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Crise du carburant : cette arnaque au faux remboursement par SMS piège des milliers d’automobilistes

Publié par Mathieu le 14 Avr 2026 à 17:37

En six semaines, le prix du gazole est passé de 1,88 € à 2,39 € le litre. La guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz ont fait flamber le baril au-delà des 100 dollars, et chaque passage à la pompe est devenu un moment douloureux. Forcément, les escrocs ont flairé l’aubaine. Depuis début juin, les signalements d’arnaques liées au carburant ont explosé sur la plateforme Pharos et au 33700. Faux SMS de remboursement, mails imitant le gouvernement, sites clonés… Le schéma est exactement le même qu’en 2022, quand la crise ukrainienne avait déclenché une flambée similaire. Sauf que cette fois, les escrocs ont affiné leurs techniques. Voici les quatre arnaques qui circulent en ce moment — et surtout, comment ne pas tomber dedans.

Le SMS à 100 € qui ne vous rapportera rien

SMS frauduleux de remboursement carburant sur un smartphone

C’est l’arnaque la plus répandue depuis la hausse des prix à la pompe. Vous recevez un SMS, souvent envoyé depuis un numéro court que vous ne reconnaissez pas (genre 38XXX ou un +44 britannique). Le message dit quelque chose comme : « Vous êtes éligible au remboursement carburant de 100 €. Réclamez votre aide avant le [date proche]. » Un lien suit, raccourci via bit.ly ou un domaine qui ressemble vaguement à un site officiel.

Le piège est classique mais redoutablement efficace quand les gens sont sous pression financière. En cliquant, vous atterrissez sur un formulaire qui demande vos coordonnées bancaires « pour recevoir le virement ». Sauf qu’il n’y a pas de virement. Juste un prélèvement frauduleux, parfois de quelques dizaines d’euros pour ne pas éveiller les soupçons, parfois bien plus. Certaines victimes ont signalé des débits de 300 à 500 € dans les jours suivant la saisie de leurs données.

Les indices pour le repérer : des fautes d’orthographe (« remboursment », « gouvernment »), une URL bizarre qui ne se termine pas en .gouv.fr, et surtout un sentiment d’urgence artificielle avec une date limite très proche. Aucune administration française n’envoie de SMS pour proposer un remboursement. Jamais. Si vous avez un doute, ne cliquez pas et transférez le message au 33700, le numéro officiel de signalement des SMS frauduleux.

Mais les SMS ne sont pas le seul canal utilisé par les escrocs. Certains préfèrent un support qui inspire davantage confiance.

Le faux mail du gouvernement qui imite le chèque carburant

Faux mail gouvernemental de chèque carburant sur un ordinateur

Deuxième variante, plus sophistiquée : un mail qui reprend les codes visuels du gouvernement français. Logo Marianne, en-tête tricolore, mise en page soignée. L’objet du mail mentionne un « chèque carburant exceptionnel » ou une « aide carburant crise Iran ». Le ton est administratif, presque ennuyeux — ce qui, paradoxalement, le rend crédible.

Le mail vous invite à « finaliser votre demande » en cliquant sur un lien. Là encore, un formulaire vous demande votre numéro fiscal, votre RIB et parfois même une copie de votre carte d’identité. Avec ces trois éléments, un escroc peut ouvrir des crédits à votre nom, effectuer des virements ou usurper votre identité pendant des mois.

Ce qui rend cette arnaque particulièrement vicieuse, c’est la confusion née d’un tweet de Sébastien Lecornu. Début juin, le ministre a évoqué des mesures de soutien pour les grands rouleurs. Beaucoup de Français ont cru qu’un chèque carburant allait être distribué, comme en 2022. Résultat : quand un mail propose exactement ça, le réflexe critique saute.

Soyons clairs : le chèque énergie ne couvre pas le carburant. C’est une aide pour le chauffage et l’électricité du logement, point final. Le chèque énergie 2026 est envoyé automatiquement par courrier postal aux foyers éligibles, sans aucune démarche en ligne. Si un mail vous demande de « réclamer » quoi que ce soit, c’est une arnaque.

Les mails frauduleux ont toutefois un défaut : l’adresse d’expédition. Vérifiez-la systématiquement. Un vrai mail du gouvernement vient d’un domaine en @gouv.fr. Pas en @gouv-fr.com, pas en @gouvernement-aide.fr, pas en @service-remboursement.net. La moindre variation est un signal d’alerte. Mais certains escrocs ont poussé le mimétisme encore plus loin.

Les faux sites qui copient prix-carburants.gouv.fr au pixel près

Troisième arnaque en circulation : des sites web qui imitent prix-carburants.gouv.fr, le seul site officiel du gouvernement pour consulter les prix à la pompe en temps réel. Ces clones reprennent la carte interactive, les couleurs, la typographie. À première vue, on dirait le vrai site. Sauf que l’URL est légèrement différente : prix-carburant.gouv.org, prix-carburants-gouv.fr (sans le point entre « carburants » et « gouv »), ou encore prixcarburants.info.

Sur ces faux sites, une pop-up s’affiche au bout de quelques secondes : « Vérifiez votre éligibilité à l’aide carburant 2025. » En cliquant, vous êtes redirigé vers un formulaire qui collecte — encore et toujours — vos données bancaires. D’autres variantes proposent un « comparateur premium » qui nécessite de créer un compte avec votre RIB pour « recevoir les alertes de baisse de prix ».

Le phénomène n’est pas nouveau. Déjà en 2022, pendant la crise liée au conflit entre Israël et l’Iran, des sites similaires avaient proliféré. Mais cette fois, ils sont mieux référencés. Certains apparaissent dans les premiers résultats de recherche Google quand on tape « aide carburant 2025 » ou « remboursement carburant gouvernement ». L’ACPR tient une liste de sites frauduleux régulièrement mise à jour — un réflexe utile avant de saisir la moindre donnée personnelle.

Pour vous protéger, tapez toujours l’adresse directement dans votre navigateur : prix-carburants.gouv.fr. Ne passez jamais par un lien reçu par mail ou trouvé sur les réseaux sociaux. Et si vous avez un doute, regardez le cadenas HTTPS et le certificat du site : un vrai site gouvernemental affiche un certificat émis par l’État français.

Mais la dernière arnaque en date ne passe ni par les SMS, ni par les mails, ni par les moteurs de recherche. Elle vient d’un endroit où la modération a beaucoup plus de mal à suivre.

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La « carte carburant illimitée » vendue sur les réseaux sociaux

Faux site internet imitant prix-carburants.gouv.fr

C’est peut-être l’arnaque la plus culottée. Sur Facebook, Instagram et TikTok, des publicités sponsorisées proposent une « carte carburant illimitée » ou une « carte de réduction permanente -40 % à la pompe ». Les visuels sont léchés, avec des photos de stations-service connues (TotalEnergies, Leclerc) et des témoignages bidons de supposés clients ravis.

En cliquant, vous arrivez sur un site qui vous demande de payer entre 1 € et 9,90 € de « frais de dossier » pour recevoir cette carte miraculeuse. Évidemment, la carte n’existe pas. Et les « frais de dossier » ont permis aux escrocs de récupérer vos coordonnées bancaires. Certaines victimes ont découvert des abonnements récurrents de 49 €/mois prélevés discrètement, cachés derrière des intitulés obscurs sur leur relevé bancaire.

Le timing n’est pas un hasard. TotalEnergies a récemment prolongé ses prix plafonnés, et Leclerc a relancé son opération à prix coûtant. Les escrocs surfent sur ces annonces réelles pour crédibiliser leurs offres fictives. Si un géant de la distribution proposait vraiment 40 % de réduction permanente sur le carburant, vous pensez bien que ce serait aux infos, pas dans une pub Facebook ciblée.

Pour éviter cette arnaque, un principe simple : aucune entreprise ne peut proposer du carburant à -40 %. Les marges des distributeurs tournent autour de 1 à 3 centimes par litre. Une réduction de 40 % est mathématiquement impossible, même pour Leclerc qui a admis ne pas pouvoir tenir sa promesse de -30 centimes. Si c’est trop beau pour être vrai, c’est que c’est faux.

Pourquoi les arnaques explosent à chaque crise du carburant

Publicité frauduleuse de carte carburant sur les réseaux sociaux

Le mécanisme est toujours le même, et il est documenté. En 2022, lors de la guerre en Ukraine, les signalements de phishing lié au carburant avaient bondi de 300 % en trois mois selon la plateforme Cybermalveillance. En 2023, pendant les grèves contre la réforme des retraites et la pénurie dans les stations, rebelote. En 2025, avec la crise iranienne qui alourdit toutes les factures énergétiques, le cycle recommence.

Les escrocs exploitent deux leviers psychologiques. Le premier, c’est la détresse financière : quand un plein de gazole coûte 95 € au lieu de 75 €, l’idée d’un remboursement de 100 € fait saliver, et le cerveau met en sourdine son esprit critique. Le second, c’est la confusion institutionnelle. Entre le gouvernement qui hésite sur les mesures à prendre, les annonces contradictoires et les vrais dispositifs d’aide qui existent par ailleurs, personne ne sait exactement ce à quoi il a droit. Les arnaqueurs s’engouffrent dans cette zone grise.

Et le contexte géopolitique n’arrange rien. La guerre en Iran génère un flux continu d’actualités anxiogènes. Quand les gens sont stressés et sur-informés, ils baissent la garde. C’est exactement ce qu’attendent les réseaux de phishing, souvent basés à l’étranger et très réactifs à l’actualité française.

Les 5 réflexes pour ne jamais se faire piéger

Premier réflexe : aucune administration ne demande jamais de coordonnées bancaires par SMS ou par mail. Ni l’URSSAF, ni les impôts, ni la CAF, ni un hypothétique « service remboursement carburant ». Si on vous demande un RIB par message, c’est une arnaque. Sans exception.

Deuxième réflexe : vérifiez l’expéditeur. Un numéro court inconnu, une adresse mail avec un domaine farfelu, un lien raccourci… Autant de signaux d’alerte. En cas de doute, allez directement sur le site officiel en tapant l’adresse vous-même. Pour les prix du carburant, c’est prix-carburants.gouv.fr et rien d’autre. Pour les aides de l’État, c’est service-public.fr.

Troisième réflexe : signalez. Un SMS suspect ? Transférez-le au 33700. Un site frauduleux ou un mail de phishing ? Direction la plateforme Pharos (internet-signalement.gouv.fr). Plus les signalements sont rapides, plus vite les sites sont fermés.

Quatrième réflexe : protégez votre carte bancaire. Si vous avez le moindre doute après avoir cliqué sur un lien, faites opposition immédiatement auprès de votre banque. Certains établissements proposent des listes blanches de prélèvements qui bloquent tout débit non autorisé. Activez aussi les notifications en temps réel sur votre appli bancaire : un prélèvement frauduleux repéré dans l’heure a bien plus de chances d’être remboursé.

Cinquième réflexe : parlez-en autour de vous. Les personnes les plus vulnérables face à ces arnaques sont souvent celles qui maîtrisent le moins les outils numériques. Si vous avez des parents ou grands-parents qui utilisent un smartphone, prenez cinq minutes pour leur expliquer ces mécanismes. C’est le meilleur antivirus qui existe.

En attendant un éventuel cessez-le-feu qui ferait baisser les prix à la pompe, une chose est certaine : tant que le litre de gazole restera au-dessus de 2 €, les escrocs continueront de prospérer. La meilleure arme, c’est de savoir exactement à quoi ressemblent leurs pièges. Maintenant, vous savez.

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