Dans les comptes de Hakim, électricien industriel à Grenoble à 2 820 € nets par mois
Hakim a 41 ans, deux enfants, un crédit immobilier en cours et un salaire que beaucoup lui envieraient — sans vraiment mesurer ce qu’il cache. Électricien industriel dans une entreprise sous-traitante du bassin grenoblois, il touche 2 820 € nets par mois, primes incluses. Pourtant, en fin de mois, il lui reste moins de 200 €. Voici pourquoi.

Ce qu’il rentre vraiment chaque mois
Le salaire de base de Hakim tourne autour de 2 450 € nets. Le reste, soit 370 €, vient de primes : une prime de déplacement mensuelle (il intervient régulièrement sur des sites industriels hors Grenoble), plus une prime d’astreinte ponctuelle — mais pas systématique. « Certains mois, la prime d’astreinte ne tombe pas, donc je compte jamais sur elle à l’avance », explique-t-il.
Sa compagne, Samira, travaille à mi-temps comme assistante administrative. Elle ramène 980 € nets. Le foyer tourne donc avec environ 3 800 € au total — mais c’est le budget de Hakim seul qu’on analyse ici, celui qui porte le crédit et l’essentiel des charges fixes.
Pas d’APL, pas d’allocations chômage. Ils touchent 230 € de allocations familiales pour leurs deux enfants (8 et 11 ans), qui alimentent le compte commun du foyer, pas le budget personnel de Hakim.
Des charges fixes qui ne laissent aucune marge
En 2019, Hakim et Samira ont acheté un appartement de 78 m² dans le quartier Échirolles, à la périphérie de Grenoble. La mensualité du crédit immobilier : 940 €, sur 25 ans. « On a acheté au bon moment, avant que les taux s’envolent. Aujourd’hui, on n’aurait probablement pas pu. »
Les charges de copropriété s’élèvent à 110 € par mois, les deux assurances habitation et voiture réunies à 95 €. La mutuelle familiale — prise en charge à 50 % par son employeur — lui coûte encore 68 € nets par mois. La taxe foncière, lissée sur douze mois, représente environ 55 € supplémentaires.

Côté abonnements, la facture internet + téléphone fixe pèse 28 €, son forfait mobile 19 €, Netflix 13 € et Spotify (famille) 11 €. Hakim a aussi une salle de sport à 30 € par mois — « c’est mon seul truc pour moi, je ne veux pas y toucher ».
Total des charges fixes imputées sur son budget : 1 369 €. Soit presque la moitié de son salaire net évaporée avant même d’avoir fait les courses. Ce que vit aussi Thomas, policier à Bordeaux, dont le crédit immobilier mange une part similaire du budget.
Le quotidien qui grignote le reste
Hakim prend sa voiture tous les jours — les transports en commun ne sont pas compatibles avec ses horaires d’intervention. Il roule en Peugeot 308 diesel de 2017. Le carburant lui coûte en moyenne 130 € par mois, l’entretien du véhicule lissé sur l’année ajoute environ 40 €.
Les courses alimentaires pour la famille — à quatre, donc — représentent 480 € par mois, en faisant attention. « On fait Lidl pour les produits secs et le marché le samedi pour les légumes et la viande. Ça revient moins cher et c’est meilleur. » Ce budget est partagé avec Samira, mais Hakim en assume les deux tiers, soit 320 € imputés sur son budget.
La cantine des enfants : 90 € par mois pour les deux. Les activités extrascolaires (foot pour l’aîné, gym pour la cadette) : 55 €. Les sorties resto ou pizzas du vendredi soir : environ 60 € par mois. Le shopping vêtements et divers, lissé : 50 €.

Hakim déjeune quasi systématiquement sur ses chantiers, avec un panier-repas préparé la veille. « Si je me mettais à manger au restau le midi, j’en aurais pour 200 € de plus par mois facilement. » Une discipline qui rappelle celle d’Arnaud, facteur à Caen, qui adopte la même logique pour équilibrer son budget.
Total des dépenses variables : 755 €. Avec les charges fixes, on arrive à 2 124 € de dépenses mensuelles sur son seul budget. Il lui reste donc théoriquement 696 €. Mais le bilan réel est bien plus serré que ça.
L’épargne, entre discipline et frustration
Hakim vire 200 € chaque mois sur son Livret A — une habitude qu’il a prise dès son premier CDI, à 26 ans. « C’est un virement automatique le 5 du mois. Comme ça, je ne me pose pas la question. » Son Livret A affiche aujourd’hui environ 11 000 €, ce qu’il considère comme son matelas de sécurité. Pour aller plus loin sur l’utilisation possible de cette épargne, les projets de l’État autour du Livret A en 2026 méritent d’être suivis de près.
Il verse également 80 € par mois sur un PEL ouvert pour chacun de ses enfants — 40 € par enfant — « pour qu’ils aient quelque chose quand ils seront grands ». Ce poste représente 80 € au total.

Il n’a pas d’assurance-vie, pas de PEA. « J’y ai pensé, mais entre le crédit et les enfants, j’ai jamais eu le moment de m’y mettre vraiment. » Un flou que partagent beaucoup de ménages à revenus intermédiaires. Sur ce sujet, la hausse possible du PFU en 2026 pourrait changer la donne pour les épargnants hésitants.
Après les 280 € d’épargne mensuelle, il reste à Hakim entre 150 et 200 € de marge de manœuvre — quand aucune dépense imprévue ne surgit. Un remplacement de ballon d’eau chaude, des pneus à changer, un dentiste non remboursé : n’importe lequel de ces événements suffit à passer le mois dans le rouge. « Je sais que je devrais épargner plus, mais avec deux enfants et un crédit, c’est compliqué de trouver où couper. »
Ce que ces chiffres disent vraiment
Hakim gagne 2 820 € nets par mois, soit environ 820 € de plus que le salaire médian français, établi autour de 2 000 € nets selon l’INSEE. Sur le papier, il fait partie des Français « au-dessus de la moyenne ». Dans les faits, son crédit immobilier et ses charges de famille le ramènent à une marge mensuelle d’un serveur parisien — comme Youssef, qui survit à Paris avec 1 870 €. Pour savoir à partir de quel seuil on bascule dans une autre catégorie, la définition de la classe moyenne en 2025 est plus nuancée qu’on ne le croit.
Son électricité et son gaz — dont les factures pourraient grimper de 53 % d’ici 2030 — constituent un poste qu’il surveille de près mais qu’il intègre dans les charges du foyer partagé avec Samira, hors de ce budget individuel. « Si les prix du gaz s’envolent comme on nous le dit, c’est toute notre organisation qui va sauter. »
Ce qu’il retient de son rapport à l’argent, en une phrase : « Je gagne bien ma vie, mais je vis comme quelqu’un qui gagne 500 € de moins. C’est le crédit qui fait ça. »