Meurtre de Chloé dans l’Aisne : « On vient et on vous allume », les menaces glaçantes reçues dix jours avant le drame
Chloé avait 14 ans. Le mercredi 7 mai au matin, elle est partie au collège comme tous les jours, en empruntant son chemin habituel à Fère-en-Tardenois, dans l’Aisne. Elle n’est jamais arrivée en cours. Son ex-petit ami, Julien B., 23 ans, agent de sécurité, a depuis avoué l’avoir tuée à coups de couteau. Mais ce que révèle aujourd’hui le témoignage d’une amie proche de la victime donne une dimension encore plus terrifiante à cette affaire : dix jours avant le meurtre, le suspect avait proféré des menaces explicites par téléphone. Et un enregistrement existe.
Un appel menaçant après une simple balade au bord du lac
On est le 25 avril. Chloé vient de rompre avec Julien B. quelques jours plus tôt. Ce vendredi-là, elle passe l’après-midi avec Camille, une amie proche, au bord du lac de Fère-en-Tardenois. Une balade banale entre adolescentes. Sauf que Julien B. ne supporte pas que Chloé refasse sa vie. La jeune fille s’est remise en couple avec quelqu’un d’autre, et l’ex-petit ami de 23 ans le vit comme une trahison personnelle.

Après cette balade, Camille reçoit un appel sur son téléphone. Au bout du fil : Julien B. Le ton est immédiatement hostile. Selon le témoignage de Camille recueilli par BFMTV, le jeune homme ne cherche pas à discuter. Il menace.
« Il était jaloux qu’elle se soit remise en couple avec quelqu’un. Il la voulait que pour lui. Il supportait pas la rupture, il voulait que Chloé soit qu’à lui », explique Camille. À ce stade, personne n’imagine que ces mots d’un homme qu’elles pensaient « immature » se transformeront en acte. Mais la suite de cette conversation téléphonique va prendre un tout autre sens après le drame.
« J’ai un pote, il est parti chercher des pétards » : l’enregistrement qui accable
BFMTV a pu écouter l’enregistrement de cet appel du 25 avril. Ce qu’on y entend est sans ambiguïté. Julien B. s’adresse à Camille et, à travers elle, à Chloé : « J’ai un pote à moi, il est parti à Paname chercher des pétards. On vient et on vous allume. » Dans le jargon, « pétards » désigne des armes à feu. « Paname », c’est Paris.
Le suspect ajoute, visant directement Chloé : « Si elle arrête pas de mentir, ça va partir en couille. » Des paroles brutes, menaçantes, que Camille a eu le réflexe d’enregistrer. Ce qui semblait être de la fanfaronnade prend aujourd’hui une résonance terrible, comme dans d’autres affaires où des menaces ignorées ont précédé des violences mortelles.

Camille porte aujourd’hui un autre regard sur cet échange. « Je m’étais dit que c’est quelqu’un de complètement immature, qui voulait faire son caïd. Maintenant je me dis que c’était peut-être pas des menaces en l’air… » Sa voix a changé. Le recul transforme chaque mot en indice d’un passage à l’acte programmé.
Un harcèlement qui durait depuis la rupture
L’appel du 25 avril n’était pas un acte isolé. D’après le témoignage de Camille, Chloé subissait un véritable harcèlement de la part de son ex-petit ami depuis leur séparation. Messages incessants. Tentatives répétées de la voir. Pression permanente. Le schéma est tristement classique dans les affaires de violences faites aux femmes, même quand la victime est une adolescente de 14 ans.
« Je pense qu’elle flippait un peu quand même », confie Camille. « Quand il a vu qu’elle s’est remise en couple, il a continué à lui envoyer des messages, il essayait de la voir… Elle arrivait sûrement pas à s’en dépêtrer. » Une gamine de 14 ans face à un homme de 23 ans qui refuse de lâcher prise. L’écart d’âge à lui seul pose question. L’emprise qu’il exerçait rend le tableau encore plus sombre.
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Ce type de spirale, où la victime se retrouve piégée entre la peur et l’incapacité à couper tout lien, rappelle d’autres affaires récentes comme la disparition de Manon Relandeau, qui avait elle aussi tenté de fuir un contexte de violences sans y parvenir. Des situations qui se ressemblent, des issues tragiques qui se répètent.
8 heures du matin, sur un chemin qu’il connaissait par cœur
Le mercredi 7 mai, Chloé quitte son domicile pour se rendre au collège. Il est environ 8 heures du matin. Elle emprunte un chemin qu’elle prend chaque jour. Ce trajet, Julien B. le connaissait. Selon les premiers éléments de l’enquête, c’est sur ce chemin qu’il l’a attendue et tuée à coups de couteau.

Pour Camille, il n’y a aucun doute sur la préméditation. « Venir à 8 heures du matin, alors qu’il savait qu’elle empruntait ce chemin… pour moi c’est prémédité, c’est pas possible autrement. » Un horaire précis, un lieu connu, un geste d’une violence inouïe contre une adolescente désarmée. Les enquêteurs devront déterminer si cet acte était planifié de longue date ou s’il résulte d’un basculement soudain. Mais les menaces du 25 avril, l’enregistrement, le harcèlement documenté : tout pointe vers un homme qui n’avait jamais accepté la rupture.
Julien B., placé en garde à vue pour « assassinat » — une qualification qui suppose justement la préméditation —, a reconnu les faits ce jeudi 8 mai, selon les informations confirmées par France Info et BFMTV.
Fère-en-Tardenois sous le choc, des questions qui s’accumulent
Fère-en-Tardenois est une petite commune de l’Aisne, à côté de Soissons. Le genre d’endroit où tout le monde se connaît, où les collégiens marchent seuls jusqu’à l’école sans que personne ne s’en inquiète. Cette commune de l’Aisne avait déjà fait parler d’elle, mais jamais pour un drame d’une telle violence.
Les habitants sont sous le choc. Comment un homme de 23 ans a-t-il pu entretenir une relation avec une collégienne de 14 ans sans que cela n’alerte davantage ? Les menaces du 25 avril avaient-elles été signalées aux autorités ? L’enregistrement de Camille sera-t-il versé au dossier ? Autant de questions auxquelles les enquêteurs devront répondre dans les jours qui viennent.
Cette affaire intervient dans un contexte où les violences contre les jeunes filles continuent de secouer la France. On pense au double féminicide de Montmorillon, où un ex-compagnon armé avait tué deux femmes. Ou encore à cette ancienne candidate RN tuée par son ex. À chaque fois, le même schéma : un homme qui refuse la séparation, des signaux d’alerte, et une issue fatale.
Chloé avait 14 ans. Elle allait au collège. Elle avait le droit de rompre, de refaire sa vie, de marcher tranquillement le matin sans craindre pour sa vie. L’enregistrement que son amie Camille a conservé restera sans doute l’une des pièces maîtresses de ce dossier. La preuve que les mots, parfois, annoncent le pire.