Les chariots de supermarché bientôt retirés des supermarches, voici ce qui les remplacerait
Le chariot de supermarché, celui qui grince un peu, qu’on pousse machinalement entre les têtes de gondole, n’a presque pas changé depuis des décennies. Pourtant, dans certains magasins, une autre version est déjà en test : un chariot connecté capable de reconnaître les produits, d’afficher le total en temps réel et de réduire (en théorie) le passage en caisse.
Derrière cette promesse, il y a plusieurs enjeux très concrets : le pouvoir d’achat, la lutte contre la fraude, mais aussi la collecte de données sur nos habitudes. Et c’est sans doute là que le débat va se jouer.
Un objet familier… mais un symbole qui vacille
On l’appelle souvent “Caddie”, mais c’est d’abord un usage de langage : “Caddie” est une marque devenue synonyme de chariot, comme “Frigidaire” pour le réfrigérateur. En France, l’histoire industrielle de cette marque alsacienne a longtemps accompagné celle de la grande distribution.
Or, ce repère s’est fissuré récemment. La société Caddie (Ateliers Réunis Caddie) a été placée en liquidation judiciaire en juillet 2024, un épisode raconté notamment par Le Monde et Le Journal des Entreprises, après plusieurs procédures de redressement au fil des années.
Dans les rayons, l’objet a survécu à tout : l’arrivée des caisses automatiques, la montée du drive, l’explosion du e-commerce alimentaire. Mais les magasins cherchent désormais à gagner du temps… et à mieux “piloter” l’acte d’achat.
Le chariot connecté, concrètement : écran, scan, caméras et total en temps réel
Ce qui est testé à Provins (Seine-et-Marne) chez Intermarché ressemble, au premier regard, à un chariot classique avec un boîtier accroché. La différence se voit dès qu’on commence à faire ses courses : un écran affiche le panier, une scannette intervient, et deux caméras aident à identifier ce qui est déposé au fur et à mesure.
Selon TF1 Info, ce chariot interactif utilise des caméras et de l’intelligence artificielle pour reconnaître des produits et suivre l’évolution du montant affiché. L’intérêt est immédiat pour beaucoup de clients : voir la note grimper (ou se stabiliser) en temps réel, plutôt que de la découvrir à la fin.
L’idée n’est pas totalement nouvelle. Certaines enseignes testent depuis plusieurs années le “scan as you shop”, avec une douchette ou une appli. Ce qui change ici, c’est la volonté de rendre le chariot plus autonome et plus “guidant”, en centralisant tout sur un écran.
Promesse numéro 1 : mieux tenir son budget… au moment où chaque euro compte
Dans un contexte où les prix alimentaires ont marqué les esprits ces dernières années face à l’inflation, l’argument du budget pèse lourd. Le chariot connecté joue sur un réflexe simple : tant qu’on ne voit pas le total, on a tendance à remplir. Dès que le total est sous les yeux, on ajuste, on repose, on remplace.
Ce mécanisme peut réellement aider certains foyers à ne pas dépasser une enveloppe. Un total qui s’affiche au fil de l’eau peut aussi éviter l’effet “mauvaise surprise” au moment du paiement, surtout quand on alterne promotions, marques distributeurs et achats “plaisir”.
Mais l’outil peut aussi pousser à consommer autrement. Si l’écran propose des suggestions, des promotions ciblées ou des alternatives “moins chères”, il devient un acteur du parcours client, pas seulement un compteur.
Promesse numéro 2 : gagner du temps… et changer la caisse telle qu’on la connaît
L’autre promesse, c’est le temps. TF1 rapporte qu’une cliente évoque jusqu’à une demi-heure gagnée sur ses courses, notamment parce que le scan est réparti pendant le parcours et parce que la sortie peut être simplifiée.
La logique est claire : si tout est déjà enregistré, le passage en caisse devient un paiement final, parfois via une borne dédiée. Moins de déchargement, moins de rechargement, moins d’attente si le système est fluide.
Toutefois, l’expérience dépend beaucoup de la fiabilité. Un produit mal reconnu, un bug de scan, une vérification nécessaire : ce sont des secondes qui s’accumulent vite. Et, dans un magasin bondé, la promesse “zéro friction” se heurte souvent à la réalité.
Promesse numéro 3 : lutter contre la fraude… grâce aux caméras et à l’IA
Il y a un sujet dont les enseignes parlent beaucoup : la fraude. Les caisses automatiques ont accéléré le phénomène, et les distributeurs cherchent des solutions techniques plutôt que d’ajouter en permanence du personnel de contrôle.
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Dans ce cadre, les caméras intégrées et l’analyse du contenu du chariot deviennent un argument clé. Plusieurs acteurs du retail tech vendent l’idée d’un “contrôle embarqué”, capable de détecter des incohérences entre ce qui est pris et ce qui est payé.
L’enseigne E.Leclerc a aussi expérimenté des dispositifs de ce type dans certains points de vente, avec des retours partagés dans la presse régionale, notamment Nice-Matin lors d’un test sur la Côte d’Azur.
La vraie contrepartie : des données, beaucoup de données
Le point le plus sensible n’est peut-être pas la technologie, mais ce qu’elle produit en coulisses. Un chariot connecté ne sert pas seulement à afficher un total : il enregistre une séquence d’achat, un rythme, des préférences, et parfois un lien avec une carte de fidélité.
Dans un reportage de TF1, une enseignante-chercheuse spécialiste de la grande distribution, Sandrine Heitz-Spahn, explique l’intérêt de la data pour personnaliser des offres et afficher des contenus adaptés sur l’écran.
Autrement dit, le chariot devient aussi un canal publicitaire. Et si l’utilisateur gagne du temps, il “paie” potentiellement autrement : par une acceptation plus grande de la personnalisation, et donc d’une part de suivi.
Et l’emploi dans tout ça ? Une question qui revient à chaque innovation
À chaque étape d’automatisation, la même inquiétude ressurgit : moins de caissières, moins d’emplois en magasin. Les défenseurs du chariot connecté répondent souvent qu’il faudra du personnel pour accompagner, maintenir, vérifier, gérer les incidents.
L’équilibre dépendra de la stratégie des enseignes. Si l’objectif est de fluidifier sans réduire l’humain, on peut imaginer un transfert de tâches vers l’aide en rayon, le conseil, la logistique. Si l’objectif est de réduire la masse salariale, la technologie peut clairement accélérer une tendance déjà visible depuis l’arrivée des caisses automatiques.
Dans tous les cas, la transition ne se fera pas en une nuit. Le chariot classique est robuste, simple, peu coûteux à maintenir. Le chariot connecté, lui, exige du matériel, des mises à jour, de la maintenance, et une adoption client qui n’est pas automatique.
Un basculement progressif, pas une disparition brutale
Il est tentant de dire que “les chariots vont disparaître”. En réalité, ce qui pourrait disparaître, c’est surtout l’usage unique du chariot comme simple contenant. Son successeur ne remplace pas forcément la forme, mais la fonction.
On peut très bien imaginer une coexistence : des chariots classiques pour les achats rapides, des chariots connectés pour les gros paniers, des paniers intelligents pour les magasins urbains. Certaines enseignes comme Auchan ou Leclerc avancent par tests, magasin par magasin, en regardant le coût, la casse, l’acceptation et le gain réel.
Le détail qui ne trompe pas, c’est que les prototypes se multiplient, chez Intermarché comme ailleurs. Et quand une technologie commence à répondre à plusieurs objectifs en même temps (budget, temps, fraude, data), elle finit souvent par s’installer.
Un accompagnement plus personnalisé
Le chariot connecté promet de rendre les courses plus lisibles et plus rapides, au moment où beaucoup de Français surveillent chaque dépense. Son intérêt est évident sur le papier, et certains tests montrent déjà un usage concret.
Reste une question centrale : jusqu’où accepte-t-on d’être accompagné, mesuré et ciblé pendant qu’on choisit ses produits ? Si le chariot de demain devient un écran publicitaire roulant, la “bonne affaire” pourrait être moins évidente qu’elle en a l’air.
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