procédure est classée sans suite pour prescription. Mais Coline Berry n’a jamais cessé de porter sa parole, notamment devant l’Assemblée nationale.

Sur RTL, elle raconte que c’est à 20 ans, en entamant une thérapie avec la psychanalyste Claude Halmos, que les mots ont commencé à se poser sur ce qu’elle décrit comme un traumatisme enfoui. « C’est elle qui la première fois a mis ce mot d’inceste, a confié Coline Berry. J’évoquais des choses que je n’aimais pas, qui s’étaient passées, qui me restaient comme un traumatisme, mais je n’avais même pas les mots. » Avant cette thérapie, les souvenirs existaient, mais sans le vocabulaire pour les nommer.
C’est justement quand elle a tenté de briser ce silence auprès de son père que la situation aurait basculé dans une tout autre forme de violence.
« Il m’a dit que si je continuais, il me renierait »
Face à Marc-Olivier Fogiel, Coline Berry affirme avoir « plusieurs fois essayé » de parler à Richard Berry. À chaque tentative, selon elle, le comédien niait en bloc. Mais c’est la réaction qu’elle décrit à ses 20 ans qui marque le plus. « J’en ai parlé à mon père qui m’a dit que si je continuais d’en parler, il me renierait », a-t-elle lâché au micro de RTL.
Un chantage affectif d’une brutalité particulière quand on connaît le lien qui unit un enfant à son parent — même accusé des pires actes. Coline Berry le souligne elle-même : « Les agressions sexuelles ou les viols sur un enfant, quand ils sont en plus commis par un membre de la famille qui fait référent d’autorité et figure d’attachement principale, c’est très compliqué. » La menace de reniement agit alors comme un verrou supplémentaire sur une parole déjà fragile.

Ce mécanisme de silence forcé est bien documenté dans les affaires d’inceste. Il n’est pas rare que l’agresseur présumé utilise le lien familial comme levier pour empêcher toute révélation. La commission sur l’inceste à l’Assemblée nationale a d’ailleurs mis en lumière ces dynamiques de pouvoir au sein des familles.
Pourtant, malgré la gravité de ce qu’elle dénonce, Coline Berry a fait un aveu qui a surpris plus d’un auditeur.
« Ce ne sont pas des monstres » : l’amour malgré tout
C’est probablement le passage le plus déstabilisant de l’interview. Interrogée sur ses sentiments envers Richard Berry, Coline a reconnu qu’elle aimait toujours son père. « Beaucoup d’enfants maltraités continuent parce que ce ne sont pas des monstres, a-t-elle expliqué. Ils ont une part aussi très normale, très agréable, qui cohabite très bien avec les autres moments qui, eux, sont totalement déconnants. »
Cette dualité — aimer quelqu’un qu’on accuse de violences graves — est l’un des aspects les plus difficiles à comprendre pour le grand public. Elle explique en partie pourquoi tant de victimes présumées mettent des années, voire des décennies, avant de parler. Le lien affectif ne disparaît pas avec le traumatisme. Il le complique. Il le rend indicible.
Par le passé, Coline Berry avait également évoqué un polaroïd compromettant retrouvé dans les affaires de son père, ainsi qu’une chanson aux paroles troublantes que Richard Berry avait dédiée à sa fille. Des éléments qui, mis bout à bout, alimentent un récit de plus en plus détaillé et de plus en plus public.
Un clan familial fracturé en deux camps

L’affaire Berry ne se limite pas à un face-à-face père-fille. Elle a provoqué une véritable scission familiale. D’un côté, Coline peut compter sur le soutien de sa cousine Marilou Berry et de la mère de celle-ci, Josiane Balasko. Les deux actrices n’hésitent pas à prendre publiquement sa défense quand sa crédibilité est attaquée.
De l’autre, le clan de Richard Berry fait bloc. Marie Berry, la sœur du comédien, a accusé sa nièce de mentir. Plus récemment, Pascale Louange, la compagne de l’acteur, s’en est prise violemment à Coline dans une lettre ouverte. La sœur et l’épouse de Richard Berry ont également contre-attaqué publiquement après un précédent témoignage.
Cette guerre de communication rappelle d’autres affaires où les familles se déchirent autour d’accusations de violences. On pense au clan Delon, fracturé après la mort de l’acteur, ou encore aux révélations sur la famille Gainsbourg qualifiée de « famille incestueuse » par une spécialiste devant l’Assemblée. À chaque fois, le même schéma : une parole qui émerge, un camp qui défend, un autre qui attaque.
Une plainte classée mais un combat loin d’être terminé
Malgré le classement sans suite de sa plainte pour prescription, Coline Berry a clairement indiqué qu’elle ne comptait pas s’arrêter là. Son passage sur RTL s’inscrit dans une stratégie de parole publique assumée. Là où la justice ne peut plus agir — les faits remontent aux années 80 —, la tribune médiatique prend le relais.
Ce combat dépasse d’ailleurs largement le cadre familial. En témoignant devant les députés, Coline Berry a contribué à faire avancer le débat sur l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. Un sujet qui continue de diviser la classe politique, mais sur lequel les lignes bougent, en partie grâce à des témoignages comme le sien.
D’autres affaires récentes montrent à quel point la parole des victimes présumées de violences intrafamiliales est encore fragile. À Nice, une femme portant plainte pour viol s’est vu reprocher de ne pas s’être défendue. À Caen, quatre adultes ont été jugés pour des violences sexuelles sur sept enfants. À Foix, c’est une fillette de 5 ans qui a elle-même dénoncé son beau-père aux gendarmes.
Chaque témoignage, chaque procès, chaque prise de parole contribue à fissurer le mur du silence. Celui de Coline Berry, par sa notoriété et sa constance, est devenu l’un des plus emblématiques de ces dernières années. Reste à savoir si la justice finira par lui donner un autre cadre que celui de la prescription.