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Cette habitude intime pourrait diminuer le risque de cancer, mais pas pour la raison que vous pensez

Publié par Killian Ravon le 19 Fév 2026 à 12:30

Depuis des années, une idée revient régulièrement : une activité éjaculatoire fréquente pourrait être associée à un risque plus faible de cancer de la prostate. Des données solides existent, mais elles ne racontent pas exactement l’histoire qu’on imagine, et elles ne se transforment pas en “recette” de prévention.

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Couple adulte se souriant au lit au réveil, illustration non explicite liée à la santé masculine et au cancer de la prostate.
Une intimité apaisée et consentie.

Alors, que sait-on vraiment aujourd’hui sur le lien entre éjaculation et cancer de la prostate ? Tour d’horizon des résultats, de leurs limites, et de ce qui compte le plus pour la santé.

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La Harvard T.H. Chan School of Public Health, à l’origine de travaux très cités sur le sujet. Crédit : Farragutful.
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Une hypothèse ancienne… et une question très moderne

L’éjaculation, côté physiologie, n’est pas qu’un “moment” lié à l’orgasme. Elle mobilise notamment la prostate et les vésicules séminales, qui participent à la production et à l’expulsion du liquide séminal. À partir de là, certains chercheurs ont posé une question simple : évacuer plus souvent les sécrétions prostatiques pourrait-il, d’une manière ou d’une autre, influencer le risque de cancer ?

L’idée n’est pas nouvelle. Dans la littérature, on retrouve depuis des décennies cette hypothèse selon laquelle une “stase” prolongée des sécrétions, ou certains phénomènes inflammatoires, pourraient jouer un rôle. Le problème, c’est que la biologie seule ne suffit pas : ce qui se passe dans la vraie vie dépend aussi du mode de vie, du dépistage, de l’âge, des infections, et de la manière dont chacun déclare (ou non) ses habitudes.

Au fond, la question est devenue moderne parce qu’elle touche un enjeu majeur de santé publique. Le cancer de la prostate reste l’un des cancers les plus fréquents chez l’homme, et les facteurs de risque les mieux établis (âge, antécédents familiaux, origines) ne se modifient pas. D’où l’intérêt, mais aussi la prudence, dès qu’on parle de comportements.

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Le suivi médical et la discussion sur le dépistage comptent davantage que n’importe quel “compteur” d’habitudes. Crédit : Linda Bartlett / National Cancer Institute.

L’étude la plus citée : une association nette, mais pas une preuve de causalité

Quand le sujet revient dans l’actualité, c’est presque toujours la même cohorte qui est mentionnée. Il s’agit du Health Professionals Follow-up Study, une grande étude prospective américaine : des hommes ont été suivis sur le long terme, et ils ont indiqué à différents moments de leur vie la fréquence de leurs éjaculations.

Dans l’analyse publiée en 2016, les chercheurs ont rapporté qu’une fréquence plus élevée (par exemple 21 éjaculations ou plus par mois) était associée à un risque plus faible de diagnostic de cancer de la prostate, comparée à une fréquence de 4 à 7 par mois. L’étude porte sur 31 925 participants suivis jusqu’en 2010, ce qui explique son poids dans le débat.

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Ce type de résultat a deux forces. D’abord, le design prospectif limite certains biais de mémoire : on ne demande pas aux hommes, après un diagnostic, de “reconstruire” leur passé. Ensuite, la taille de l’échantillon permet d’observer des tendances robustes, même si tout ne peut pas être expliqué.

En revanche, il faut poser les mots clairement : une association statistique ne prouve pas que l’éjaculation “protège” mécaniquement la prostate. Elle peut aussi refléter d’autres éléments difficiles à mesurer parfaitement, comme l’état général, le niveau d’activité, ou certaines habitudes de suivi médical.

Le cancer de la prostate recouvre des réalités très différentes selon l’agressivité des tumeurs. Crédit : Netha Hussain.
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Ce que les méta-analyses viennent nuancer

Les cohortes impressionnent, mais elles ne sont pas seules. Plusieurs travaux ont tenté de regrouper les études existantes, avec un résultat global plus nuancé.

Une méta-analyse publiée dans le Journal of Sexual Medicine s’est intéressée à différents aspects de la sexualité (partenaires, âge du premier rapport, fréquence) et conclut qu’une fréquence “modérée” d’éjaculation est associée à une baisse du risque dans les données disponibles. Le mot “modérée” est important : il rappelle que la relation n’est pas forcément linéaire et que les études incluses ne mesurent pas toutes les mêmes choses, ni de la même façon.

Autrement dit, la science n’est pas en train d’édicter un seuil universel. Elle observe surtout un signal : dans plusieurs ensembles de données, les hommes déclarant une activité éjaculatoire plus régulière présentent, en moyenne, un risque de diagnostic plus faible, mais l’intensité de l’effet et sa forme varient selon les études.

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Les mécanismes évoqués : plausibles, mais encore hypothétiques

Pour que l’histoire “tienne”, on cherche ensuite des mécanismes biologiques. Plusieurs pistes reviennent souvent.

D’un côté, certains avancent l’idée d’un “nettoyage” des sécrétions prostatiques, avec une diminution de l’exposition à certains composés potentiellement délétères. De l’autre, les hormones sont au cœur du sujet : la prostate est sensible aux androgènes, et le cancer de la prostate a une histoire biologique intimement liée à ces signaux.

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Pour autant, les meilleurs papiers restent prudents. Les mécanismes exacts ne sont pas tranchés, et les études épidémiologiques ne mesurent pas toujours directement ce qu’on aimerait vérifier (par exemple certains marqueurs biologiques, de manière répétée, sur plusieurs décennies).

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Résultat : on a une cohérence possible, mais pas une démonstration.

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Le point qui change tout : ce que la fréquence d’éjaculation “représente” dans une vie

Un détail compte plus qu’il n’y paraît : l’éjaculation ne survient pas dans le vide. Elle peut être liée à une sexualité en couple, à la masturbation, à des périodes de stress, à l’âge, à la santé mentale, et à des facteurs sociaux. Dès qu’on s’approche d’un comportement intime, les variables se multiplient.

Les chercheurs essayent d’ajuster statistiquement (âge, tabac, activité physique, dépistage…), mais l’ajustement n’efface pas tout. Dans la vraie vie, quelqu’un qui déclare une activité sexuelle régulière peut aussi avoir un suivi médical plus fréquent, un meilleur accès aux soins, ou des habitudes de vie différentes.

Un autre point est rarement discuté calmement : certaines infections sexuellement transmissibles, ou certaines inflammations, ont été étudiées comme facteurs pouvant influencer le risque, et la sexualité au sens large n’a pas un seul visage. C’est aussi pour cela que les scientifiques évitent de conclure trop vite, même face à un signal statistique répété.

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Les leviers les plus crédibles en prévention restent liés au mode de vie global. Crédit : SharonDawn.

Les recommandations de prévention ne reposent pas sur ce critère

C’est probablement la conclusion la plus utile. Aujourd’hui, aucune grande recommandation médicale de prévention ne dit : “éjaculez X fois par mois pour éviter un cancer”. Et ce n’est pas un oubli : c’est un choix basé sur le niveau de preuve.

En pratique, les approches jugées plus solides reposent surtout sur des facteurs de mode de vie. L’activité physique, le poids, le tabac, et certains marqueurs alimentaires reviennent régulièrement dans les revues de littérature comme des leviers plus crédibles, même si l’effet exact sur le cancer de la prostate peut varier selon les types de tumeurs et les populations étudiées.

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Cela ne signifie pas que la sexualité “ne compte pas”. Cela veut dire qu’on ne peut pas l’utiliser comme outil de prévention chiffré, comme on peut le faire pour d’autres sujets (pression artérielle, arrêt du tabac, activité physique).

Ce qu’on peut dire sans surinterpréter

D’abord, une sexualité active et consentie n’apparaît pas comme un facteur “dangereux” pour la prostate dans les données de cohorte les plus citées. Ensuite, l’association observée dans plusieurs études est compatible avec un effet modeste, mais elle n’autorise pas à promettre une protection.

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Plutôt que de compter, mieux vaut retenir l’esprit : santé cardiovasculaire, activité physique, poids, sommeil, et suivi médical adapté quand il y a des symptômes urinaires ou une discussion à avoir sur le dépistage. Sur ce terrain-là, les bénéfices sont plus clairs et dépassent largement la question prostatique.

Enfin, si ce sujet intrigue, la meilleure démarche reste simple : en parler avec un médecin, surtout en cas d’antécédents familiaux ou de symptômes. Le dépistage du cancer de la prostate n’est pas un automatisme identique pour tous, et la discussion se personnalise.

Que retenir ?

Le lien entre éjaculation et cancer de la prostate existe surtout sous forme d’association statistique : des hommes déclarant une fréquence plus élevée semblent, dans certaines grandes cohortes, moins souvent diagnostiqués d’un cancer de la prostate. Les méta-analyses confirment un signal possible, tout en rappelant que la relation est complexe et que l’on ne peut pas en faire un “mode d’emploi” de prévention.

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Au final, la science invite à une lecture adulte du sujet : pas de tabou, pas de recette miracle. Une sexualité épanouie peut s’inscrire dans une vie équilibrée, mais la prévention, elle, reste d’abord une affaire de mode de vie global et de suivi médical pertinent.

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