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Au large du Canada, un ancien volcan sous-marin a réveillé la curiosité des scientifiques

Publié par Killian Ravon le 07 Jan 2026 à 8:00

En ce début janvier 2026, une mission au large de la côte pacifique canadienne a pris une tournure inattendue.

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ROV éclairant des œufs géants de raie au sommet d’un volcan sous-marin actif, au large du Canada.
Sous les projecteurs du robot, le sommet volcanique devient une nurserie inattendue.

Sur une vaste montagne engloutie que l’on pensait inerte, des biologistes ont observé des indices d’activité et de vie qui bousculent les scénarios les plus prudents. Et un détail, en particulier, a fini par attirer tous les regards.

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Cheminée hydrothermale « black smoker » dans le Pacifique Nord, jets sombres et eau trouble autour.
Une cheminée active suffit à transformer le fond marin en oasis. Crédit : NOAA / Wikimedia Commons
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Un géant des profondeurs que l’on croyait silencieux

Tout commence au large de l’île de Vancouver, sur la façade la plus rude de l’océan Pacifique. Là-bas, une équipe de Pêches et Océans Canada explore depuis 2019 un relief sous-marin immense, qui s’étend sur environ 2 000 km². Avant d’y descendre, beaucoup l’imaginaient comme un décor figé, froid, presque « éteint ».

Sauf qu’une montagne, même invisible, garde parfois sa propre logique. Le sommet de ce massif culmine à environ 1 100 mètres au-dessus du fond marin, mais reste tout de même perdu très loin sous la surface. Dans cet univers sans lumière, chaque mouvement, chaque variation, se mesure en signaux ténus.

Sur ce type de site, l’exploration se joue à la fois sur la patience et sur la précision. Les plongées s’enchaînent, les observations se recoupent, et l’on apprend à reconnaître ce qui relève de la routine… et ce qui ne colle pas. Or ici, quelque chose ne collait pas.

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Vers tubicoles rouges massés sur une cheminée hydrothermale, au milieu d’un paysage sous-marin obscur.
Autour des sources chaudes, la vie s’accroche et prospère. Crédit : Oregon State University / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0).

De la chaleur là où tout devait être gelé

À cette profondeur, l’idée la plus simple est celle d’un monde immobile. Pourtant, les chercheurs ont fini par détecter des rejets d’eau chaude là où ils attendaient une masse d’eau glaciale et uniforme. Ce n’est pas un détail esthétique, c’est un changement complet de décor biologique.

Car cette chaleur s’accompagne des fluides minéralisés qui modifient l’environnement immédiat. Dans les profondeurs, les nutriments ne circulent pas comme en surface, et la vie doit souvent composer avec la rareté. Quand des rejets chargés en minéraux apparaissent, ils peuvent devenir une source d’énergie indirecte pour toute une chaîne d’organismes.

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C’est précisément ce qui rend ces zones si particulières. On y observe des formes de vie capables de s’installer là où, ailleurs, tout semble trop austère. Et sur ce mont, ces conditions ont aussi favorisé des communautés fixées, dont certaines appartiennent aux coraux profonds.

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À ce stade, la mission avait déjà renversé une hypothèse centrale. Non, ce relief n’était pas un simple vestige refroidi. Il se passait encore quelque chose.

Un ROV éclaire un corail profond sur un mont sous-marin, exploration au faisceau dans la pénombre totale.
C’est souvent la lumière d’un robot qui révèle les surprises du fond. Crédit : NOAA / Wikimedia Commons
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Quand les reliefs sous-marins deviennent des oasis

Ce détail que peu de gens connaissent, c’est la façon dont certains sites « chauffés » transforment la géographie de la survie. Là où l’océan profond paraît uniforme, une zone active peut créer une sorte de quartier vivant, avec ses micro-habitats et ses opportunités.

Les chercheurs s’intéressent particulièrement à la dynamique autour des sources hydrothermales, car elles agissent comme des points de concentration. Même sans lumière, des espèces trouvent un avantage à s’en rapprocher, directement ou indirectement, en profitant de conditions plus favorables que dans l’immense noir environnant.

Dans les abysses, la stratégie est souvent simple à résumer, mais difficile à exécuter : économiser, attendre, se protéger. Toute chaleur disponible, toute zone un peu plus stable, peut compter. La montagne explorée au large de Vancouver offre justement une sorte de « plateforme » plus accessible que les profondeurs extrêmes autour.

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Et ce sommet, moins profond que les zones environnantes, peut aussi jouer un rôle d’abri relatif. Moins de pression de prédation, plus de repères, et parfois une température légèrement moins punitive. On comprend alors pourquoi certains animaux, même discrets, peuvent y revenir.

Capsule d’œuf de raie sur fond clair, enveloppe coriace brunâtre aux bords arrondis et épais.
Une « bourse » robuste, pensée pour résister à la vie en profondeur. Crédit : Downsded / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).

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Une exploration qui s’étire sur plusieurs années

Depuis 2019, les campagnes se succèdent, et la connaissance du site s’affine. Les images, les prélèvements, les mesures construisent une histoire plus vaste que la simple question « actif ou éteint ». Sur ce type d’expédition, la surprise ne surgit pas toujours d’un seul coup : elle s’installe, puis elle s’impose.

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Au fil des plongées, les biologistes ont observé des zones où la vie semblait se concentrer davantage. Les coraux, d’abord, puis d’autres présences plus mobiles, plus furtives. Mais saviez-vous que, dans ces conditions, certains comportements ne peuvent être compris qu’en revenant encore et encore au même endroit ?

Car ce n’est pas seulement la présence d’animaux qui intrigue : c’est ce qu’ils viennent y faire. Et quand une équipe commence à remarquer des retours réguliers, des regroupements, ou des traces répétées, elle sait qu’elle tient peut-être un usage biologique du site.

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C’est à ce moment-là que la mission a basculé vers une question plus déroutante. Non plus « pourquoi cet endroit est vivant ? », mais « pourquoi certains y reviennent-ils précisément maintenant ? ».

Coraux profonds observés par un ROV dans un canyon océanique, colonies claires sur fond très sombre.
Même sans soleil, certains coraux bâtissent de véritables jardins. Crédit : NOAA / Wikimedia Commons

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Ce qu’ils ont fini par voir au sommet

Plus récemment, les chercheurs ont observé la présence de la raie blanche du Pacifique, une espèce associée aux grandes profondeurs, connue pour évoluer entre 800 et 2 900 mètres. Son nom scientifique, Bathyraja spinosissima, rappelle à quel point elle reste peu documentée, justement parce qu’elle vit loin des zones facilement accessibles.

Certaines femelles peuvent atteindre environ deux mètres, et l’espèce se distingue par une particularité frappante : la taille de ses capsules de ponte. Sur le mont sous-marin exploré au large du Canada, les biologistes ont découvert une concentration d’objets biologiques difficile à comparer à quoi que ce soit de déjà observé.

Leur estimation reste prudente, car compter précisément dans ce type de terrain est complexe. Mais l’ordre de grandeur avancé est vertigineux : plusieurs centaines de milliers, et potentiellement plus d’un million. Et ces capsules, elles, n’ont rien de discret.

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Il s’agit d’œufs géants, mesurant environ cinquante centimètres, dont la forme peut évoquer un ravioli ou un petit coussin. Produire de tels œufs coûte énormément d’énergie, mais ils offrent aussi davantage de réserves nutritives pour le développement. Les chercheurs rappellent qu’il faut environ quatre ans pour que les jeunes se développent, et que la chaleur locale pourrait raccourcir cette durée.

Autrement dit, ce volcan sous-marin que l’on croyait éteint n’était pas seulement encore actif : il servait aussi, à sa manière, d’incubateur naturel. Et la grande surprise de l’expédition, celle qui transforme ce sommet en site unique, tient dans cette révélation finale : des milliers — peut-être jusqu’à plus d’un million — de ces œufs géants vivants y forment une véritable pouponnière de raies en pleine profondeur.

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