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Pourquoi le temps semble passer de plus en plus vite quand on avance en âge

Publié par Killian Ravon le 12 Fév 2026 à 7:03

Enfant, vous comptiez les dodos avant Noël comme si chaque journée avait le poids d’une semaine. À l’âge adulte, on cligne des yeux et le mois est déjà fini. Cette sensation, très répandue, a un nom dans la littérature scientifique : l’« accélération subjective du temps ».

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Homme d’une soixantaine d’années à son bureau, regardant un calendrier flou tandis qu’une grande horloge suggère le temps qui passe plus vite avec l’âge.
Entre routine et mémoire qui compresse, les repères se raréfient et les journées semblent s’écourter.

Derrière ce ressenti, il n’y a pas une seule explication magique, mais un faisceau d’hypothèses qui se complètent. Vieillissement du cerveau, routine, façon dont la mémoire “range” les événements… et même un simple calcul à l’échelle d’une vie. Tour d’horizon, sans forcer le trait.

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Les repères du quotidien peuvent donner l’impression que les semaines s’enchaînent. Crédit : Gausanchennai.
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Une piste cérébrale : moins “d’images” enregistrées, donc des journées qui rétrécissent

En 2019, Adrian Bejan, professeur à l’université Duke (États-Unis), publie un article dans European Review qui popularise une idée très concrète : notre cerveau ne “mesure” pas le temps comme une horloge, il le reconstruit à partir de ce qu’il traite et enregistre. Selon lui, la sensation de durée dépend notamment du flux d’informations perçues, en particulier visuelles.

Or, avec l’âge, les voies nerveuses se modifient, la transmission et le traitement de l’information peuvent devenir moins rapides ou moins “denses”. Résultat théorique : on accumule moins d’instantanés mentaux sur une même journée. Et si la journée contient moins de “repères”, elle peut sembler avoir filé.

Ce point est important : ce n’est pas que le temps accélère, c’est que le cerveau a moins de matière à “compter”. Dit autrement, une journée pleine de nouveautés laisse davantage de traces… et paraît plus longue rétrospectivement.

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Le cerveau ne “lit” pas le temps comme un sablier : il le reconstruit. Crédit : Rama.

Ce que la neuroscience récente ajoute : le cerveau segmente moins finement les événements

Depuis quelques années, des travaux en neurosciences s’intéressent à la manière dont nous découpons le réel en “épisodes” (on parle de segmentation des événements). L’idée : plus votre cerveau repère de transitions nettes (un changement de lieu, d’objectif, de situation), plus il y a de jalons pour construire la sensation de durée.

Une étude récente commentée par Live Science s’appuie sur des données d’IRM fonctionnelle : des participants de 18 à 88 ans regardent un extrait de film, et les chercheurs analysent les changements d’états d’activité dans le cerveau. Conclusion : chez les personnes plus âgées, on observe moins de transitions, avec des états neuronaux qui durent plus longtemps. C’est cohérent avec l’hypothèse d’un temps subjectif qui “glisse” plus vite faute de découpes internes aussi fréquentes.

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Ce champ rejoint aussi des travaux académiques sur la segmentation et l’encodage des événements : la façon dont on découpe ce qui arrive influence ce qu’on comprend… et ce qu’on retient.

Quand les jours se ressemblent, la mémoire compresse et les mois semblent filer. Crédit : Dafne Cholet.

La routine, ce grand accélérateur discret

Il existe une explication plus simple, moins biologique, mais souvent très parlante : la routine. Quand tout se ressemble, le cerveau économise de l’énergie. Il scanne l’environnement au lieu de le redécouvrir.

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Enfant, presque tout est nouveau : trajets, sensations, règles sociales, apprentissages. Chaque journée génère une moisson de micro-événements. Adulte, on répète des boucles : métro, mails, mêmes lieux, mêmes gestes. À la fin, la mémoire compresse.

Le piège, c’est que l’on confond deux temps : celui “sur le moment”, et celui “dans le souvenir”. Une journée routinière peut paraître longue quand on la vit (ennui), mais courte quand on y repense (peu de marqueurs). À l’inverse, une journée chargée et nouvelle peut sembler passer vite sur le moment… et paraître immense après coup, parce qu’elle est riche en souvenirs.

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Pourquoi “remplir” ses semaines change la perception

C’est là que beaucoup de conseils de bon sens rejoignent la science : sans vouloir “optimiser” sa vie comme un tableur, multiplier les expériences distinctes (changer d’itinéraire, apprendre, voir des gens, créer) augmente le nombre de repères mémoriels. Ce n’est pas une recette miracle, mais un levier plausible pour densifier l’impression de temps vécu.

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Les changements liés à l’âge peuvent modifier la façon dont le cerveau découpe les événements. Crédit : Υ.Γ..

Le corps aussi : métabolisme et horloge interne, une hypothèse qui revient souvent

Autre famille d’explications : notre “tempo” physiologique. Fréquence cardiaque, respiration, rythme veille-sommeil… Les enfants ont des paramètres biologiques plus rapides. Plusieurs vulgarisations s’appuient sur cette idée : si votre organisme “bat” plus vite, votre perception interne de la durée pourrait être différente.

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Cette piste circule depuis longtemps dans les discussions scientifiques et grand public. Elle n’explique pas tout à elle seule, mais elle a un intérêt : elle rappelle que notre cerveau ne fonctionne pas dans le vide. La perception du temps est liée à l’attention, à la fatigue, au stress, au sommeil, et à l’état global du corps.

Sur ce sujet, des médias de vulgarisation ont relayé les hypothèses en jeu et leurs limites, en rappelant que plusieurs mécanismes peuvent coexister.

Attention, perception, mémoire : plusieurs fonctions participent à la sensation de durée. Crédit : Gaurav Baidya.
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La relativité… à l’échelle d’une vie : une année pèse moins lourd quand on en a déjà vécu 40

Il y a enfin une explication mathématique, presque froide, mais redoutablement intuitive. Quand vous avez 10 ans, une année représente 10 % de votre vie. À 40 ans, ce n’est plus que 2,5 %. Même si votre cerveau était parfaitement stable, une même durée ne peut pas avoir le même “poids” subjectif.

C’est ce que résume une tribune relayée notamment par SBS (à partir d’un enseignant-chercheur de l’université de Bath) : le rapport entre “une année” et “la vie déjà vécue” change mécaniquement, ce qui contribue à l’impression d’accélération.

Ce raisonnement ne remplace pas les pistes neuro-cognitives, mais il explique pourquoi le phénomène est si universel. Même sans routine, même sans grand changement biologique, le simple référentiel personnel se modifie.

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Alors, on peut “ralentir” le temps ?

Non, pas au sens physique. En revanche, on peut souvent agir sur ce qui fabrique la sensation : l’attention et la mémoire. Les études et hypothèses convergent vers une idée : plus le cerveau encode de transitions, de nouveautés et de détails, plus la période paraît longue a posteriori.

Créer des ruptures, changer de décor, apprendre quelque chose de vraiment nouveau, faire une activité qui capte l’attention… tout cela ne rajoute pas des heures, mais rajoute des repères. Et ces repères, ce sont eux qui donnent de l’épaisseur au temps.

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Une sensation humaine

Si le temps qui passe plus vite avec l’âge vous frappe de plein fouet, vous n’êtes ni “fainéant” ni “déjà vieux”. Vous êtes surtout humain. Entre un cerveau qui segmente différemment, une mémoire qui compresse la routine, un corps qui change de tempo et un simple effet d’échelle sur la durée de vie, l’accélération subjective a de solides raisons d’exister.

La bonne nouvelle, c’est qu’elle n’est pas complètement subie. Sans transformer sa vie en course à la nouveauté, on peut redonner du relief aux semaines. Parfois, il suffit d’un détail : faire autrement, regarder vraiment, et laisser au cerveau davantage d’images à accrocher.

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