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Un couple expulsé à Saint-Claude juste avant la trêve hivernale : un mois d’errance et une solution trouvée au dernier moment

Publié par Killian Ravon le 06 Jan 2026 à 17:29

Marie et Philippe pensaient avoir sauvé leur logement social en réglant une partie de leur dette. Mais, à Saint-Claude, tout bascule fin octobre 2025, à quelques jours d’un moment-clé de l’hiver dans un témoignage rapporté par La Dépêche.

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Factures et courriers empilés sur une table, avec une mention d’impayé, photo réaliste et neutre, sans marque.
Quand les factures s’accumulent, quelques jours suffisent parfois pour faire basculer un foyer.

En ce début janvier 2026, leur histoire rappelle à quel point la frontière entre “tenir bon” et tomber dans la précarité peut se jouer sur un détail.

La vidéo du jour à ne pas manquer
Meubles et cartons sur un trottoir après une expulsion, scène urbaine prise en extérieur, grand angle.
Quand tout tient en quelques sacs, le reste se retrouve parfois sur le bitume. Crédit — Wikimedia Commons.
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Le jour où tout s’arrête sur un palier de Saint-Claude

Le 23 octobre 2025, Marie et Philippe se retrouvent sur le palier de leur appartement, avenue de la Gare, à Saint-Claude. Autour d’eux, des gendarmes les escortent. La scène, racontée par la presse locale, a la brutalité des décisions qui ne laissent pas de seconde chance.

Ils n’emportent presque rien. Deux sacs, un vélo, et une cage avec leur chat. Le reste reste derrière la porte, comme si la vie d’avant était devenue inaccessible en quelques minutes.

À cet instant, le couple n’a pas seulement perdu un toit. Il perd aussi un cadre, une routine, une forme de protection invisible qui permet de continuer à travailler, à se laver, à se présenter “comme tout le monde”.

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Une stabilité fragile : travailler, mais ne plus avoir d’adresse

Marie a moins de 40 ans et travaille en CDI dans une grande surface. Dans son quotidien, cette stabilité professionnelle devient un fil auquel elle s’accroche, malgré tout. Elle le dit clairement : quand on travaille, on n’a pas le droit “d’avoir l’air” d’aller mal.

Son exigence est simple et, justement, implacable. Se présenter propre, tenir sa tenue, garder la face. Quand l’errance commence, cette règle devient un défi concret, presque logistique, et pourtant vital.

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Car la précarité ne se résume pas à dormir dehors. Elle s’infiltre dans les détails : comment se laver, où se changer, comment protéger ses affaires, comment éviter le regard des autres quand on n’a plus d’adresse.

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Véhicule de la Croix-Rouge française et personnes rassemblées, photo d’archive en noir et blanc, paysage.
Une aide concrète, même limitée à un jour précis, peut tout changer quand on n’a plus de routine. Crédit — Wikimedia Commons (CC0).

L’incompréhension d’une procédure et des échanges restés sans réponse

Marie et Philippe savent qu’une procédure est engagée depuis plusieurs mois. Ils ne découvrent pas le risque du jour au lendemain. Mais ce qui les frappe, c’est la façon dont tout s’enchaîne, et surtout ce qu’ils comprennent — ou croient comprendre — au fil des échanges.

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Ils discutent avec le CCAS et avec leur bailleur social, La Maison pour tous. De leur point de vue, un accord semblait possible : régler le loyer courant et une partie de la dette, et rester. Ils effectuent les virements, et des copies ont été vérifiées par les journalistes.

Ensuite, ils demandent des justificatifs, tentent d’y voir clair, réclament des documents. Rien ne revient. Puis, presque sans transition, arrive l’ordre de quitter les lieux, avec une date : l’expulsion aura lieu le 23 octobre.

Pour eux, c’est une incompréhension totale. Le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait, sans obtenir la preuve attendue, et de se retrouver quand même mis dehors, comme si les efforts n’avaient pas existé.

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Intérieur d’une chambre d’hôtel avec lit et rideaux, vue en perspective, ambiance chaude et intimiste.
Un toit, enfin… mais souvent provisoire, en attendant mieux. Crédit — Wikimedia Commons.

À quelques jours de la trêve hivernale, une “zone grise” qui ne pardonne pas

Chaque année, la trêve hivernale débute le 1er novembre et suspend les expulsions locatives jusqu’au 31 mars, pour éviter que des ménages ne se retrouvent à la rue pendant les mois les plus froids. Mais les jours qui précèdent sont une période critique.

Pour les personnes concernées, tout se joue parfois à quelques heures près. La loi s’applique, oui, mais elle laisse aussi une zone où l’anticipation, l’accompagnement et les solutions concrètes peuvent manquer.

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L’histoire de Marie et Philippe illustre cette mécanique. Être expulsés quelques jours avant le 1er novembre change tout. Pas seulement sur le papier, mais dans la réalité : l’hiver arrive, les nuits se rallongent, et la moindre solution devient difficile à trouver.

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Ce détail que peu de gens mesurent, c’est que “juste avant” peut être pire que “pendant”, parce que le filet de protection arrive trop tard.

Enfant endormi dans un siège auto à l’arrière d’une voiture, photo en intérieur, cadrage horizontal.
La voiture devient parfois l’ultime refuge quand il n’y a plus de clé dans la poche. Crédit — Wikimedia Commons.
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Quand la survie devient une organisation : se laver, dormir, tenir un mois

Après l’expulsion, le couple doit improviser une routine de survie. Marie veut continuer à travailler, et donc préserver une apparence et une hygiène indispensables. C’est là que l’information circule entre personnes en difficulté : ils apprennent qu’il est possible de prendre une douche à la Croix-Rouge, un jour par semaine.

Une douche par semaine, cela dit beaucoup. Ce n’est pas un confort, c’est une bouée. Un rendez-vous fixe dans une vie qui n’a plus d’horaires, plus de clé, plus de porte à fermer.

Le reste du temps, il faut “tenir”. Tenir la fatigue, le froid qui s’installe, la peur de tomber malade, le stress permanent de ne pas savoir où l’on sera le lendemain. Et tenir aussi le regard des autres, quand on travaille encore mais qu’on n’a plus de chez-soi.

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Au bout de près d’un mois à dormir dans leur véhicule, une aide finit par se débloquer. Elle passe par Action Logement, rendue possible grâce au contrat de travail de Marie. Aujourd’hui, ils vivent dans une chambre d’hôtel. Un toit, enfin, mais provisoire.

Immeubles d’habitation à bon marché en ville, façades et fenêtres visibles, photo en extérieur au format paysage.
Le logement social est censé protéger, mais certains dossiers basculent malgré tout. Crédit — Wikimedia Commons (CC BY-SA).

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Une réalité plus large, derrière une histoire très précise

Le récit de Marie et Philippe renvoie à une réalité plus vaste. Lors d’une action de sensibilisation organisée place du Palais-Royal à Paris en mars, Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-fondation Abbé-Pierre), rappelait que 24 000 ménages, soit environ 50 000 personnes, ont été expulsés par les forces de l’ordre en 2024.

Selon leurs observations, un tiers des personnes expulsées se retrouve sans solution pérenne de relogement, et ce pendant 1 à 3 ans après l’expulsion. Ce chiffre donne un vertige particulier quand on le met en regard des “petits” délais, des dossiers, des justificatifs qui n’arrivent pas, et des décisions qui, elles, tombent.

En ce début janvier 2026, quand l’hiver pèse déjà sur le quotidien de milliers de personnes, leur trajectoire raconte autre chose qu’un fait divers local. Elle dit la fragilité d’un équilibre : un salaire, mais plus de logement. Des virements effectués, mais pas de papier en retour. Une procédure connue, mais une fin vécue comme brutale.

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Et le détail le plus inattendu, celui qu’ils ont fini par choisir pour ne pas dormir dehors, n’était pas un hébergement classique : pour avoir un abri, Marie et Philippe ont acheté une Peugeothors d’usage, simplement pour pouvoir s’y réfugier avant que l’aide d’Action Logement ne les fasse basculer, temporairement, dans une chambre d’hôtel.

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