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Une femme forcée par son ex à se tatouer son prénom 250 fois sur le visage et le corps

Publié par Gabrielle Nourry le 09 Avr 2026 à 9:01

250 tatouages. Pas par choix, pas par passion, mais sous la contrainte d’un homme qui voulait littéralement marquer sa compagne comme sa propriété. Aux Pays-Bas, une femme de 52 ans tente aujourd’hui d’effacer les traces d’années d’emprise. Son visage, son cou, son corps entier portent encore le prénom de son bourreau. Voici son histoire.

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Un appareil à tatouer acheté sur AliExpress, et l’enfer a commencé

tatouage

Joke a 52 ans et vit aux Pays-Bas. Pendant des années, elle a subi l’emprise totale de son compagnon, un homme prénommé Hans. Tout a basculé le jour où ce dernier a commandé une machine à tatouer sur AliExpress, la célèbre plateforme chinoise de vente en ligne. Un achat anodin en apparence. Mais ce qui a suivi n’avait rien de banal.

Très vite, Hans a imposé à Joke de se faire inscrire son prénom sur le corps. D’abord sur des zones dissimulables. Puis sur le cou. Puis sur le visage. Encore et encore, comme une signature obsessionnelle, comme une emprise poussée à l’extrême. Au total, le prénom « Hans » a été tatoué 250 fois sur le corps de Joke, selon le média néerlandais Het Laatste Nieuws.

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Le corps de Joke transformé en « marque de possession »

Ce n’étaient pas des tatouages artistiques réalisés dans un salon professionnel. Hans les réalisait lui-même, de manière artisanale, avec sa machine achetée en ligne. Le résultat : des inscriptions grossières, répétées des centaines de fois, qui ont fini par recouvrir l’intégralité du visage de Joke, son cou et le reste de son corps.

Le procédé est glaçant. En gravant son nom dans la peau de sa compagne, Hans faisait d’elle un objet. Une possession vivante, marquée au fer. Ce type de violence, encore très méconnu, s’inscrit dans un schéma de contrôle coercitif particulièrement destructeur. La victime est littéralement emprisonnée dans son propre corps.

Joke n’a pas pu s’en sortir seule. Il a fallu l’intervention de « Veilig Thuis », une fondation néerlandaise spécialisée dans l’aide aux victimes de violences conjugales, pour qu’elle parvienne enfin à quitter Hans. Le visage meurtri, le corps couvert de ces tatouages non désirés, Joke a pu commencer un nouveau combat : celui de l’effacement.

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« Son nom était partout. Je ne savais plus où donner de la tête »

C’est Andy Han, spécialiste du détatouage au laser basé à Rotterdam, qui a pris en charge Joke. Et même lui, pourtant habitué aux cas difficiles, a été choqué. « Le nom de son ex-compagnon était partout. Je ne savais plus où donner de la tête », raconte-t-il.

Andy Han est le fondateur de « Spijt van Tattoo » (« Regret de tatouage » en français), une association qui aide les femmes à faire retirer des tatouages qu’elles n’ont pas choisis ou qu’elles regrettent profondément. Une mission qui prend tout son sens face à des situations comme celle de Joke.

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Après plusieurs séances de laser, le spécialiste a lancé une campagne de financement participatif le lundi 6 avril pour récolter 30 000 euros. L’objectif : financer la fin du traitement de Joke, mais aussi aider d’autres femmes inscrites sur les listes d’attente de l’association. Car Joke est loin d’être un cas isolé.

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Une facture qui aurait pu atteindre 500 000 euros

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Effacer un tatouage, c’est tout sauf simple. Sur le plan physique d’abord : le détatouage au laser est douloureux, nécessite de multiples séances et laisse parfois des cicatrices. Un Brésilien qui avait recouvert 95 % de son corps avait d’ailleurs témoigné de cette douleur intense.

Mais c’est surtout le coût financier qui donne le vertige. Selon Andy Han, le détatouage coûte en moyenne « dix fois plus cher » que la réalisation initiale. Concrètement, un tatouage payé 200 euros peut nécessiter jusqu’à 2 000 euros pour être supprimé. Faites le calcul pour 250 tatouages : la facture théorique aurait pu atteindre près de 500 000 euros.

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Un montant astronomique, évidemment impossible à assumer pour une victime de violences conjugales. D’où l’importance cruciale de la campagne de financement lancée par l’association, et plus largement, de la prise de conscience collective autour de ce phénomène.

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Un phénomène invisible, mais « la demande est énorme »

Il n’existe aujourd’hui aucun chiffre officiel sur le nombre de femmes ayant subi des tatouages forcés aux Pays-Bas, ni ailleurs en Europe. Aucune étude n’a jamais été menée sur le sujet. Mais Andy Han est formel : dans sa pratique quotidienne, la demande est bien réelle. Et massive.

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« Aucune étude n’a jamais été menée sur ce sujet, mais dans ma pratique, je constate que la demande est énorme. C’est un problème occulté que nous souhaitons désormais mettre en lumière », explique-t-il. Les violences conjugales prennent des formes multiples, et le tatouage forcé en est une des plus insidieuses.

Car contrairement à un bleu ou une fracture, un tatouage forcé ne disparaît pas avec le temps. Il reste là, visible, quotidien, comme un rappel permanent de l’emprise subie. Pour les victimes, chaque regard dans le miroir est une confrontation avec leur bourreau. Et pour l’entourage, ces marques soulèvent des questions que les victimes ne sont pas toujours prêtes à affronter.

Une prise de conscience nécessaire

L’histoire de Joke met en lumière une réalité dérangeante. Les violences au sein du couple ne se limitent pas aux coups et aux insultes. L’emprise peut prendre des formes que l’on n’imagine même pas. Se faire tatouer le prénom de son partenaire peut sembler, vu de l’extérieur, comme un acte romantique. Mais quand c’est imposé 250 fois, c’est de la torture.

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En France aussi, les affaires de violences conjugales se multiplient dans l’actualité, impliquant parfois des personnalités publiques. La question du contrôle coercitif, longtemps ignorée par la loi, commence à peine à être reconnue. Des cas comme celui de Joke pourraient encourager la libération de la parole sur ces violences invisibles.

Aujourd’hui, Joke avance. Séance après séance, le laser efface progressivement les lettres de « Hans » sur sa peau. Le chemin est encore long, douloureux, coûteux. Mais pour la première fois depuis des années, son corps lui appartient à nouveau. Et ça, ça n’a pas de prix.

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