Contrôle technique : de nouveaux tests en préparation pourraient durcir les règles
Le contrôle technique n’a pas fini de changer. Derrière l’image d’un rendez-vous routinier (freins, pneus, éclairage), un mouvement de fond s’accélère en Europe. Mieux traquer les véhicules réellement polluants. Et vérifier que les technologies d’aide à la conduite fonctionnent encore comme prévu. À la clé, des contrôles potentiellement plus précis… et, pour certains automobilistes, plus difficiles à passer.
En France, rien n’est officiellement acté sur tous les points, mais les signaux se multiplient. L’Union européenne travaille depuis plusieurs mois sur une révision du “Roadworthiness Package” (le cadre qui encadre les inspections périodiques). Avec des pistes très concrètes sur les émissions et les systèmes électroniques. Selon la Commission européenne, l’objectif est d’actualiser les contrôles pour tenir compte des véhicules récent. Et de la sécurité et de la pollution.
Une pollution mieux mesurée : la fin du simple “test de fumée” ?
Aujourd’hui, en France, la mesure pollution au contrôle technique se limite surtout à des contrôles classiques. Opacité des fumées sur certains diesels, et mesures au ralenti/accéléré pour d’autres motorisations selon les cas. Ce cadre a une limite évidente : il ne dit pas grand-chose de la quantité réelle de particules fines rejetées. Ni de certains polluants comme les oxydes d’azote (NOx).
Or, dans plusieurs pays, les contrôles se sont déjà outillés différemment. L’idée qui progresse au niveau européen consiste à utiliser des appareils capables de compter ou d’estimer plus finement les émissions. Notamment les particules, et de mieux repérer les systèmes de dépollution défaillants ou modifiés. Sur ce point, L’Argus évoque explicitement des contrôles plus poussés des particules fines et des NOx parmi les mesures envisagées.
Derrière ces termes, un scénario se dessine. Le véhicule qui “passe” aujourd’hui parce qu’il ne fume pas trop pourrait échouer demain si son filtre à particules est absent, neutralisé, encrassé ou inefficace. La Commission européenne, elle, insiste sur le fait que la révision vise aussi à réduire la pollution de l’air et à moderniser les inspections.
Particules fines : pourquoi les PM2.5 focalisent l’attention
Quand on parle “particules”, il ne s’agit pas d’un bloc unique. Les PM10 (particules ≤ 10 micromètres) sont déjà bien connues. Les PM2.5, plus fines, pénètrent plus profondément dans les voies respiratoires et sont fortement associées aux enjeux de santé publique.
Sur le terrain européen, la Commission rappelle d’ailleurs l’ampleur de l’exposition urbaine et le poids du transport routier dans les émissions de NOx et une part des particules fines.
Si demain une mesure PM2.5 ou un contrôle particules plus strict arrive dans les centres, les propriétaires de véhicules anciens, mal entretenus, ou dont la dépollution a été “bricolée” seraient les premiers concernés. Le sujet n’est pas seulement environnemental : c’est aussi une question de santé, et le ton européen se durcit sur ce point depuis plusieurs années.
NOx : le grand retour d’un polluant longtemps “invisible” au contrôle
Après le Dieselgate, les NOx sont restés dans la tête de beaucoup d’automobilistes… mais ils sont difficiles à contrôler avec les méthodes historiques du contrôle technique. L’évolution envisagée consisterait à s’équiper d’outils dédiés, capables de repérer des niveaux anormaux, et donc de mettre en évidence des pannes EGR, des catalyseurs fatigués, ou des stratégies de dépollution inefficaces.
L’Argus mentionne, là encore, ces NOx dans les pistes discutées : l’idée serait de contrôler plus finement ce que le véhicule rejette réellement, au-delà d’une simple “apparence” à l’échappement.
Reste une réalité politique : les textes européens fixent une direction, mais l’application exacte dépend ensuite des États membres. Autrement dit, le calendrier français peut diverger… même si la tendance, elle, ne trompe plus grand monde.
Aides à la conduite (ADAS) : le contrôle technique va-t-il entrer dans l’ère des capteurs ?
Freinage d’urgence, maintien dans la voie, régulateur adaptatif, caméras et radars… Les ADAS ne sont plus réservés aux modèles premium. En cas de choc, de remplacement de pare-brise ou même de simple dérèglement, certains systèmes nécessitent une calibration précise. Et si ce calibrage n’est pas fait, l’aide à la conduite peut se montrer moins fiable, voire se désactiver.
C’est précisément ce que la Commission européenne met sur la table : intégrer davantage la vérification des systèmes électroniques et des ADAS dans l’inspection périodique, pour que la sécurité réelle suive l’évolution du parc automobile.
En pratique, cela pourrait prendre plusieurs formes. Un contrôle peut se limiter à vérifier l’absence de défauts affichés, ou aller plus loin avec des procédures de test dédiées. Tout dépendra de la norme retenue, du coût pour les centres, et de la capacité à éviter les faux positifs (un point crucial, parce qu’un contrôle technique ne doit pas se transformer en loterie technologique).
Fraude au kilométrage et rappels : la logique “traçabilité” gagne du terrain
Au-delà de la pollution et des ADAS, une autre philosophie progresse : faire du contrôle technique un moment de vérification de la traçabilité du véhicule. La lutte contre la fraude au compteur kilométrique, par exemple, revient régulièrement dans les discussions européennes, parce qu’elle touche directement la sécurité (entretien décalé, pièces usées) et la confiance du marché de l’occasion.
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Même mouvement côté rappels constructeurs : l’enjeu est de repérer les véhicules qui continuent de circuler malgré une campagne de rappel critique non réalisée. La France a déjà franchi une étape importante sur ce point.
En France, un tournant déjà acté : les airbags Takata “Stop Drive” recalés
Depuis le 1er janvier 2026, un changement concret est entré en vigueur : si un véhicule est équipé d’un airbag Takata classé “Stop Drive” et que le remplacement n’a pas été effectué, le contrôle technique débouche sur une contre-visite, avec interdiction de circuler tant que la réparation n’est pas faite. Le ministère de la Transition écologique l’a détaillé noir sur blanc.
Service-public.fr confirme également cette évolution, en la replaçant dans un dispositif plus large lié aux rappels “graves” et aux mesures prises fin 2025.
Autrement dit, même si certains chantiers “pollution + ADAS” sont encore à l’état de pistes, le contrôle technique français est déjà entré dans une logique plus connectée aux enjeux de sécurité et aux campagnes de rappel.
Deux-roues : un nouvel outil arrive dès le 1er mars 2026
La bascule ne concerne pas que les voitures. Pour les catégories L (motos, scooters, cyclomoteurs), un renforcement est annoncé au 1er mars 2026 : l’introduction du céléromètre pour vérifier notamment la vitesse maximale des deux-roues limités (notamment les 45 km/h). Plusieurs médias spécialisés l’évoquent comme un jalon important du contrôle technique des deux-roues.
Là encore, le message est clair : l’inspection devient plus instrumentée, donc plus apte à détecter des modifications ou des non-conformités qui passaient auparavant sous les radars.
Ce que ça peut changer pour les automobilistes
D’un côté, ces évolutions répondent à une demande logique : réduire les véhicules “hors clous” qui polluent beaucoup, et s’assurer que les aides à la conduite ne sont pas devenues décoratives. De l’autre, elles posent une question sociale et économique, parce que les réparations liées à la dépollution (FAP, EGR, catalyseur) ou à certains capteurs peuvent coûter cher, surtout sur des véhicules âgés.
Un second effet est souvent sous-estimé : plus un contrôle est précis, plus il demande des équipements coûteux, des formations, et du temps. Et cela finit presque toujours par peser sur le prix du contrôle, ou sur le coût total en cas de contre-visite.
La dernière inconnue, c’est le tempo français. L’Europe fixe une trajectoire et affiche ses priorités, mais Paris garde la main sur l’adaptation concrète. En attendant, une chose est sûre : le contrôle technique version “fin de décennie” ne ressemblera probablement plus à celui des années 2010.
C’est officiel : le contrôle technique devient obligatoire chaque année pour les véhicules de cette liste.
La nouvelle est tombée : il ne sera plus possible de rouler en France avec ces voitures à partir de 2026, voici la liste des véhicules concernés par cette interdiction de circuler.
Un changement de nature en cours
Le contrôle technique est en train de changer de nature. L’époque où l’on se contentait de vérifier quelques éléments mécaniques et un niveau de fumée semble toucher à sa fin. Entre la mesure plus fine de la pollution, l’arrivée des tests sur les ADAS, la traque des fraudes et l’intégration des rappels de sécurité, l’inspection périodique devient un outil de politique publique à part entière.
La France a déjà enclenché la dynamique avec le cas Takata, et les deux-roues verront dès mars 2026 l’arrivée d’un nouvel instrument de mesure. Pour le reste, les prochains arbitrages diront jusqu’où l’Hexagone suivra la cadence européenne.
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