Le pot de Nescafé vendu chez Lidl est moins rempli qu’ailleurs, et ce n’est pas un hasard
Un pot de Nescafé qui semble identique à celui des autres enseignes, mais avec 5 grammes de moins : chez Lidl, certains clients ont découvert un format à 195 g, quand le “même” produit est affiché à 200 g ailleurs. L’écart paraît minuscule, pourtant il raconte beaucoup sur la guerre des prix entre distributeurs, et sur une mécanique invisible : la comparaison automatique via code-barres.
Derrière ce détail, il n’est pas seulement question de “réduflation” au sens classique. Le sujet touche aussi aux stratégies de référencement, aux outils de surveillance des prix… et à la manière dont les enseignes évitent que les étiquettes ne s’alignent en cascade.
195 g au lieu de 200 g : ce que l’on voit… et ce que l’on ne voit pas
Au premier coup d’œil, difficile de repérer quoi que ce soit. Même marque, même design, même hauteur de pot, et une impression de produit strictement identique sur l’étagère. Pourtant, chez Lidl, ce Nescafé s’affiche à 195 g, là où d’autres grandes surfaces vendent 200 g.
Ce genre d’écart est précisément ce qui piège le consommateur pressé. Sans vérifier le grammage, on compare surtout “un pot” avec “un pot”, en croyant opposer des produits comparables. Or, le diable est dans la ligne la plus discrète de l’emballage : le poids net.
L’explication d’Olivier Dauvers : un code-barres différent pour casser la comparaison
Le spécialiste consommation Olivier Dauvers a expliqué sur RTL que cette différence de 5 g n’a rien d’un hasard. Selon lui, l’enjeu se situe du côté des systèmes de comparaison automatique des prix utilisés par la distribution : dès qu’un produit strictement identique est repéré moins cher chez un concurrent, la pression pour s’aligner peut devenir immédiate.
En modifiant légèrement le format, on crée une référence distincte, associée à un code-barres différent, ce qui rend la comparaison directe beaucoup moins automatique. La marque a déjà fait parler d’elle pour sa publicité comparative osée. RTL résume d’ailleurs exactement cette logique : 195 g chez Lidl, 200 g ailleurs, et un code-barres différent qui empêche les outils de les considérer comme parfaitement comparables.
Autrement dit, ce n’est pas Lidl qui “oublie” de remplir. Le format devient un outil de différenciation, presque un bouclier, dans une bataille où quelques centimes peuvent déclencher une mini tempête sur les linéaires.
Une petite variation, un gros effet : la guerre des prix en arrière-plan
Les enseignes se surveillent en permanence. La grande distribution vit avec des tableaux de bord, des relevés réguliers, des comparateurs et des politiques d’alignement, parfois très agressifs. Dans ce contexte, savoir quel supermarché est vraiment le moins cher devient un défi pour le client.
Si Lidl propose moins cher un article strictement comparable, certains concurrents craignent de devoir suivre et d’éroder leurs marges. D’où la tentation, expliquée par Dauvers, de pousser à l’existence d’une “référence dédiée” : un produit qui ressemble au voisin, mais qui n’est plus exactement le même sur le plan technique.
Le résultat est paradoxal. Le consommateur voit une bataille de prix “simple”, alors que les acteurs s’organisent parfois pour éviter une spirale de baisse. Cette logique n’est pas illégale en soi, mais elle ajoute de l’opacité, là où la promesse commerciale est justement la clarté.
Nescafé n’est pas le seul : ces formats “presque identiques” qui brouillent les repères
Le cas du café soluble attire l’attention parce qu’il touche un produit très courant. Pourtant, ce mécanisme existe sur de nombreux rayons : pâtes à tartiner, sodas, biscuits, lessives… Le principe reste le même : créer une micro-différence de poids ou de volume pour isoler une référence et compliquer l’alignement automatique. On soupçonne parfois que l’on vous trompe sur le prix de certains produits de base.
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C’est là que la comparaison “au prix du paquet” devient trompeuse. Deux emballages peuvent se ressembler comme deux gouttes d’eau, mais ne pas jouer dans la même catégorie dès qu’on regarde le poids net. Et quand les prix bougent vite, ce détail prend une importance énorme.
Réduflation, oui… mais pas exactement comme on l’imagine
Le mot “shrinkflation” (ou “réduflation”) évoque généralement un scénario simple : on diminue la quantité, sans baisser le prix, et le consommateur paye plus cher au kilo. Ici, la nuance est intéressante, car la baisse de quantité ne sert pas uniquement à augmenter discrètement la facture : elle sert aussi à différencier le produit, comme pour les produits Lidl de la gamme W5.
Cela n’empêche pas une conséquence directe pour les clients. Si le prix facial reste attractif, le prix au kilo peut, lui, raconter une autre histoire, surtout quand l’écart de grammage passe sous le radar. Dans un contexte où le pouvoir d’achat est scruté au centime, 5 g semblent anecdotiques, mais l’accumulation de ces variations finit par peser.
Ce que dit la réglementation : plus de transparence sur la “réduflation” depuis 2024
Depuis le 1er juillet 2024, une obligation d’information a été mise en place en France pour certains produits préemballés dont la quantité diminue sans que le prix ne baisse. L’arrêté du 16 avril 2024 prévoit un affichage en magasin, notamment dans les surfaces à prédominance alimentaire de plus de 400 m², afin de signaler la baisse de quantité et l’évolution du prix ramené à l’unité de mesure. Il sera intéressant de voir quel sera le supermarché le moins cher en 2025 après ces mesures.
Bercy explique que l’objectif est de rendre visible ce qui, jusqu’ici, se jouait souvent “en tout petit”. L’INC (Institut national de la consommation) détaille aussi le principe : une information spécifique, affichée à proximité, pendant une durée définie, pour éviter que la baisse de quantité ne passe inaperçue.
Le seul indicateur qui ne ment pas : le prix au kilo (ou au litre)
On peut comparer les enseignes, les promotions, les formats familiaux, les lots et les “prix choc”. Malgré tout, une règle résiste à toutes les astuces : le prix au kilo (ou au litre) remet les produits sur une base commune, quelle que soit la taille du paquet.
Le problème, c’est qu’en rayon, cet indicateur est souvent peu visible, parfois minuscule, et rarement celui qui attire l’œil. Sur Le Tribunal du Net, plusieurs contenus rappellent d’ailleurs à quel point les pratiques d’affichage et les choix de formats peuvent brouiller la perception, notamment sur des produits du quotidien.
Regarder le prix au kilo ne rend pas la vie plus glamour. En revanche, c’est le moyen le plus simple de neutraliser les “presque identiques” et de comprendre si le bon plan en est vraiment un.
5 grammes qui résument une époque
Ce Nescafé “un peu moins rempli” chez Lidl n’est pas un accident industriel. D’après RTL et l’analyse d’Olivier Dauvers, il s’agit d’un produit volontairement différencié, notamment via un code-barres distinct, pour éviter les comparaisons automatiques et les alignements en cascade. Au final, l’histoire rappelle une chose très simple : dans la grande distribution, les détails ne sont jamais neutres. Et quand les emballages se ressemblent trop, mieux vaut laisser l’œil tranquille… et faire travailler la calculette du prix au kilo.
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