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Faut-il bientôt payer pour se garer chez Lidl ? Un projet qui risque d’étonner les clients

Publié par Killian Ravon le 21 Jan 2026 à 14:20

Pendant des décennies, le parking gratuit a fait partie du décor des grandes surfaces. Pourtant, à Hambourg, Lidl teste un modèle inattendu : louer des places la nuit, pour 3 euros, via une réservation numérique.

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Parking devant un Lidl, avec plusieurs voitures stationnées face à l’entrée et le logo de l’enseigne au centre de la façade.
Parking devant un magasin Lidl, en fin de journée, illustrant la question du stationnement autour des grandes surfaces en ville.

L’idée, soutenue par la ville, vise moins à « faire payer » qu’à répondre à un problème urbain devenu explosif.

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Une supérette Lidl à Hambourg, illustration d’un modèle urbain où les parkings deviennent une ressource partagée. Crédit : Mogelzahn.
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À Hambourg, un supermarché devient « parking de quartier »

À première vue, l’annonce ressemble à une provocation. Payer pour stationner chez Lidl, symbole du hard-discount, dans un pays où le parking de supermarché est souvent perçu comme un acquis. Pourtant, ce qui se joue à Hambourg n’a rien d’un péage improvisé à l’entrée d’un magasin. Il s’agit d’un projet pilote, encadré, limité en volume et surtout calé sur un moment précis : quand le commerce est fermé.

Depuis le 19 janvier 2026, une filiale Lidl située Carl-Petersen-Straße 55, dans le quartier de Hamm, met à disposition une partie de ses places en soirée et la nuit. La mesure vise les habitants du quartier, mais aussi les visiteurs. La ville, via sa Behörde für Verkehr und Mobilitätswende (l’autorité en charge des transports et de la transition de mobilité), présente l’opération comme une réponse pragmatique à une réalité bien connue des métropoles : la chasse au stationnement qui s’étire, tourne en rond et finit par saturer les rues résidentielles.

L’angle est important, car il explique la logique du dispositif. Hambourg ne « privatise » pas une rue, elle utilise une surface déjà existante. Et Lidl ne supprime pas le stationnement client en journée : l’accès reste gratuit pendant les horaires d’ouverture. La location ne démarre qu’après la fermeture, quand le parking se vide et devient, dans une grande ville, une ressource inutilisée.

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Un parking de supermarché Lidl, symbole de ces grandes surfaces qui disposent d’espaces souvent inoccupés la nuit. Crédit : Pimvantend.

Comment fonctionne le « Feierabendparken » chez Lidl

Le projet porte un nom explicite : « Feierabendparken », que l’on peut traduire par « stationnement après le travail ». Concrètement, dix places sont proposées chaque jour à la réservation, de 18 h à 8 h le lendemain, pour 3 euros la nuit, selon la municipalité de Hambourg. La réservation se fait de manière digitale via le prestataire Wemolo, à l’aide d’une plateforme et d’un QR code.

Le tarif ne s’arrête pas à la nuitée. Lidl et la ville évoquent aussi des forfaits : 12 euros pour sept nuits, et 30 euros pour trente nuits. Le dimanche, la logique change légèrement, car le magasin étant fermé, la disponibilité peut s’étendre, comme l’ont rapporté plusieurs médias allemands, dont t-online. Dans tous les cas, l’architecture du test reste la même : un nombre limité de places, clairement identifiées, et une promesse centrale, répétée par la ville comme par l’enseigne : ne pas pénaliser les clients du matin.

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Ce point n’est pas anecdotique. Dans les débats sur le stationnement, la première crainte d’un commerçant est de perdre sa clientèle. Ici, Lidl protège son cœur d’activité. Le parking « payant » ne commence qu’une fois les portes closes. Autrement dit, la mesure ne touche pas le passage en caisse, mais la période où le parking, faute d’usage, ne sert à personne.

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Magasn Lidl.

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Pourquoi la ville tente ce modèle

Si Hambourg s’empare du sujet, c’est parce que le stationnement est devenu un marqueur politique. Il cristallise la question plus large de l’usage de l’espace public : que fait-on des mètres carrés en ville ? Qui doit y accéder ? Et à quel prix ?

Dans la communication officielle, la Behörde für Verkehr und Mobilitätswende insiste sur une logique d’optimisation. Les parkings privés de supermarchés existent déjà. Ils occupent souvent de grandes emprises au sol. Or, le soir, ces espaces restent vides, alors que les rues adjacentes subissent une pression continue. L’autorité hambourgeoise et Lidl expliquent donc vouloir « améliorer la situation du stationnement dans les zones résidentielles denses » en réorientant une partie de cette capacité, sans construire un seul emplacement supplémentaire.

Le sénateur chargé des transports, Anjes Tjarks, résume l’idée en une phrase reprise par plusieurs médias allemands : les places inoccupées le soir et la nuit constituent une ressource précieuse dans une grande ville. Le message est clair : plutôt que d’ajouter du bitume, Hambourg préfère « faire mieux avec l’existant ». Le projet devient alors un test de politique urbaine autant qu’un simple service de parking.
Il y a aussi une dimension environnementale, même si elle reste souvent sous-entendue. Moins de « tourne-à-droite » à la recherche d’une place, c’est moins de trafic inutile. Les villes le savent : une partie de la congestion provient de véhicules qui ne font que chercher à se garer. Limiter cette errance, c’est réduire bruit, émissions et tensions de voisinage. Ainsi, un dispositif de réservation, même modeste, peut avoir un effet disproportionné sur un micro-quartier.

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Un parking Lidl de nuit, quand l’espace devient disponible et peut intéresser les riverains. Crédit : Flickr user 9361468@N05.

Ce que ce test dit de la bataille du stationnement en Europe

Le plus frappant, dans cette affaire, c’est le renversement culturel. En Europe, le stationnement gratuit s’est longtemps imposé comme une norme dans les zones commerciales. Pourtant, les centres urbains font face à une équation de plus en plus dure : davantage d’habitants, des rues plus apaisées, des pistes cyclables, des espaces piétons… et donc moins de places.

Dans ce contexte, les parkings privés deviennent une variable d’ajustement. Le modèle de Hambourg ressemble à une forme de « mutualisation ». Il n’est pas tout à fait public, pas tout à fait privé : c’est un espace commercial qui, sur une plage horaire, rend un service quasi municipal, mais en passant par une tarification et une plateforme.

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Ce type de solution séduit aussi parce qu’il évite le chantier. Construire un parking coûte cher et prend du temps. En revanche, ouvrir un parking existant, le rendre réservable et contrôler les accès est plus rapide, surtout avec des outils numériques. Cela explique l’intérêt de prestataires comme Wemolo, qui se positionnent au croisement du contrôle, de la réservation et de la facturation.

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D’après une dépêche dpa reprise notamment par la Süddeutsche Zeitung et par Die Welt, Lidl considère déjà une extension possible si l’essai est concluant. Le même ensemble de sources indique aussi que l’enseigne a évoqué des tests dans d’autres villes, avec un cas cité à Düsseldorf. Autrement dit, Hambourg pourrait servir de laboratoire à une stratégie plus large : transformer des parkings commerciaux en « capacité nocturne » pour les quartiers.

Reste une question : qui y gagne ? Les riverains obtiennent une option sécurisée. La ville espère réduire la pression dans les rues. Lidl valorise un espace inutilisé. Toutefois, le dispositif n’est pas neutre : il introduit une forme de marché du stationnement résidentiel. Même à 3 euros, l’idée de payer pour se garer près de chez soi peut heurter, surtout si, en parallèle, des places disparaissent dans la rue.

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Et en France, une idée exportable ou un casse-tête ?

L’exemple hambourgeois interpelle forcément les villes françaises. Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille : partout, le stationnement devient un sujet à la fois quotidien et hautement sensible. Pourtant, transposer le modèle n’aurait rien d’automatique.

D’un côté, la France connaît déjà des situations où les parkings privés sont strictement contrôlés, parfois avec des barrières, parfois avec des caméras, et souvent avec des durées limitées. Le « client d’abord » reste la règle, et l’objectif est d’éviter que le parking serve de parc-relais sauvage. C’est précisément ce que Hambourg retourne : au lieu de lutter contre le stationnement non client, la ville l’organise, l’encadre et le rend payant.

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De l’autre, la question juridique et politique est délicate. Si une municipalité française encourage un supermarché à louer ses places la nuit, elle devra répondre à plusieurs enjeux : l’acceptation sociale, l’équité entre ceux qui peuvent payer et ceux qui ne peuvent pas, et la cohérence avec les politiques d’abonnement résidentiel déjà en place. Dans certaines zones, les résidents paient déjà un tarif annuel ou mensuel pour se garer en voirie. Ajouter une alternative privée pourrait aider, mais aussi brouiller la lisibilité et créer une concurrence inattendue.

Il y a aussi un facteur très concret : la configuration des parkings. Beaucoup d’enseignes en France disposent de parkings en sous-sol ou en surface, mais pas toujours facilement isolables « par tranches ». Hambourg, elle, commence petit : dix places. Ce choix réduit le risque opérationnel. Il permet aussi d’évaluer, sans bouleverser les habitudes, si la demande existe vraiment.
Enfin, l’argument écologique doit être manié avec prudence. Oui, optimiser un parking existant peut éviter de construire. Cependant, certains urbanistes rappellent que faciliter le stationnement peut aussi encourager l’usage de la voiture, au détriment d’autres modes. Le test de Hambourg s’inscrit donc dans un équilibre fragile : réduire le chaos du stationnement, sans créer un appel d’air automobile.

Un parking Lidl typique, vaste et facilement « découpable » pour des usages horaires distincts. Crédit : geograph.org.uk/708.
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Un test pour en inspirer d’autre

Le test de Hambourg ne raconte pas seulement une histoire de « parking Lidl à 3 euros ». Il révèle une tendance lourde : dans les grandes villes, chaque mètre carré devient un enjeu, et les solutions les plus pragmatiques passent souvent par des partenariats inattendus.

Si l’essai fonctionne, d’autres enseignes et d’autres municipalités pourraient s’en inspirer. Toutefois, la question restera la même partout : organise-t-on un service public avec des outils privés, ou crée-t-on un marché de plus pour gérer une pénurie ? La réponse, elle, dépendra moins du prix affiché que du ressenti des habitants, du quartier… et de la capacité des villes à prouver que l’espace se partage mieux quand il se réserve.

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