« Je t’en prie, ne me tue pas » : les derniers mots de Clara, 18 ans, poignardée par son copain à Carrières-sur-Seine
Dans la nuit du 21 août 2022, une voisine entend des cris effroyables à travers le plancher de son appartement de Carrières-sur-Seine. Quand la police finit par entrer, un jeune homme de 19 ans, « calme », du sang sur le tibia, lâche simplement : « J’ai fait une connerie. » Derrière lui, Clara, 18 ans, vient de perdre la vie. Trois ans plus tard, son procès en appel s’ouvre à Versailles. Et les témoignages sont accablants.
Une nuit caniculaire, des cris à travers le plancher
Il fait très chaud cette nuit-là dans les Yvelines. Une habitante de l’immeuble discute avec sa fille de 15 ans, fenêtres ouvertes pour chercher un peu de fraîcheur. C’est alors qu’elles perçoivent des bruits inhabituels. Des coups, des chocs. La mère pense d’abord que ça vient de l’étage du dessus.

En sortant sur le palier, elle comprend que les sons proviennent de l’appartement du dessous. L’oreille collée à la porte, elle distingue ce qu’elle décrira plus tard comme des « bruits de détresse », « comme un mouton qu’on égorge à l’Aïd ». Des sons qui ne s’arrêtent pas. Des sons qu’elle n’oubliera jamais.
Son premier réflexe : sonner. Mais sa fille adolescente la retient et lui conseille d’appeler la police. À 2h38, l’appel est passé. Seize minutes vont s’écouler avant l’arrivée des forces de l’ordre. Seize minutes pendant lesquelles Clara, de l’autre côté de cette porte, lutte encore pour sa vie. Comme dans d’autres drames de violences conjugales, chaque minute compte — et chaque minute perdue pèse comme un gouffre.
« J’ai fait une connerie » : quand les policiers forcent le passage
À 2h54, les policiers de Sartrouville sont devant la porte. Le brigadier-chef frappe. Une fois, deux fois, dix fois. Personne n’ouvre. Il faudra une dizaine de tentatives pour que Raphaël C., 19 ans, se décide enfin à entrebâiller la porte.

Le jeune homme est décrit comme « calme ». Trop calme. Il assure que « tout va bien ». Oui, il y a une femme à l’intérieur. Non, les policiers ne peuvent pas entrer. Pas sans mandat. Le brigadier-chef, aguerri, ne se laisse pas démonter : « On n’est pas à la télé », lui rétorque-t-il. Et il remarque un détail qui change tout. Du sang. Sur le tibia du jeune homme.
Sentant que la situation peut basculer à tout moment, le policier glisse son pied dans l’entrebâillement de la porte. « J’ai eu le sentiment qu’il allait reclaquer la porte, alors j’ai mis le pied en travers », a-t-il raconté à la barre. Coincé, Raphaël C. finit par lâcher cinq mots glaçants dans leur banalité : « J’ai fait une connerie. »
Derrière lui, les policiers découvrent le corps de Clara. Elle avait 18 ans. Elle était sa petite amie. Le drame rappelle tristement le meurtre d’une collégienne de 14 ans dans l’Aisne, où l’ex-petit ami avait également reconnu les faits. Des schémas qui se répètent, des vies fauchées par ceux qui prétendaient les aimer.
Les derniers mots de Clara résonnent encore au procès
C’est l’un des éléments les plus déchirants du dossier. Selon les éléments recueillis par l’enquête, Clara a supplié son agresseur avant de mourir. « Je t’en prie, ne me tue pas. » Ces mots, prononcés dans la terreur et la douleur, sont ceux d’une jeune femme de 18 ans face à celui qu’elle aimait et qui la poignardait.
Ces dernières paroles donnent une dimension terrible à l’affaire. Elles prouvent que Clara était consciente de ce qui lui arrivait. Qu’elle a eu le temps de comprendre que l’homme en face d’elle allait la tuer. Qu’elle a imploré, en vain. Le temps que la voisine appelle, que la police arrive, que la porte s’ouvre enfin — il était déjà trop tard.
Ce témoignage fait écho à d’autres affaires où des femmes ont tenté d’alerter sur les violences qu’elles subissaient avant qu’il ne soit trop tard. La question de la rapidité d’intervention revient systématiquement dans ces dossiers. Mais celle qui hante ce procès est plus simple et plus cruelle : pourquoi ?
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Un procès en appel qui s’ouvre dans un contexte tendu
C’est la cour d’appel de Versailles qui juge désormais Raphaël C. pour meurtre par conjoint. L’accusé avait 19 ans au moment des faits. Un âge où la plupart des jeunes font leurs premiers pas dans la vie adulte. Lui a choisi de prendre celle de Clara.

Le procès en appel, qui s’ouvre ce lundi, promet d’être éprouvant pour les proches de la victime comme pour les jurés. Les témoignages de la voisine et du brigadier-chef de Sartrouville, déjà entendus lors du premier procès, prendront une résonance particulière dans cette salle d’audience. Chaque détail — la chaleur étouffante, les coups entendus à travers le plancher, le sang sur le tibia, le calme effrayant de l’accusé — dessine le portrait d’une nuit d’horreur.
Le chef d’accusation de « meurtre par conjoint » est l’un des plus lourds du code pénal français. Il implique une circonstance aggravante liée au lien intime entre la victime et son agresseur. Un lien qui aurait dû être synonyme de protection, pas de danger mortel. Dans les affaires de féminicides qui se multiplient en France, ce qualificatif revient comme un refrain macabre.
Carrières-sur-Seine : une ville marquée par le drame
Carrières-sur-Seine est une commune tranquille des Yvelines, à une vingtaine de kilomètres de Paris. Le genre d’endroit où les faits divers violents ne font pas partie du quotidien. Le meurtre de Clara, en plein cœur de l’été 2022, a secoué les habitants bien au-delà de l’immeuble où vivait le couple.
Dans ce département des Yvelines régulièrement touché par des affaires criminelles, le drame de Clara reste gravé dans les mémoires. L’immeuble, la porte derrière laquelle le pire s’est produit, le palier où une mère et sa fille ont entendu l’insoutenable sans pouvoir intervenir — tout cela continue de hanter le voisinage.
Les associations de lutte contre les violences conjugales rappellent que chaque année en France, plus de 200 000 femmes sont victimes de violences de la part de leur partenaire ou ex-partenaire. Clara fait partie de celles pour qui l’alerte n’a pas pu être donnée à temps. Comme Manon Relandeau, qui avait pris rendez-vous dans un centre pour femmes victimes de violences sans jamais s’y rendre.
Ce que ce procès doit encore établir
Si les faits sont reconnus par l’accusé depuis cette nuit d’août 2022, le procès en appel devra trancher sur plusieurs points cruciaux. La préméditation, d’abord. Les circonstances exactes qui ont mené Raphaël C. à sortir une arme blanche contre celle qui partageait sa vie. Et surtout, la peine.
Le meurtre par conjoint est puni en France d’une peine pouvant aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité. Un quantum que les parties civiles espèrent voir approché, au regard de la brutalité des faits et des derniers mots de Clara. « Je t’en prie, ne me tue pas. » Cette phrase, prononcée dans un appartement surchauffé des Yvelines il y a bientôt trois ans, est devenue le symbole d’une vie fauchée et d’un système qui, malgré les efforts, arrive encore trop souvent après le drame.
Comme dans le procès du Tarn-et-Garonne où un homme avait tué sa femme sous les yeux de leurs cinq filles, la cour d’appel de Versailles porte aujourd’hui une responsabilité qui dépasse le simple verdict. Celle de dire, au nom de la société tout entière, que la vie de Clara valait infiniment plus que la « connerie » revendiquée par son meurtrier.