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Crans-Montana : un fournisseur met en cause le respect des normes incendie dans l’affaire Moretti

Publié par Killian Ravon le 16 Fév 2026 à 14:00

La nuit du 31 décembre au 1er janvier, l’incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana a emporté 41 vies et laissé des dizaines de blessés. Alors que l’enquête cherche toujours à reconstituer minute par minute ce qui s’est joué dans l’établissement. Un élément refait surface. Le signalement d’un professionnel ayant fourni une partie du mobilier, qui dit avoir écrit aux autorités… Sans être entendu, ni voir ses mails versés au dossier.

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Incendie de Crans-Montana : les propriétaires du bar Le Constellation.
Les propriétaires du bar Le Constellation à Crans-Montana, au centre de l’enquête après l’incendie du 1er janvier 2026. Crédit : BFMTV

Derrière ces échanges, une question sensible revient avec insistance. Le respect – ou non – des normes de sécurité incendie dans le bar avant le drame. Et, plus largement, la manière dont certains indices auraient été traités. Au moment où d’autres polémiques entourent déjà la conservation de preuves clés.

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Un mail envoyé aux autorités, puis le silence

Au début du mois de janvier, un homme se présentant comme le fournisseur du mobilier du Constellation explique avoir contacté la police. Pour apporter des informations sur l’aménagement du bar, réalisé avant l’ouverture. Dans son récit, il remonte à 2015, lorsqu’il aurait travaillé avec Jacques et Jessica Moretti, propriétaires de l’établissement au moment du drame.

Selon La Dépêche, ce témoin évoque notamment la composition du mobilier (fauteuils type Chesterfield, chaises, tabourets, tables et éléments de bar). Et raconte avoir proposé une option de protection par mousse anti-feu. D’après son mail, cette solution aurait été refusée pour des “raisons budgétaires”.

Ce même homme ne s’arrête pas à la question des matériaux. Dans le même témoignage, il dit se souvenir d’un accès depuis la rue “uniquement par un petit escalier étroit”. D’une ventilation limitée et d’une issue de secours qu’il juge non conforme. Il va jusqu’à s’interroger sur la manière dont l’établissement a pu obtenir l’autorisation d’exploiter.

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Là où l’affaire prend une autre dimension, c’est que ces éléments n’auraient. Selon plusieurs médias, pas été intégrés au dossier d’enquête à ce stade. Le fournisseur affirme également ne jamais avoir été convoqué ni auditionné, malgré ses relances.

Le haut plateau de Crans-Montana, au-dessus de la vallée du Rhône. Crédit : Crans-Montana-Communication / Olivier Maire.

Pourquoi ce type de témoignage peut compter dans une enquête incendie

Dans les dossiers d’incendie mortel, la chronologie des travaux et la nature des matériaux utilisés deviennent rapidement centrales. Une mousse, un revêtement, une isolation acoustique. Ou un tissu peuvent changer la vitesse de propagation,. La toxicité des fumées et la capacité des personnes à sortir à temps.

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Sur Crans-Montana, l’hypothèse privilégiée évoquée dans plusieurs comptes rendus publics est celle d’un départ de feu lié à des étincelles (de type “fontaine”). Qui auraient enflammé une mousse au plafond du sous-sol. C’est aussi ce que rappelle RTL dans ses synthèses. En précisant que l’enquête devra établir les responsabilités et le respect des normes.

Dès lors, un témoignage qui pointe d’éventuels choix de matériaux ou des aménagements jugés problématiques n’est pas anodin. Même s’il doit être vérifié, recoupé, et replacé dans le cadre réglementaire suisse. Il peut orienter des auditions, déclencher des expertises complémentaires. Ou faire émerger des incohérences.

Autre point : les éléments décrits par ce fournisseur ne sont pas seulement techniques. Ils concernent aussi l’évacuation, donc la gestion de la foule, la largeur des circulations. Les sorties réellement praticables et la lisibilité des issues dans une situation de panique. Dans une affaire où une partie des victimes était très jeune. Et où le bilan humain est exceptionnel, ces détails deviennent forcément explosifs dans l’opinion.

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Une enquête déjà fragilisée par la question des images effacées

Depuis fin janvier, un autre sujet a mis la pression sur les autorités locales. La perte d’une partie des images de vidéosurveillance de la commune. RTL explique que le Ministère public du canton du Valais aurait demandé à plusieurs reprises la sauvegarde et la transmission des images. Mais que seules celles enregistrées entre minuit et 6h le 1er janvier auraient été préservées. Le reste aurait été écrasé automatiquement, notamment faute d’avoir pu être extrait à temps.

TF1 Info, de son côté, parle d’un “bêtisier judiciaire” dénoncé par certains avocats. Et souligne l’impact concret de ces images manquantes. Estimer la fréquentation réelle, vérifier les déplacements autour du bâtiment. Ou encore comprendre certains points de bascule dans la soirée.

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Dans ce contexte, l’idée qu’un témoignage écrit. Accompagné selon certains récits de documents (plans, photos), n’ait pas été versé au dossier, nourrit inévitablement le soupçon de dysfonctionnement. Même si l’enquête peut avoir des explications procédurales (tri, vérification d’identité, traitement par différents services). L’accumulation des controverses crée un terrain propice à la défiance.

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Vue vers l’est depuis Cry d’Er, sur la vallée du Rhône. Crédit : Paradise Chronicle.

Les proches réclament des réponses, la justice sous tension

À mesure que les semaines passent, les demandes des familles se multiplient. Le Dauphiné Libéré rapporte qu’un père de victime, via son avocat, a demandé la récusation des procureures en charge, en dénonçant de “graves manquements” et des retards qui auraient pu conduire à la disparition ou à la pollution de preuves.

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Cet épisode rappelle une chose : au-delà des causes matérielles, c’est aussi la conduite de l’enquête qui est scrutée. Toute erreur, même administrative, peut devenir un marqueur d’injustice ressenti, surtout dans un dossier massif, international, et émotionnellement chargé.

Sur les faits connus, RTL/AFP précise que l’enquête vise le couple propriétaire pour des soupçons d’homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence. Le même article rappelle aussi que la procédure s’est élargie à des responsables de la sécurité de la commune, dans un contexte où des contrôles n’auraient pas été réalisés depuis 2019 alors qu’ils sont censés être annuels.

Cette mise en cause élargie change la lecture du dossier : il ne s’agit plus uniquement d’un établissement, mais d’un système de prévention et de contrôle. Et c’est précisément là que les témoignages comme celui du fournisseur prennent une valeur particulière : ils peuvent éclairer ce qui s’est joué en amont, bien avant la nuit du drame.

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Le point sensible des “normes” : un mot qui recouvre plusieurs réalités

Quand un témoin parle de “normes incendie”, il peut viser des règles très différentes : matériaux, compartimentage, signalétique, éclairage de sécurité, largeur des issues, désenfumage, capacité maximale, formation du personnel, contrôles périodiques, etc. Le risque, pour le public, c’est de tout résumer à une seule faille, alors que les catastrophes de ce type sont souvent une addition de facteurs.

Pour l’instant, les éléments rapportés par la presse sur le témoignage du fournisseur doivent être recoupés par les experts judiciaires : de quoi était composé exactement le mobilier posé, quelles étaient les obligations légales en 2015, et quel lien réel existe entre ces choix et le scénario de l’incendie. À ce stade, on est dans la zone où une enquête rigoureuse fait toute la différence entre intuition, souvenir et preuve.

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Panorama hivernal depuis Bella Lui, dans le domaine de Crans-Montana. Crédit : Fraknö.

Ce que l’on sait du drame, et ce que l’on attend encore

Le bilan humain est désormais de 41 morts, après le décès d’un jeune homme de 18 ans hospitalisé à Zurich, un mois après l’incendie. RTL/AFP détaille aussi l’ampleur des blessés et l’impact international de la catastrophe.

Sur la chronologie, les comptes rendus disponibles indiquent un départ de feu au cœur d’une soirée du Nouvel An, dans un lieu bondé, avec une propagation extrêmement rapide. L’article Wikipédia consacré à l’événement, qui compile des informations issues de multiples sources, évoque notamment l’hypothèse d’une mousse acoustique au plafond et une dynamique d’embrasement éclair.

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Reste une série de questions très concrètes : combien de personnes étaient présentes, quelles issues étaient réellement accessibles, qui a fait quoi dans les minutes décisives, et quels contrôles avaient été effectués – ou non – dans les années précédentes. C’est aussi sur ces points que des preuves manquantes, des témoignages non intégrés, ou des documents non saisis à temps peuvent peser lourd.

Le lac Grenon, l’un des points connus de la station de Crans-Montana. Crédit : Johnw.

Un témoignage important

Le témoignage de ce fournisseur, rapporté par plusieurs médias, ne dit pas à lui seul la vérité sur l’origine de l’incendie. En revanche, il met une pression supplémentaire sur une enquête déjà critiquée, parce qu’il touche à deux nerfs à vif : la sécurité avant le drame, et la bonne conservation des preuves après.

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Si la justice valaisanne veut éviter que le dossier ne se transforme en procès de la procédure, elle devra clarifier ce qui a été reçu, ce qui a été exploité, et pourquoi certains éléments n’apparaissent pas, à ce stade, dans le dossier. Les victimes réclament d’ailleurs des explications sur les manquements constatés. Pour les familles, la priorité reste la même : comprendre, documenter, et établir les responsabilités, sans zones grises.

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