Le nouveau maire LFI de Saint-Denis annonce le désarmement progressif de sa police municipale
Un nouveau maire, une ligne sécuritaire qui fait parler
Il vient à peine de prendre ses fonctions, et il fait déjà beaucoup de bruit. Bally Bagayoko, élu dès le premier tour à la tête de Saint-Denis-Pierrefitte, a annoncé mardi sur France 2 son intention d’engager un désarmement progressif de la police municipale de sa ville.
Saint-Denis-Pierrefitte, c’est la nouvelle commune née en 2025 de la fusion entre Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine. Avec ses 150 000 habitants, elle est désormais la plus grande ville dirigée par La France insoumise.
Une déclaration qui n’est pas passée inaperçue, dans une banlieue parisienne où la question de la sécurité est omniprésente.

Ce qu’il entend vraiment par « désarmement »
Bally Bagayoko a tenu à préciser sa pensée, pour éviter toute mauvaise interprétation. Il ne s’agit pas de désarmer la police du jour au lendemain.
« Lorsque je parle de désarmement, je pense d’abord aux LBD », a-t-il expliqué. Les lanceurs de balles de défense sont, selon lui, des armes « très peu contrôlables et aux conséquences parfois dramatiques ».
Sur les armes à feu, en revanche, le ton est plus prudent. Le maire a indiqué que les armes à feu seraient conservées pour l’instant, dans l’attente d’une doctrine clairement définie.
« Piano piano » : un calendrier volontairement flou
Le nouveau maire a utilisé l’expression « piano piano » pour décrire son rythme. Une façon d’afficher une direction sans se lier à une échéance précise.
« Il faut d’abord définir une doctrine », a-t-il insisté. Le désarmement s’inscrit selon lui dans « un processus progressif, et non dans une décision immédiate ».
Cette prudence, il l’explique par la taille de sa commune. « On ne gère pas une ville de 150 000 habitants comme une ville de 2 ou 3 000 habitants. »
Il a également rappelé un fait historique : avant 2020, la police municipale de Saint-Denis n’était pas armée. Pour lui, revenir à cette situation est donc une option légitime, pas une rupture radicale.
La question du recrutement : un point délicat
Ses détracteurs soulèvent rapidement un problème concret : une police désarmée attire moins de candidats. Dans les zones sensibles, beaucoup d’agents refusent de travailler sans protection.
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Bally Bagayoko l’admet partiellement. « C’est en partie vrai », a-t-il concédé lors de son passage sur France 2. Mais il refuse d’en faire un argument rédhibitoire.
Pour lui, l’armement ne doit pas être une réponse automatique aux problèmes de recrutement. La question se résoudra, selon lui, par une approche globale qui reste à définir.
Un message aux électeurs : la sécurité seule ne suffit pas

Bally Bagayoko n’est pas tendre avec son prédécesseur socialiste, Mathieu Hanotin. Il rappelle que ce dernier avait investi près de 20 millions d’euros dans une approche sécuritaire — et qu’il a quand même perdu.
« Les électeurs ne se laissent pas convaincre uniquement par une politique sécuritaire », a-t-il affirmé. Le résultat des urnes serait, selon lui, un signal clair.
Sa lecture du vote est simple : les habitants de Saint-Denis attendent aussi des réponses à une urgence sociale. Dans une ville où quatre habitants sur dix vivent sous le seuil de pauvreté, la question sociale est explosive.
Il faut dire que LFI défend depuis longtemps une ligne favorable au désarmement de la police, portée notamment par Mathilde Panot lors des municipales 2026. Bagayoko s’inscrit dans cette continuité.
Une vitrine politique pour LFI
Le nouveau maire ne cache pas son ambition. Il veut faire de Saint-Denis-Pierrefitte une vitrine politique pour La France insoumise. Une sorte de laboratoire pour une « nouvelle France », selon ses propres mots.
Les promesses sociales qu’il a portées pendant la campagne sont ambitieuses — et coûteuses. Dans une ville aux finances sous tension, leur mise en œuvre sera scrutée de près.
La question de la sécurité ne sera donc qu’un volet parmi d’autres. Mais c’est celui qui, pour l’instant, concentre tous les regards.
Du côté de l’opposition nationale, les réactions ne se font pas attendre. Sébastien Lecornu, réélu à Vernon lors des dernières municipales, fait partie des voix qui observent avec attention ce laboratoire insoumis en Seine-Saint-Denis.
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Ce que disent vraiment ses agents
Le maire a indiqué avoir rencontré l’ensemble des policiers municipaux pour leur « exprimer sa reconnaissance ». Un geste diplomatique avant d’annoncer les changements à venir.
Il insiste sur un point : les effectifs seront préservés. Il n’est pas question de réduire le nombre d’agents, mais de repenser leurs équipements et leur doctrine d’intervention.
« Nous devons traiter les deux aspects : répondre à l’urgence sociale et maintenir une police municipale de proximité », a-t-il résumé. Un équilibre délicat, dans une ville habituée aux tensions.
La polémique autour de ce désarmement annoncé rappelle d’autres déclarations à fort impact lors des dernières municipales, qui ont agité le débat public bien au-delà des circonscriptions concernées.
Un bras de fer politique qui ne fait que commencer
Bally Bagayoko a été clair : ce désarmement ne se fera pas du jour au lendemain. Mais la direction est posée, et elle est assumée.
Dans les semaines à venir, la définition d’une doctrine sécuritaire officielle sera le premier test concret de sa majorité. Et les yeux de toute la gauche — et de toute la droite — seront braqués sur Saint-Denis.
Une chose est certaine : le nouveau maire insoumis n’a pas l’intention de gouverner dans la discrétion. Et ce premier passage sur France 2 donne le ton.
À suivre également : les tensions entre maires et leurs conseils municipaux se multiplient partout en France depuis les dernières élections, signe d’un contexte politique local particulièrement électrique.