Retraite : un simulateur officiel permet d’estimer précisément votre âge de départ et le montant de votre pension
Vous aviez un âge en tête. Un calendrier. Parfois même une date entourée en rouge. Et puis, tout a vacillé. Depuis la suspension partielle de la réforme, des millions d’assurés avancent à tâtons. Un trimestre en moins. Trois mois en plus. Une règle qui change selon votre année de naissance. Et, au milieu, une question simple qui devient infernale : “Je pars quand, exactement… et avec combien ?”
Le plus frustrant, c’est que beaucoup ont fait “ce qu’il fallait”. Créer leur compte. Vérifier leurs trimestres, lancer une estimation. Et tomber sur des résultats incohérents, ou sur des messages d’alerte. Comme si la loi était là… mais pas encore dans les outils. Sauf qu’un détail vient de bouger. Et ce détail change beaucoup de choses, surtout si vous êtes né entre 1964 et 1968. Et encore plus si vous êtes mère.
Une génération entière coincée entre deux calendriers
Tout part d’un effet domino. La réforme de 2023 avait enclenché une montée progressive vers 64 ans. Un rythme mécanique. Trois mois de plus, génération après génération. Avec, en parallèle, des durées d’assurance qui se tendent. Le genre de trajectoire qui fait qu’un simple trimestre peut décider d’une décote… ou d’un départ “propre”.
Sauf que le PLFSS 2026, devenu LFSS, a introduit une suspension : le calendrier de relèvement de l’âge légal et de la durée d’assurance est mis en pause jusqu’à janvier 2028 pour les générations 1964 à 1968. Le ministère des Solidarités explique que ces générations pourront partir un trimestre plus tôt, et que la mesure s’inscrit dans un paquet plus large de dispositions.
Sur le papier, c’est clair. Dans la vraie vie, c’est un casse-tête. Parce qu’entre une règle votée et une règle “calculée”, il y a souvent un gouffre : celui des mises à jour informatiques, des droits agrégés, des carrières incomplètes, et des cas particuliers. Résultat : des gens prêts à déposer leur dossier… qui n’osent plus. D’autres qui repoussent une demande de retraite progressive. Et beaucoup qui se demandent s’ils doivent racheter des trimestres, continuer à travailler, ou attendre un nouveau texte.
Le vrai piège : confondre âge légal et taux plein
C’est là que beaucoup se font avoir. L’âge légal, c’est l’ouverture du droit. Le taux plein, c’est le “prix” de votre départ. Et les deux ne bougent pas toujours au même rythme. La question d’un éventuel gel de la réforme a d’ailleurs longtemps alimenté les débats.
La finance pour tous détaille noir sur blanc ce que la suspension change : pour certains nés en 1964, l’âge légal est figé à 62 ans et 9 mois, avec une durée d’assurance réduite dans certains cas (exemple : 170 trimestres au lieu de 171). Et, selon la période exacte de naissance en 1965, le gain peut même grimper à plusieurs mois.
Donc oui, certains vont pouvoir partir plus tôt. Mais non, ça ne veut pas dire que tout le monde pourra partir “sans perte”. Parce qu’une carrière hachée, un oubli de salaire, un trimestre manquant, ou un dispositif carrière longue mal paramétré… et l’addition change. C’est précisément pour ça que les simulateurs sont devenus le nerf de la guerre. Pas pour “faire joli”. Pour trancher.
L’autre bombe de 2026 : ce que ça change pour les mères
On en parle moins, mais c’est potentiellement le volet le plus explosif pour le montant. La LFSS 2026 renforce la prise en compte des enfants pour réduire l’écart de pension entre femmes et hommes. L’idée est simple : si le problème vient aussi des salaires plus faibles et des carrières interrompues, alors le calcul doit moins pénaliser les années “abîmées”.
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Concrètement, La finance pour tous explique que le salaire annuel moyen servant de base au calcul passerait sur les 24 meilleures années pour les mères d’un enfant et sur les 23 meilleures années pour les mères de deux enfants ou plus, au lieu des 25 meilleures années habituelles au régime général et régimes alignés. Et ce changement doit être précisé par décret.
Deuxième effet : les majorations de durée d’assurance pour enfant pourraient compter, dans la limite de deux trimestres, pour ouvrir le droit à la carrière longue. Le ministère parle d’un impact potentiel pour des milliers de femmes nées à partir de 1970. Sur le papier, ça ressemble à une “mesure technique”. En réalité, ça peut faire basculer une estimation de plusieurs dizaines d’euros par mois.
Et puis, le déclic : le simulateur officiel retraite vient enfin d’intégrer la suspension
C’est là que l’histoire se retourne. Info Retraite vient d’indiquer que le service “Mon estimation retraite” intègre désormais la réforme de 2023, sa suspension pour les années de naissance 1964 à 1968, et “la plupart des autres évolutions de la réglementation” issues de la LFSS 2026.
Autrement dit : l’outil interrégimes qui calcule âge + montant n’est plus censé vous afficher un monde qui n’existe plus. Pourquoi c’est important ? Parce que “Mon estimation retraite” n’est pas un petit simulateur isolé. C’est celui qui s’appuie sur vos droits enregistrés, et qui sert de boussole à beaucoup d’assurés au moment de décider.
Et l’enjeu est massif : selon Le Parisien, la Cnav attend 70 000 départs supplémentaires en 2026 du fait de la suspension. Certains retraités qui travaillent surveillent également ces mises à jour avec attention pour ajuster leur fin de carrière.
Ce que le simulateur calcule vraiment (et ce qu’il ne devine pas à votre place)
Un simulateur ne “prédit” pas votre avenir. Il applique des règles à des données. Et c’est là que se joue la différence entre une estimation utile… et un résultat trompeur. Pour que le calcul soit juste, il faut notamment vérifier le seuil de revenus qui change tout pour valider un trimestre en 2026.
Le calcul d’une pension de base dépend notamment du revenu annuel moyen, du taux, et de votre durée d’assurance validée, rappelle Service-public. Donc si vos salaires manquent, si un employeur a mal déclaré, ou si une période n’apparaît pas, l’outil peut sortir un montant qui vous donne une fausse confiance… ou une panique inutile.
C’est pour ça que l’étape “ennuyeuse” devient décisive : vérifier votre carrière avant de croire votre simulation. Parce que la suspension et les ajustements 2026 ne corrigent pas un relevé incomplet. Ils s’appliquent dessus. Et si vous êtes dans les générations 1964-1968, vous avez tout intérêt à refaire une estimation maintenant que l’intégration est annoncée. Car un simple trimestre de décalage peut changer l’âge affiché.
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Pourquoi cette mise à jour peut créer… une nouvelle surprise
Le piège, ce n’est pas seulement “partir plus tôt”. C’est découvrir que partir plus tôt n’a pas le même coût qu’hier. Avec la suspension, certains vont gagner quelques mois. Mais la durée d’assurance, elle, reste un juge impitoyable. Et les règles sur les meilleures années pour les mères peuvent, à l’inverse, rendre certains départs plus “rentables” que prévu.
C’est là que l’outil devient intéressant : il vous force à regarder plusieurs âges de départ, pas seulement “le premier possible”. Parfois, quelques mois en plus font gagner beaucoup. Parfois, c’est l’inverse. Et surtout, cette mise à jour remet une pièce centrale au milieu de la table : votre stratégie. Continuer ou s’arrêter. Racheter ou pas. Partir en carrière longue ou attendre le taux plein. Penser cumul emploi-retraite ou retraite progressive.
En clair : ce simulateur ne fait pas la réforme à votre place. Mais il peut enfin vous montrer le vrai terrain, maintenant que la suspension est intégrée.
La fin du flou… à condition de vérifier vos données
La suspension a redonné de l’air à certains assurés. Elle a aussi créé une zone grise, très anxiogène, pour ceux qui arrivent au bout. La bonne nouvelle, c’est qu’un outil officiel annonce enfin intégrer ces nouvelles règles, y compris la suspension 1964-1968 et une large partie des mesures 2026. La mauvaise, c’est que l’outil ne peut pas deviner les erreurs de votre carrière.
Et c’est souvent là que se cachent les vraies mauvaises surprises. Si vous ne devez retenir qu’une chose : refaites une estimation, oui. Mais vérifiez d’abord ce que le simulateur utilise comme base. Sinon, vous risquez de prendre une décision très réelle… sur un chiffre qui ne l’est pas.
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