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Aux Pays-Bas, son ex-compagnon l’a forcée à se tatouer son prénom 250 fois sur le visage et le corps

Publié par Elsa Fanjul le 08 Avr 2026 à 7:32

Aux Pays-Bas, une femme de 52 ans prénommée Joke se bat pour effacer les traces physiques de années d’emprise. Son ex-compagnon, Hans, l’a contrainte à se faire tatouer son prénom 250 fois sur l’ensemble du corps, y compris sur le visage. Aujourd’hui libre, elle doit affronter un parcours de détatouage aussi douloureux que coûteux.

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tatouage

Une machine à tatouer achetée sur AliExpress

Tout commence le jour où Hans, le compagnon de Joke, achète une machine à tatouer sur la plateforme chinoise AliExpress. Ce qui aurait pu rester un caprice anodin va rapidement devenir un instrument de torture psychologique et physique. Car Hans ne veut pas simplement s’amuser avec l’appareil : il veut marquer Joke. Littéralement.

Très vite, il exige que son prénom soit inscrit sur le corps de sa compagne. D’abord sur des zones discrètes, puis de plus en plus visibles. Les bras, le torse, le cou, et finalement le visage. Chaque tatouage est réalisé de manière artisanale, sans aucune compétence professionnelle. Les inscriptions s’accumulent, encore et encore, comme autant de marques de possession.

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Au total, ce sont 250 tatouages portant le prénom « Hans » qui recouvrent le corps de Joke. Son visage, son cou, ses parties intimes — aucune zone n’est épargnée. Selon le média néerlandais Het Laatste Nieuws, l’homme agissait dans une logique de domination totale sur sa compagne.

Des années d’emprise avant la libération

Comment une personne peut-elle accepter de subir cela des centaines de fois ? C’est précisément là que réside le mécanisme de l’emprise psychologique. Joke ne « choisissait » pas ces tatouages. Elle les subissait sous la pression constante d’un homme qui avait pris le contrôle de chaque aspect de sa vie.

Machine à tatouer posée sur une table avec un colis
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Les situations de violences conjugales ne se résument pas aux coups. L’emprise peut prendre des formes insidieuses : isolement social, contrôle financier, manipulation émotionnelle. Dans le cas de Joke, la violence passait aussi par ces inscriptions permanentes sur sa peau, transformant son propre corps en propriété de son bourreau.

Ce n’est qu’après l’intervention de la fondation néerlandaise « Veilig Thuis » (« En sécurité à la maison »), un organisme d’aide aux victimes de violences domestiques, que Joke parvient enfin à quitter Hans. Un schéma que l’on retrouve dans de nombreux cas de violences conjugales, où l’aide extérieure est souvent décisive pour briser le cycle.

Un visage à reconstruire, tatouage par tatouage

Libérée de son bourreau, Joke doit désormais affronter une autre épreuve : effacer les traces physiques de ces années de calvaire. Elle est prise en charge à Rotterdam par Andy Han, un spécialiste du détatouage au laser. Sa réaction en découvrant Joke en dit long sur l’ampleur des dégâts.

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« Le nom de son ex-compagnon était partout. Je ne savais plus où donner de la tête », raconte-t-il. Fondateur de l’association Spijt van Tattoo (« Regret de tatouage »), Andy Han aide des femmes à faire disparaître des tatouages qu’elles regrettent — souvent liés à des relations abusives.

Mais effacer un tatouage est un processus long, douloureux et extrêmement coûteux. Le détatouage au laser nécessite plusieurs séances par tatouage, chacune provoquant des sensations comparables à des brûlures. Pour Joke, avec 250 tatouages à traiter, le chemin vers la reconstruction physique s’annonce interminable.

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Une facture qui pourrait atteindre 500 000 euros

Au-delà de la douleur, il y a le coût. Andy Han explique que le détatouage au laser coûte en moyenne « dix fois plus cher » que la réalisation initiale du tatouage. Un tatouage réalisé pour 200 euros nécessitera environ 2 000 euros pour être supprimé.

Silhouette de femme dans un refuge aux Pays-Bas

En appliquant ce ratio aux 250 tatouages de Joke, la facture totale pourrait théoriquement atteindre près de 500 000 euros. Un montant astronomique, évidemment hors de portée pour une victime de violences conjugales qui tente de reconstruire sa vie. Les cas de violences au sein du couple laissent souvent des séquelles financières durables en plus des traumatismes psychologiques.

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Pour aider Joke et d’autres femmes dans la même situation, Andy Han a lancé le 6 avril une campagne de financement participatif avec un objectif de 30 000 euros. Cette somme doit permettre de finaliser le traitement de Joke et de prendre en charge d’autres femmes inscrites sur les listes d’attente de son association.

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Un phénomène invisible et jamais étudié

Ce qui rend cette histoire encore plus glaçante, c’est qu’elle n’est probablement pas isolée. Selon Andy Han, aucune étude officielle n’a jamais été menée aux Pays-Bas sur le phénomène des tatouages forcés dans le cadre de violences conjugales. Les chiffres sont tout simplement inexistants.

« Dans ma pratique, je constate que la demande est énorme. C’est un problème occulté que nous souhaitons désormais mettre en lumière », déclare-t-il. En France aussi, les affaires de violences conjugales révèlent régulièrement des formes de contrôle insoupçonnées du grand public.

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Le tatouage forcé représente une forme particulièrement perverse de violence. Il transforme le corps de la victime en support d’un message de domination, visible par tous, permanent par nature. Même après la séparation, la victime porte sur elle — littéralement — la marque de son bourreau. Chaque regard dans le miroir devient un rappel de l’enfer vécu.

Un combat qui dépasse le cas de Joke

L’histoire de Joke met en lumière un angle mort des politiques de lutte contre les violences conjugales. Si les dispositifs d’hébergement d’urgence et d’accompagnement juridique se sont développés ces dernières années, la question de la reconstruction physique des victimes reste largement sous-financée.

Le détatouage, en particulier, n’est généralement pas pris en charge par les systèmes de santé. Les victimes se retrouvent seules face à des factures considérables pour effacer des marques qu’elles n’ont jamais choisies. Des associations comme Spijt van Tattoo tentent de combler ce vide, mais leurs moyens restent limités face à l’ampleur du besoin. D’autres victimes ont dû trouver des moyens inattendus pour dénoncer leur situation.

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Joke, elle, continue son parcours de détatouage séance après séance. Chaque passage sous le laser efface un peu plus le prénom de Hans et lui rend un fragment de son corps. À 52 ans, elle refuse de rester prisonnière d’une peau qui raconte l’histoire d’un autre. Et si le chemin est encore long, au moins cette fois, c’est elle qui décide.

Séance de détatouage au laser en clinique

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