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« C’était un garçon totalement dérangé » : le frère d’Agnès Dupont de Ligonnès brise 15 ans de silence

Publié par Elsa Fanjul le 13 Avr 2026 à 16:05

Quinze ans après la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès, un proche d’Agnès sort enfin de l’ombre. Sur le plateau de C à vous, ce samedi 11 avril 2026, Guillaume Abbas Hodanger — le frère de la victime — a livré un témoignage rare, chargé de colère contenue et de détails que personne n’avait entendus jusqu’ici. Derrière l’énigme judiciaire, ses mots dessinent le portrait d’un couple rongé par des pressions invisibles.

Quinze ans de silence, et puis un plateau de télévision

Guillaume Abbas Hodanger n’avait jamais pris la parole publiquement. Pas une interview, pas une déclaration aux médias. Pendant que des proches de Xavier sortaient du silence les uns après les autres, lui restait en retrait, muré dans un deuil impossible à refermer.

Ce samedi, face aux caméras de France 5, il a expliqué pourquoi. Ses mots étaient pesés, presque cliniques : « J’ai gardé le silence, car nous n’avons rien de particulier à dire, au fond. Personne ne va nous rendre ma sœur et les enfants. » Une phrase qui résume quinze années d’impuissance. Pas de colère spectaculaire, pas de larmes devant la caméra. Juste ce constat sec : « C’est une famille ordinaire qui a été éradiquée. »

Le mot « éradiquée » a frappé les téléspectateurs. Pas « tuée », pas « assassinée ». Éradiquée. Comme si la famille entière avait été effacée de la surface de la terre — ce qui, dans les faits, est exactement ce qui s’est produit en avril 2011 à Nantes. Ce choix lexical en dit long sur la manière dont le frère d’Agnès perçoit ce drame : non pas comme un fait divers, mais comme une annihilation méthodique.

Mais s’il a choisi ce moment précis pour parler, c’est aussi parce que l’affaire connaît de nouveaux rebondissements en 2026. Et ce qu’il avait à dire va bien au-delà d’un simple hommage à sa sœur.

Les finances, le silence, et ce que voyait Agnès

La révélation centrale de cette intervention concerne la vie du couple avant le drame. Guillaume Abbas Hodanger décrit une Agnès lucide, parfaitement consciente que quelque chose ne tournait pas rond. Non pas sur le plan psychologique — du moins pas ouvertement — mais sur le plan financier.

« Elle était inquiète de la situation de son mari et de la situation professionnelle », confie-t-il. Puis il précise, avec une franchise inhabituelle pour un proche dans ce type d’affaire : « Parce qu’effectivement quand votre mari n’arrive pas à répondre à ce dont on a besoin pour la famille, ça pose des petits problèmes. »

Plateau de télévision lors d'une interview sur l'affaire Dupont de Ligonnès

Des « petits problèmes ». L’euphémisme est glaçant quand on connaît la suite. Car Guillaume Abbas Hodanger va plus loin : « Xavier avait effectivement un peu poussé Agnès à le financer un peu plus que de raison. » Une phrase qui éclaire sous un angle nouveau la dynamique du couple. Xavier Dupont de Ligonnès, dont les affaires professionnelles périclitaient depuis des années, aurait donc exercé une forme de pression financière sur sa femme.

Cette information n’est pas totalement inédite pour les connaisseurs du dossier. Les enquêteurs avaient établi que le couple croulait sous les dettes au moment des faits. Mais l’entendre formulé ainsi, par un membre de la famille d’Agnès, donne une dimension humaine à ce que les rapports judiciaires décrivaient en chiffres. On parle d’une femme qui voyait son quotidien se dégrader, qui mesurait l’écart grandissant entre la façade sociale de son mari et la réalité de leurs comptes.

Ce témoignage rejoint d’ailleurs l’appel lancé par le beau-frère quelques jours plus tôt, qui avait déjà secoué l’opinion. Mais une question reste en suspens : Agnès mesurait-elle réellement le danger ?

« Un garçon totalement dérangé »

C’est sans doute la phrase la plus brutale de l’interview. Interrogé sur sa relation personnelle avec Xavier Dupont de Ligonnès, Guillaume Abbas Hodanger ne cherche pas la nuance. Il affirme d’abord ne pas avoir eu de lien particulier avec son beau-frère. Pas de proximité, pas de complicité. Une distance qui existait bien avant le drame.

Puis il lâche, sans détour : « C’était un garçon totalement dérangé. »

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Cinq mots. Pas un diagnostic psychiatrique, pas une analyse comportementale. Un jugement brut, forgé par des années de recul et une douleur qui ne s’éteint pas. Ce qui frappe, c’est l’absence totale d’hésitation. Pas de « avec le recul, on se dit que peut-être… ». Non. Pour le frère d’Agnès, Xavier Dupont de Ligonnès était un homme profondément perturbé, et il le dit comme une évidence.

Factures et cahier de comptes sur une table de cuisine

Cette déclaration tranche avec les témoignages d’autres proches qui, au fil des années, ont décrit un homme charmant en surface, capable de donner le change dans les dîners et les réunions de famille. Le frère d’Agnès, lui, semble avoir toujours perçu quelque chose de fondamentalement dysfonctionnel chez cet homme.

Reste une interrogation douloureuse : cette distance qu’il maintenait avec Xavier, était-ce de l’instinct ? De la méfiance ? Ou simplement une incompatibilité de caractères que le drame a, a posteriori, chargée de signification ? Guillaume Abbas Hodanger ne tranche pas. Mais son regard, face caméra, laisse peu de place au doute sur ce qu’il pense vraiment.

Une famille « ordinaire » — le mot qui fait mal

Dans l’imaginaire collectif, l’affaire Dupont de Ligonnès est devenue un thriller. Des livres, des podcasts, même une comédie au cinéma. Le fugitif le plus recherché de France fascine, alimente les théories, fait l’objet de signalements réguliers — jusqu’au Texas.

Mais Guillaume Abbas Hodanger rappelle une chose que la fascination médiatique tend à effacer : les victimes. Agnès, 48 ans. Arthur, 21 ans. Thomas, 18 ans. Anne, 16 ans. Benoît, 13 ans. Et les deux chiens de la famille, retrouvés enterrés sous la terrasse de la maison nantaise.

« C’est une famille ordinaire qui a été éradiquée. » Le frère d’Agnès insiste sur ce mot : ordinaire. Pas une famille dysfonctionnelle visible de l’extérieur. Pas un foyer où les voisins auraient pu soupçonner quoi que ce soit. Une famille comme des milliers d’autres, avec des enfants scolarisés, des activités, une vie sociale. C’est précisément ce qui rend cette affaire si terrifiante — et ce témoignage si percutant.

Car derrière la normalité apparente, les fissures étaient bien là. Les dettes qui s’accumulaient, un mari qui ne parvenait plus à subvenir aux besoins du foyer, une femme qui finançait de plus en plus. Une spirale silencieuse que personne, à l’extérieur, ne semblait percevoir. Plusieurs anciens enquêteurs ont tenté de reconstituer cette mécanique, mais jamais avec les mots d’un proche direct d’Agnès.

L’homme qu’on cherche toujours

Quinze ans après les faits, Xavier Dupont de Ligonnès reste officiellement recherché. Son corps n’a jamais été retrouvé. Aucune preuve formelle de son décès n’a été établie. Le dernier message vocal qu’il a laissé avant sa disparition continue d’être analysé, interprété, disséqué.

Rue résidentielle de Nantes au crépuscule avec maisons aux volets fermés

Les hypothèses se multiplient depuis 2011. Certains le pensent mort — un suicide assisté, peut-être, avec un corps dissimulé par un complice. D’autres sont convaincus qu’il vit quelque part sous une fausse identité. Des photos circulent régulièrement, semant le doute à chaque fois. Un témoin affirme l’avoir aperçu, puis la piste s’évapore.

Le témoignage du frère d’Agnès ne résout évidemment rien sur ce plan. Mais il recentre le débat sur l’essentiel. Pendant que la France se passionne pour la traque d’un homme, cinq personnes — une mère et quatre enfants — n’ont plus de voix. Guillaume Abbas Hodanger, en brisant son silence, leur en a rendu une. Même brièvement. Même quinze ans trop tard.

L’affaire Dupont de Ligonnès est aussi celle d’un testament troublant, de pistes abandonnées et de proches qui vivent avec un trou béant dans leur histoire familiale. Ce témoignage dans C à vous ne clôt rien. Mais il rappelle, avec une force rare, que derrière chaque affaire criminelle qui fascine, il y a des gens qui comptent les jours depuis quinze ans.

Tableau d'enquête policière avec cartes et documents épinglés

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