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Méditation : le danger méconnu derrière 10 minutes de pleine conscience

Publié par Killian Ravon le 27 Fév 2026 à 19:30

Dix minutes, une voix douce, et la promesse d’un cerveau « plus calme ». La méditation de pleine conscience s’est glissée partout, des applis aux salles de classe, avec l’image d’un outil simple, gratuit et sans danger.

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Méditation de pleine conscience au bord d’un lac au lever du soleil, avec des silhouettes floues symbolisant l’anxiété et un panneau d’avertissement.
Derrière l’image apaisante de la méditation de pleine conscience, certains pratiquants peuvent vivre des effets indésirables (angoisse, dissociation) qui méritent d’être mieux connus.

Pourtant, la recherche décrit aussi une autre réalité : chez une minorité de pratiquants, la pratique peut déclencher des symptômes pénibles, parfois durables. Alors, faut-il une “notice” comme pour un médicament ?

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Jon Kabat-Zinn a popularisé la pleine conscience en contexte médical. Crédit : Mari Smith.
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Un malaise qui ne date pas d’hier

On a souvent l’impression que la pleine conscience est née avec les smartphones. En réalité, la méditation a derrière elle des siècles de pratiques, et… de mises en garde. Un texte ancien, connu sous le nom de Meditation Sutra of Dharmatrāta, est souvent cité comme l’un des témoignages historiques décrivant des difficultés psychologiques possibles après certaines pratiques, avec des états proches de l’anxiété ou du découragement profond.

Ce point est important : l’idée d’“effets indésirables” n’est pas une invention récente de sceptiques modernes. Elle existe aussi dans des traditions où la méditation est centrale, mais encadrée, progressive, et rarement vendue comme une solution universelle. Dans ces cadres, les difficultés ne sont pas forcément niées, elles sont surtout anticipées et accompagnées.

La pratique s’est diffusée dans le monde entier, souvent hors cadre thérapeutique. Crédit : Zcognito.
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Ce que disent les études quand on mesure aussi le négatif

Les bénéfices de la méditation sont documentés dans de nombreux contextes, notamment pour la gestion du stress. Mais un autre chantier scientifique s’est ouvert : mesurer ce qui se passe quand la pratique se passe mal, et à quelle fréquence.

Une étude souvent citée sur ce sujet a interrogé un large échantillon de participants aux États-Unis, et s’est concentrée sur les effets indésirables liés à la méditation. Les auteurs rapportent notamment une proportion de répondants indiquant des effets négatifs avec un impact fonctionnel, et une part non négligeable évoquant une durée d’au moins un mois.

Ce n’est pas un détail méthodologique. Pendant des années, beaucoup de travaux sur la méditation ont surtout cherché des effets positifs, sans toujours intégrer un volet “événements indésirables” comme on le ferait pour une intervention clinique. Quand on ajoute ce thermomètre, on découvre une zone grise : pour la majorité, tout va bien, mais pour certains, l’expérience devient difficile à tenir.

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Encadrement, progression et adaptation : trois points clés quand la séance se complique. Crédit : Akhlispurnomo.

Anxiété, dissociation, déréalisation : quand « fermer les yeux » n’apaise plus

Les témoignages et la littérature scientifique décrivent des expériences variées : montée d’angoisse pendant la séance, ruminations amplifiées, sensations de panique, et parfois des vécus de déréalisation ou de dépersonnalisation. Ces derniers termes désignent un sentiment de décalage avec soi-même ou avec le monde, comme si tout devenait “irréel”. Dans la plupart des cas, cela reste transitoire, mais ce n’est pas toujours le cas.

Le problème, c’est que ces expériences surviennent souvent chez des personnes venues chercher l’inverse : un apaisement. Quand elles arrivent, l’écart entre la promesse (“ça ne peut pas faire de mal”) et le ressenti (“je vais plus mal qu’avant”) peut renforcer la peur, ou la honte d’être “un mauvais méditant”. C’est aussi là que l’encadrement compte, parce que la réponse la plus dangereuse n’est pas la crise elle-même, mais l’absence de filet.

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L’angle mort : l’encadrement… ou son absence

Dans un cours bien construit, un instructeur est censé adapter la pratique, proposer des alternatives, et repérer des signaux d’alerte. Or, l’explosion des offres a changé la donne : applis, vidéos, programmes express en entreprise, ateliers “bien-être” sans formation clinique. Le résultat, c’est que des personnes peuvent s’exposer à des exercices d’attention soutenue sans savoir quoi faire si l’expérience se dégrade ou pour prévenir le burn-out.

Cette inquiétude ne date pas des réseaux sociaux. Dès les années 1970, le psychologue Arnold Lazarus alertait sur le fait que, “utilisée sans discernement”, la méditation pouvait précipiter des difficultés psychiatriques chez des personnes vulnérables.

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Ce type d’avertissement ne signifie pas que la méditation “rend fou”. Il rappelle plutôt une règle de base : une technique qui modifie l’attention, la perception et la relation aux pensées peut aussi déstabiliser, selon l’histoire personnelle, l’état psychique du moment, ou l’intensité de la pratique.

Les lieux dédiés rappellent que la méditation a longtemps été une pratique encadrée. Crédit : Amiwins.

Quand l’école teste la pleine conscience à grande échelle

Le sujet devient encore plus sensible quand la pleine conscience sort du cadre volontaire. Au Royaume-Uni, le programme MYRIAD a évalué une formation de pleine conscience à l’école, à grande échelle, avec un niveau de preuve élevé. Les résultats publiés ne montrent pas d’amélioration nette du bien-être des adolescents par rapport à l’enseignement habituel, et certaines analyses soulignent des effets moins favorables pour des élèves déjà plus fragiles.

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On touche ici à une question simple : si l’effet n’est pas clairement positif pour tous, et si une partie peut être désavantagée, l’enthousiasme “par défaut” n’est plus tenable. Ce n’est pas un réquisitoire contre l’outil, c’est une invitation à arrêter de le présenter comme neutre et automatiquement bénéfique.

Le “McMindfulness” : pourquoi l’image reste si lisse

À ce stade, une autre question apparaît : pourquoi le grand public entend-il surtout parler du “bon côté” ? Une partie de la réponse est culturelle, et une autre est économique. Le chercheur Ronald Purser a popularisé l’expression “McMindfulness” pour critiquer une pleine conscience “packagée”, détachée de son contexte éthique, et vendue comme une solution individuelle à des problèmes parfois structurels. Il s’agit de retrouver une certaine cohérence dans l’approche de la santé mentale.

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Le marché des applications de méditation et de bien-être numérique pèse désormais des milliards, selon plusieurs estimations de cabinets d’études, et continue de croître. Dans ce paysage, parler d’effets secondaires peut être perçu comme un frein commercial, ou un risque d’image, surtout quand le discours marketing repose sur la sécurité totale.

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Même Jon Kabat-Zinn, figure majeure de la diffusion de la pleine conscience en médecine, a reconnu dans une interview au Guardian que la grande majorité des recherches vantant les impacts positifs était de qualité “insuffisante”, appelant à de meilleures études. Ce constat ne discrédite pas la démarche, mais il casse l’idée d’un consensus “propre et définitif”.

Le calme recherché peut aussi, chez certains, laisser remonter anxiété et sensations de déréalisation. Crédit : Moyan Brenn.
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Alors, on fait quoi : arrêter… ou mieux informer ?

La question n’est pas de “démolir” la méditation, ni de la sacraliser. Elle est de l’inscrire dans une logique adulte : bénéfices potentiels, risques possibles, facteurs de vulnérabilité, et consignes de sécurité.

Dans la pratique, cela ressemble à des choses très concrètes : commencer doucement, privilégier des séances courtes, éviter l’intensif si l’on traverse une période instable, et ne pas hésiter à interrompre si l’angoisse monte au lieu de “tenir coûte que coûte”. Il est aussi raisonnable de chercher un encadrement formé, surtout en cas d’antécédents de troubles anxieux, traumatiques ou dissociatifs. De même, une université a même proposé à ses étudiants de méditer dans une tombe vide pour relativiser.

Parce qu’au fond, une méditation de pleine conscience n’est pas juste une relaxation. C’est un entraînement attentionnel qui peut mettre en lumière ce qu’on tenait à distance, parfois avec brutalité. L’outil peut aider, mais il mérite une notice : pas pour faire peur, pour éviter que les personnes qui vivent mal l’expérience se retrouvent seules avec l’idée qu’elles “font mal” quelque chose.

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Que retenir ?

La pleine conscience a rendu service à beaucoup de gens, et il serait absurde de l’ignorer. Mais la présenter comme inoffensive, automatique et universelle est une erreur, au mieux naïve, au pire irresponsable. Les données disponibles, les essais à grande échelle et les avertissements anciens convergent vers la même idée : pour une minorité, méditer peut déstabiliser.

Un discours plus honnête ne tuerait pas la pratique, il la rendrait plus sûre. Et il rappellerait une évidence que le marketing “zen” a parfois effacée : quand on modifie son rapport aux pensées et aux sensations, on ne contrôle pas toujours ce qui remonte.

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