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« Nicolas Sarkozy se trompe » : la lettre de Guéant qui dynamite la défense de l’ancien président

Publié par Elsa Fanjul le 27 Avr 2026 à 12:00

Ils ont partagé le pouvoir pendant des années. L’un était président de la République, l’autre son bras droit à l’Élysée. Aujourd’hui, Claude Guéant et Nicolas Sarkozy s’affrontent par lettres interposées devant la cour d’appel de Paris, dans le cadre du procès du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007. Une seconde attestation de trois pages, datée du 26 avril et consultée par RTL, vient d’atterrir sur le bureau des magistrats. Son contenu est dévastateur pour la ligne de défense de l’ancien chef de l’État.

Une rupture consommée entre deux hommes qui se connaissent depuis plus de vingt ans

Lettre manuscrite posée sur un bureau de justice

Claude Guéant, absent des audiences pour raisons de santé, a choisi de poursuivre sa défense par écrit. Et chaque mot semble pesé pour contredire son ancien patron. Dans cette nouvelle lettre, l’ex-secrétaire général de l’Élysée s’attaque d’abord à un point apparemment anodin mais révélateur : la date de leur première rencontre.

Sarkozy

« Nicolas Sarkozy dément m’avoir connu avant 2002 », écrit Guéant, avant de corriger sèchement : « Malgré ses facultés de mémoire exceptionnelles, Nicolas Sarkozy se trompe. Nous nous sommes rencontrés avant 2002. Il me connaissait. » Un détail qui peut sembler secondaire, mais qui mine la crédibilité globale des déclarations de l’ancien président devant la cour. Si Sarkozy se trompe — ou ment — sur un point aussi simple, que valent ses autres affirmations ?

Les deux hommes, condamnés en première instance à respectivement cinq et six ans de prison ferme, sont rejugés en appel aux côtés de huit autres prévenus. Mais c’est entre eux que la fracture est désormais la plus spectaculaire.

Le dîner de Tripoli : « Je m’insurge contre son démenti »

Le cœur de la nouvelle attestation porte sur un épisode précis : un dîner officiel à Tripoli, le 25 juillet 2007. Ce soir-là, Mouammar Kadhafi aurait évoqué devant Nicolas Sarkozy la situation judiciaire de son beau-frère, Abdallah Senoussi. Selon Claude Guéant, l’ancien président l’aurait alors appelé à table pour écouter cette demande, avant de lui lancer : « Claude, voyez cela. »

Sarkozy

Nicolas Sarkozy a toujours opposé « le démenti le plus formel » à cette version des faits. Guéant, lui, ne recule pas d’un millimètre. « Je m’insurge contre son démenti, et confirme ce que j’ai déclaré dans ma précédente attestation. Non, je ne confonds pas », écrit-il, assurant garder « une vue très précise de la scène ».

Il va même plus loin en précisant un détail logistique : la configuration de la table permettait cet échange à l’écart des autres convives. Une façon de couper court à l’argument selon lequel une telle conversation n’aurait pas pu avoir lieu discrètement lors d’un repas officiel. Cette précision tactique montre que Guéant anticipe chaque objection — et que sa lettre n’a rien d’improvisée.

Senoussi, la pièce maîtresse du puzzle libyen

Pour comprendre l’enjeu de ce dîner, il faut mesurer qui était Abdallah Senoussi. Numéro deux du régime de Kadhafi, il avait été condamné en France à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commandité l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989. Cent soixante-dix morts. Un mandat d’arrêt international pesait sur lui.

L’accusation soupçonne un pacte entre l’entourage de Sarkozy et le régime libyen : en échange du financement de la campagne présidentielle de 2007, Tripoli espérait des avancées diplomatiques et commerciales, mais aussi un geste concret sur le dossier Senoussi. La demande formulée lors du dîner de Tripoli, telle que la décrit Guéant, s’inscrirait parfaitement dans ce scénario.

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Guéant assure cependant avoir vérifié qu’aucune procédure ne permettait de lever le mandat d’arrêt. Il affirme avoir rendu compte de ces démarches à Sarkozy « à plusieurs reprises » et reconnaît avoir « laissé les choses en suspens » auprès des autorités libyennes « pour ne pas être trop brutal ». Mais il maintient qu’une grâce ou une amnistie était impossible et « n’a jamais été envisagée ».

Guéant accuse, mais se défend aussi

La stratégie de Claude Guéant est à double tranchant. En contredisant Sarkozy sur des points précis, il renforce la thèse de contacts étroits entre l’Élysée et le régime libyen. Mais il cherche aussi à se présenter comme celui qui a freiné les ambitions de Tripoli, pas comme un complice actif d’un éventuel pacte de corruption.

Cette posture — « oui, la demande existait, mais non, je n’y ai pas donné suite » — est un exercice d’équilibriste judiciaire. Guéant admet suffisamment pour paraître crédible, tout en posant des limites censées le protéger. Les trois principaux protagonistes du dossier — Sarkozy, Guéant et Brice Hortefeux — contestent fermement le scénario d’un financement libyen. Mais ils ne racontent plus du tout la même histoire.

L’ancien président, rejugé en appel, doit être de nouveau interrogé mercredi 30 avril. Face aux juges, il devra désormais répondre non seulement à l’accusation, mais aussi aux mots de celui qui fut pendant des années son homme de confiance.

Ce que cette lettre change pour la suite du procès

En première instance, la justice avait estimé que les preuves étaient suffisantes pour condamner les deux hommes à de lourdes peines. L’appel devait être l’occasion pour Sarkozy de démonter le dossier. Mais l’irruption de ces attestations écrites, détaillées et nominatives, complique considérablement sa tâche.

Car une attestation n’est pas un témoignage à la barre. Le format écrit permet à Guéant de peser chaque formule, de répondre point par point aux déclarations de Sarkozy lors de son interrogatoire du 14 avril, sans risquer de se laisser déstabiliser par un contre-interrogatoire. C’est un avantage tactique considérable.

Le procès en appel se poursuit avec huit autres prévenus. Mais c’est bien le duel Sarkozy-Guéant qui cristallise l’attention. Deux versions incompatibles, portées par deux hommes qui se connaissent mieux que quiconque. L’un des deux ment — ou alors, les deux réécrivent l’histoire à leur façon. La cour d’appel de Paris devra trancher. Et les conséquences judiciaires pourraient être sans appel.

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