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« Il fallait être disponible H24 » : une Française affirme avoir été l’esclave sexuelle d’Epstein à Paris

Publié par Elsa Fanjul le 17 Avr 2026 à 9:29

Elle dit avoir passé six ans enfermée dans un rôle d’« assistante » au service du prédateur américain. Derrière ce titre anodin se cachaient des viols, une surveillance permanente et un uniforme imposé jusque dans les sous-vêtements. Pour la première fois, cette victime française a accepté de raconter son quotidien dans l’appartement de l’avenue Foch, à Paris. Son témoignage, recueilli par « Complément d’enquête », éclaire d’une lumière crue le volet français d’un scandale planétaire.

Un appartement prestigieux, des « assistantes » venues de toute l’Europe

L’adresse est l’une des plus chères de la capitale : avenue Foch, dans le XVIe arrondissement de Paris. C’est là que Jeffrey Epstein séjournait très régulièrement, dans un appartement luxueux où gravitaient de nombreuses jeunes femmes. Selon le témoignage de cette Française, la plupart venaient des pays de l’Est. Toutes étaient officiellement embauchées comme « assistantes » et rémunérées jusqu’à 2 500 euros par mois.

Mais ce titre professionnel ne recouvrait rien de ce qu’il laissait entendre. « Il utilisait ce mot-là, mais on n’était pas du tout des assistantes », explique la victime face caméra. L’enquête de « Complément d’enquête » avait déjà révélé il y a un an le réseau de médecins complices qui permettait au milliardaire de maintenir son emprise sur ses victimes. Ce nouveau témoignage vient compléter le tableau en décrivant, de l’intérieur, la mécanique de domination quotidienne.

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Derrière les murs d’un immeuble haussmannien, le millionnaire américain avait construit un système où chaque détail de la vie de ses « employées » lui appartenait. Et ce système ne se limitait pas aux agressions physiques.

Coiffure, vêtements, sous-vêtements : Epstein décidait de tout

Le contrôle exercé par Jeffrey Epstein allait bien au-delà des violences sexuelles. La victime décrit un quotidien sous emprise totale, où le milliardaire dictait chaque aspect de l’apparence de ses victimes. La coiffure, les vêtements, le maquillage — ou plutôt l’absence de maquillage — étaient imposés sans discussion possible.

Immeuble haussmannien avenue Foch à Paris

L’uniforme obligatoire ressemblait à une tenue d’adolescente : « petite chemise, petit jean, petites baskets, pas de make-up ». Un dress code qui n’avait rien d’anodin. Les soutiens-gorge étaient formellement interdits. La raison, telle que la victime la rapporte, glace : « Parce que s’il voulait nous attraper le sein, il fallait qu’il puisse nous l’attraper assez facilement. » Cette phrase résume à elle seule la logique de prédation permanente dans laquelle ces femmes étaient enfermées.

« On lui appartenait, quoi », ajoute-t-elle. La formule est simple. Elle dit tout. Pendant six ans, cette femme affirme avoir accompagné partout le millionnaire, soumise à une surveillance constante. Son rôle réel ? « Des massages, ses courses, et être disponible H24 pour lui. » Le mot « massages », précise-t-elle, recouvrait en réalité des agressions sexuelles et des viols répétés.

La publication récente par la justice américaine de 3 millions de documents déclassifiés a relancé l’affaire à l’échelle mondiale. Mais ce que ces documents administratifs ne montrent pas, ce sont les scènes de cruauté quotidienne que cette femme porte encore en elle.

« Tu dis que tu es mon esclave » : la scène qui la hante encore

Parmi les souvenirs qui continuent de la traumatiser, une scène en particulier illustre la perversité du prédateur. Un jour, alors qu’il attendait un visiteur dans l’appartement de l’avenue Foch, Jeffrey Epstein lui aurait donné un ordre précis : « Quand il arrive, tu dis que tu es mon esclave. Tu lui dis explicitement. »

La victime raconte avoir eu « du mal à dire » cette phrase. Son patron, lui, était « mort de rire ». Le visiteur, décrit comme « très choqué, très mal à l’aise », a assisté impuissant à la suite de la scène. Epstein aurait alors ordonné à la jeune femme de « lui sucer le pouce du pied » devant cet invité sidéré.

Tenue imposée par Epstein dans l'appartement parisien

Ce récit rejoint d’autres témoignages déjà recueillis à travers le monde, où le milliardaire prenait un plaisir manifeste à humilier ses victimes en public. L’affaire Epstein a d’ailleurs provoqué des remous jusqu’en France, avec des documents mentionnant des personnalités politiques hexagonales retirés des dossiers publics américains. Emmanuel Macron lui-même a fini par réagir publiquement, appelant la justice française à agir.

Mais pour cette victime, la justice est arrivée trop tard. Et cette réalité ajoute une couche d’injustice à un récit déjà accablant.

Auditionnée en 2022, mais trop tard pour porter plainte

La femme a été entendue par la police française en 2022. À ce moment-là, trois ans s’étaient écoulés depuis la mort de Jeffrey Epstein dans sa cellule new-yorkaise en août 2019. Les faits qu’elle dénonce étaient prescrits. Elle n’a pas pu porter plainte.

Cette prescription illustre l’un des angles morts du volet français de l’affaire. Alors que la justice américaine a multiplié les procédures, condamné Ghislaine Maxwell et déclassifié des millions de pages, la France n’a pas encore produit de résultat judiciaire comparable. Le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire dès 2019, mais les investigations avancent lentement.

Porte fermée dans un appartement luxueux parisien

Les journalistes de « Complément d’enquête » affirment avoir été en contact régulier avec cette victime pendant deux ans avant qu’elle n’accepte de témoigner face caméra. Ses révélations interviennent dans un contexte particulier : la publication des documents déclassifiés du dossier Epstein a mis en lumière des connexions internationales que beaucoup soupçonnaient sans pouvoir les prouver. Des commandes troublantes sur Amazon aux relations avec des personnalités scientifiques, chaque semaine apporte son lot de révélations.

Un scandale planétaire dont le chapitre français reste à écrire

Ce témoignage inédit, diffusé dans le numéro de « Complément d’enquête » du 16 avril 2026, pourrait relancer le débat sur le traitement judiciaire de l’affaire en France. Car si les victimes américaines ont obtenu des compensations financières via un fonds d’indemnisation dédié, les victimes françaises, elles, restent dans l’ombre.

La question des responsabilités dépasse largement la personne de Jeffrey Epstein, mort en 2019. Qui savait, dans l’entourage parisien du milliardaire ? Qui a facilité son accès à de jeunes femmes vulnérables sur le sol français ? Des documents manquants dans le dossier alimentent les soupçons sur de possibles protections au plus haut niveau.

Le récit de cette « assistante » de l’avenue Foch rappelle une vérité simple mais terrifiante : pendant des années, au cœur de Paris, dans l’un des quartiers les plus surveillés de France, un prédateur sexuel a pu agir en toute impunité. Les photos de son île privée avaient déjà scandalisé le monde entier. Ce témoignage prouve que l’horreur ne se limitait pas aux Caraïbes.

La victime, elle, n’a obtenu ni réparation ni reconnaissance officielle. Mais en brisant le silence, elle offre un visage — et une voix — au volet français d’une affaire que beaucoup aimeraient voir rester enterrée avec son architecte.

Bâtiment officiel de la police française à Paris

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