Présidentielle 2027 : Bardella domine, mais un ex-Premier ministre pourrait lui barrer la route
Le premier gros sondage de mai vient de tomber, et il dessine une présidentielle 2027 où le Rassemblement national écrase tout sur son passage au premier tour. Mais derrière ce bulldozer, un nom revient systématiquement en position de challenger : Édouard Philippe. Quatre scénarios testés, un même constat. Voici ce qu’il faut retenir de cette enquête Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL.

35 % dès le premier tour : le RN au sommet
Les chiffres sont sans ambiguïté. Dans les quatre configurations testées par l’institut, le candidat RN arrive en tête avec une avance considérable. Jordan Bardella récolte entre 34 et 35 % des intentions de vote selon les hypothèses. Marine Le Pen, si c’est elle qui porte les couleurs du parti, obtient 32 à 33 %. Un écart modeste entre les deux, mais le RN domine dans tous les cas de figure.
Ce niveau d’intentions de vote place le parti d’extrême droite dans une position inédite à un an du scrutin. Pour rappel, en 2022, Marine Le Pen avait obtenu 23,15 % au premier tour. On parle ici d’un bond de près de dix points. Le sondage, réalisé du 28 au 30 avril auprès de 1 725 personnes inscrites sur les listes électorales, affiche une marge d’erreur de 1 à 2,3 %. Même en prenant la fourchette basse, le RN reste loin devant.
Reste une question que ces chiffres bruts ne tranchent pas : qui, entre Bardella et Le Pen, sera finalement désigné candidat du parti ? L’écart de deux à trois points en faveur du président du RN pourrait peser dans la balance. Mais le véritable suspense se joue ailleurs : dans la bataille pour la deuxième place.
Édouard Philippe, seul capable de décrocher le ticket pour le second tour
C’est peut-être l’enseignement le plus marquant de ce sondage. Édouard Philippe obtient 19 % des intentions de vote dans toutes les configurations. Que son adversaire RN soit Bardella ou Le Pen, que le reste du champ politique s’organise d’une manière ou d’une autre : le maire du Havre reste stable, ancré à la deuxième place.
Dix-neuf pour cent, ça peut sembler modeste face aux 35 % de Bardella. Mais dans une élection à deux tours, seule la qualification compte. Et Philippe dispose d’une marge confortable sur ses poursuivants immédiats. Gabriel Attal, l’autre figure testée pour le bloc central, plafonne à 14 %. Cinq points d’écart entre les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron — un gouffre dans une course aussi serrée derrière eux.

D’ailleurs, la situation d’Attal est bien plus précaire qu’il n’y paraît. À 14 %, il se retrouve talonné par trois candidats qui gravitent entre 11 et 13 %. Un faux pas, un débat raté, et l’ancien plus jeune Premier ministre pourrait se retrouver éjecté du podium. Ce qui nous amène à l’embouteillage le plus fascinant de ce sondage.
Mélenchon, Glucksmann, Retailleau : la guerre des troisièmes
Si le duel RN–Philippe semble se dessiner pour le second tour, la bataille pour la troisième place ressemble à un match de boxe à cinq. Jean-Luc Mélenchon, qui vient tout juste d’officialiser sa quatrième candidature, récolte 12 % des intentions de vote. Il grimpe même à 13 % dans la configuration Bardella–Attal, comme s’il profitait d’un appel d’air quand le bloc central s’affaiblit.
Raphaël Glucksmann, lui, oscille entre 11 et 12 %. L’eurodéputé fondateur de Place Publique a refusé toute idée de primaire à gauche, préférant jouer sa propre carte. Le sondage lui donne raison : il existe dans l’opinion. Mais il existe au même niveau que Mélenchon, ce qui pose un problème arithmétique évident pour la gauche. Deux candidats à 12 %, c’est zéro candidat au second tour. Notons au passage que l’institut n’a testé aucun candidat socialiste, ce qui laisse un angle mort dans l’analyse du vote de gauche.
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Côté droit, Bruno Retailleau crée la surprise. Récemment élu candidat des Républicains, le ministre de l’Intérieur atteint 13 % dans la configuration Le Pen–Attal. Mais il chute à 9 % quand Bardella et Philippe sont en lice. L’explication est limpide : face à deux candidats qui occupent déjà l’espace droite–centre-droit, Retailleau se retrouve compressé. Son électorat potentiel est aspiré des deux côtés.
Les petits candidats et le signal qui devrait inquiéter tout le monde
En dessous de la barre des 10 %, le paysage se fige. Éric Zemmour oscille entre 5 et 6 %, loin de son score de 2022 (7,07 % au premier tour). Marine Tondelier reste bloquée à 4 %, et Fabien Roussel entre 3 et 4 %. Ces chiffres confirment une tendance de fond : la présidentielle 2027 se jouera entre trois ou quatre blocs, pas entre une mosaïque de candidatures.

Mais le chiffre le plus intéressant du sondage n’est peut-être pas une intention de vote. C’est celui-ci : 80 % des Français se disent intéressés par la présidentielle, dont 45 % « très intéressés ». À un an du scrutin. C’est considérable. En comparaison, les enquêtes récentes montraient un désenchantement massif envers le macronisme. L’intérêt est là, mais il se porte vers autre chose.
Ce paradoxe — des citoyens dégoûtés par le pouvoir actuel mais passionnés par l’élection à venir — raconte une histoire. Les Français ne se détournent pas de la politique. Ils attendent un tournant. Et ce sondage dessine les contours de ce tournant : un affrontement entre le « bloc populaire » incarné par le RN et un « bloc central » dont Édouard Philippe semble être le dernier rempart.
Ce que ce sondage ne dit pas (et qui peut tout changer)
Un sondage à un an d’une élection, c’est une photo. Pas un film. En mai 2021, personne n’aurait parié sur Éric Zemmour à 7 % un an plus tard. Plusieurs inconnues majeures restent en suspens. D’abord, la situation judiciaire de Marine Le Pen : sa condamnation à cinq ans d’inéligibilité, si elle est confirmée en appel, redistribuerait totalement les cartes au sein du RN.
Ensuite, la question de la candidature unique au centre. Édouard Philippe prépare sa campagne en coulisses depuis des mois, mais Gabriel Attal n’a aucune intention de se retirer. Si les deux se présentent, les 19 % de Philippe et les 14 % d’Attal ne s’additionnent pas — ils se neutralisent. Et dans ce cas, c’est Mélenchon, Glucksmann ou Retailleau qui pourrait rafler la mise.
Autre facteur : le financement des campagnes. Le RN peine toujours à trouver une banque pour financer son opération. Un détail logistique qui pourrait devenir un boulet si la situation ne se débloque pas dans les prochains mois. Les comptes de campagne sont ouverts depuis le 1er avril, et chaque candidat doit désormais consigner ses dépenses.
Ce qui est certain, c’est que la dynamique actuelle place le RN dans une position de force historique. Jamais un candidat d’extrême droite n’avait été crédité de 35 % aussi tôt dans la course. Face à cette vague, Édouard Philippe apparaît comme le seul capable de tenir. Mais entre tenir et gagner, il y a un gouffre de seize points. Et un an pour le combler.