Une étude révèle des données étonnantes sur les flatulences quotidiennes
Microbiote et flatulences quotidiennes : l’expression fait sourire, mais elle pointe un phénomène très concret. Les gaz intestinaux ne sortent pas de nulle part. Ils sont, en grande partie, le produit de la fermentation menée par les bactéries qui vivent dans notre côlon.

Depuis des décennies, la science avançait des chiffres “raisonnables”, souvent cités de mémoire : une dizaine à une vingtaine d’émissions par jour, en moyenne. Le problème, c’est que ces estimations reposaient surtout sur des questionnaires, donc sur l’auto-observation. Une équipe de l’Université du Maryland vient de changer la donne avec un dispositif portable capable de suivre l’activité heure par heure, et les résultats bousculent les flatulences.
Quand le microbiote travaille, le gaz devient un indice
Dans l’intestin, une partie de ce que nous mangeons n’est pas absorbée dans l’intestin grêle. Certains glucides, notamment des fibres et des composés fermentescibles, arrivent plus loin, dans le côlon. Là, le microbiote s’en empare.
Ce “travail” microbien produit différents gaz. L’hydrogène, en particulier, est un marqueur intéressant, parce qu’il est généré par l’activité de fermentation des microbes intestinaux. Des tests respiratoires existent déjà, mais ils donnent une photo ponctuelle, à un moment précis de la journée. Or, la fermentation varie dans le temps, selon les repas, le rythme biologique, et la composition du microbiote propre à chacun.
C’est précisément cette dimension temporelle qui manquait aux méthodes classiques. Compter “à la louche” dans sa tête, ou tenter de se souvenir en fin de journée, ne permet pas de relier finement un repas, un type de fibre ou un changement d’habitude à une réponse mesurable. À l’échelle scientifique, la conséquence est simple : on sous-estime, et on lisse des profils pourtant très différents.
Le “smart underwear” : une idée simple, une promesse ambitieuse
Pour contourner le biais des déclarations, les chercheurs de l’Université du Maryland ont développé un dispositif portable destiné à mesurer en continu l’hydrogène présent dans les flatulences. Le projet a été largement présenté via leur communication institutionnelle et un communiqué diffusé sur EurekAlert!, avec une idée centrale : observer le microbiote “en conditions réelles”, dans la vie quotidienne.
L’étude scientifique, publiée en open access dans Biosensors and Bioelectronics: X (décembre 2025), décrit ce “smart underwear” comme le premier outil wearable pensé pour suivre sur la durée la production d’hydrogène dans les gaz émis. Les participants l’ont porté plus de 11 heures par jour, ce qui a permis de collecter des données longues, au lieu de mesures isolées.
Le point important n’est pas le côté gadget. L’ambition est de transformer un phénomène banal, souvent traité sur le ton de la blague, en signal biologique exploitable. En filigrane, l’équipe vise une cartographie plus fine des profils digestifs, et à terme une base de référence plus robuste que le traditionnel “c’est normal” prononcé sans chiffres.
32 émissions par jour : une moyenne plus haute que prévu
Le premier résultat qui retient l’attention vient d’une étude d’usage menée sur 19 volontaires suivis pendant une semaine. La moyenne observée atteint 32 émissions par jour. Ce chiffre dépasse nettement les estimations issues des questionnaires, qui tournaient souvent autour de 10 à 20.
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Plus intéressant encore, l’étude met en évidence une variabilité frappante. Certains participants descendent à 4 émissions quotidiennes, tandis que d’autres montent jusqu’à 59 sur une journée. Autrement dit, la notion de “norme” se brouille : ce qui paraît “beaucoup” pour l’un peut être la routine biologique de l’autre.
Pour dépasser le simple comptage, les chercheurs mentionnent aussi un indicateur composite, un “Microbiome Activity Index”, destiné à intégrer l’intensité et la dynamique du signal d’hydrogène. L’enjeu est clair : une journée peut comporter peu d’émissions, mais des pics très marqués, ou l’inverse. Dans les deux cas, le microbiote ne “se comporte” pas de la même manière.
Fibres, inuline et délai de 3 à 4 heures : la fermentation prise sur le fait
Pour vérifier que l’outil détecte bien une réponse alimentaire, l’équipe a conduit une seconde étude contrôlée auprès de 38 participants. Le protocole, décrit dans l’article, compare un contexte pauvre en fibres à une ingestion de produits plus ou moins fermentescibles.
Une partie des volontaires a consommé des confiseries classiques, rapidement absorbées. L’autre a reçu une gomme enrichie en inuline, une fibre prébiotique connue pour être fermentée par le microbiote. Résultat : trois à quatre heures après l’ingestion d’inuline, l’activité mesurée augmente nettement, avec une hausse détectée chez 36 participants sur 38. Les auteurs annoncent une sensibilité de 94,7 %.
Ce délai n’a rien d’anecdotique. Il correspond au temps nécessaire pour que le contenu alimentaire atteigne le côlon et soit fermenté. Avec des mesures ponctuelles, ce type de dynamique passe facilement sous le radar. Là, le suivi continu donne une chronologie, et donc une chance de relier plus proprement un aliment à un effet.
Ce que ces chiffres changent vraiment (et ce qu’ils ne disent pas)
Voir apparaître une moyenne à 32 peut donner l’impression que “tout le monde pète plus qu’on ne le croit”. La conclusion la plus solide est plutôt la suivante : nous avions une mesure fragile, et elle masquait une grande diversité de profils. Sur le plan scientifique, c’est un vrai gain, car cela ouvre la porte à des études longitudinales plus fines sur l’impact des fibres, des prébiotiques, du rythme de vie ou même des variations quotidiennes.
En revanche, il faut rester prudent sur l’interprétation individuelle. Un chiffre élevé n’est pas automatiquement un signe de problème, surtout si l’on se sent bien et que le transit est normal. Inversement, peu d’émissions ne garantit pas un confort digestif parfait : ballonnements, douleurs, troubles du transit ou intolérances ne se résument pas à un compteur.
L’intérêt potentiel se situe ailleurs. Si un outil de ce type se confirme, il pourrait aider à objectiver des réactions digestives et à mieux documenter les réponses à certains aliments, sans dépendre uniquement du ressenti. La communication de l’Université du Maryland évoque d’ailleurs un effort plus large de collecte de données, avec l’idée de mieux décrire “tout le spectre” des profils.
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Une nouvelle façon de “voir” le microbiote, au-delà des analyses de selles
Quand on parle microbiote, le réflexe médiatique est souvent de se focaliser sur “qui est là” : telle espèce, tel groupe bactérien, telle diversité. Or, la fonction compte autant que la composition. Deux microbiotes différents peuvent produire des effets métaboliques proches, et deux microbiotes “semblables” sur le papier peuvent réagir différemment à une même fibre.
En mesurant l’hydrogène dans le temps, les chercheurs cherchent une lecture fonctionnelle, plus proche de l’activité réelle. C’est aussi ce qui explique l’intérêt des médias anglo-saxons qui ont relayé le sujet, en insistant sur la possibilité de réviser des repères physiologiques réputés acquis. On peut même envisager de nouvelles approches, à l’image de la science qui étudie le fait d’avaler des selles pour soigner certaines pathologies.
Reste une limite évidente : la vie n’est pas un laboratoire. Sommeil, stress, quantité de fibres, hydratation, rythme des repas, activité physique… tout influence le transit et la fermentation. Justement, c’est aussi pour cela que des mesures continues, en conditions réelles, peuvent compléter les approches plus classiques.
Un signal biologique utile
Les flatulences quotidiennes ne sont pas qu’un sujet de gêne ou de plaisanterie. Elles peuvent devenir un signal biologique utile pour mieux comprendre le microbiote, à condition de les mesurer correctement. L’influence de certains aliments sur notre confort intestinal reste un domaine passionnant. Avec un suivi continu de l’hydrogène, l’équipe de l’Université du Maryland propose une nouvelle fenêtre sur la fermentation intestinale, et rappelle une chose simple : la “normalité” digestive est souvent plus large qu’on ne l’imagine.
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