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Vitamine D en complément pour l’hiver : est-ce indispensable?

Publié par Killian Ravon le 23 Jan 2026 à 5:30

Quand les journées raccourcissent, la question revient comme un marronnier : doit-on tous prendre de la vitamine D en hiver ?

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Femme marchant dans un parc parisien en hiver, sous un soleil bas, avec la tour Eiffel en arrière-plan.
En hiver, l’ensoleillement utile à la synthèse de vitamine D diminue : sortir en journée aide, mais ne suffit pas toujours à couvrir les besoins.

Entre la vraie prévention des carences et les promesses “boost immunité”. Parfois trop belles. La réponse mérite un tri rigoureux… études à l’appui.

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En hiver, le soleil est plus bas et l’exposition utile aux UVB diminue, ce qui peut peser sur la synthèse de vitamine D. Crédit : dazhetak.
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L’hiver, un vrai trou d’ensoleillement pour la vitamine D

La vitamine D n’est pas une vitamine “comme les autres”. Une partie importante de nos besoins peut être couverte par la synthèse cutanée. Sous l’effet des UVB, la peau fabrique des précurseurs qui seront ensuite transformés par le foie. Puis les reins en formes actives. Le problème. C’est que cette mécanique dépend fortement de la saison, de la latitude, de la météo, du temps passé dehors… Et de la surface de peau exposée.

En Europe du Nord et de l’Ouest. Les autorités sanitaires rappellent que l’hiver correspond souvent à une période d’UVB trop faibles pour maintenir une production optimale. Surtout quand on sort peu et bien couvert. Au Royaume-Uni, le Scientific Advisory Committee on Nutrition (SACN) a d’ailleurs fondé sa recommandation. Sur un objectif minimal de statut vitaminique “pendant l’hiver. Quand l’ensoleillement utile est réduit”. Et conseille un apport régulier via alimentation/suppléments.

En France, l’Anses rappelle un point clé. L’alimentation seule apporte en moyenne peu de vitamine D. Bien en dessous des références nutritionnelles, ce qui rend mécaniquement l’hiver plus “à risque” si l’exposition solaire baisse.

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Carence, insuffisance : de quoi parle-t-on vraiment ?

Le débat est souvent parasité par les mots. Beaucoup d’études et de bilans de santé parlent “d’insuffisance” (un taux jugé trop bas selon un seuil). Alors que la “carence sévère” (associée à des complications osseuses claires) est moins fréquente dans la population générale.

En France, l’étude nationale ENNS (2006–2007) estimait qu’une très grande partie des adultes avait une insuffisance selon les seuils utilisés. Avec une proportion non négligeable de déficits plus marqués. Santé publique France rapporte ainsi une insuffisance très fréquente. Et l’ENNS a également documenté les facteurs de risque (sédentarité, corpulence, faible exposition, etc.).

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Autrement dit : oui, le “statut vitaminique D bas” est courant. Mais tout taux “bas” n’équivaut pas forcément à une maladie, ni à une urgence de supplémentation maximale. C’est là que les études cliniques deviennent décisives.

La vitamine D passe par plusieurs transformations (foie puis reins) avant d’agir sur l’os et d’autres fonctions biologiques. Crédit : WikiPathways.

À quoi sert la vitamine D : le consensus… et les promesses qui débordent

Sur le plan scientifique, le rôle le plus solide de la vitamine D concerne l’os et le métabolisme du calcium. C’est ce qui explique les recommandations historiques chez l’enfant (rachitisme) et chez les personnes âgées (ostéomalacie, fragilité osseuse). Et la place de la vitamine D dans la prévention de certains troubles musculosquelettiques.

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En revanche, depuis une quinzaine d’années, la vitamine D a été associée à une multitude d’effets possibles. Immunité, infections respiratoires, cancers, maladies cardiovasculaires, humeur… Souvent, ces liens apparaissent d’abord dans des études observationnelles. (Les personnes “en meilleure santé” ont aussi, en moyenne, un meilleur statut vitaminique). Mais quand on passe à l’épreuve la plus robuste – les essais randomisés – la magie retombe parfois.

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Une synthèse très citée sur les grands essais contrôlés rappelle justement que, dans des populations globalement “en bonne santé”, supplémenter ne réduit pas clairement fractures, chutes, cancers ou événements cardiovasculaires dans les analyses principales.

La vitamine D3 (cholécalciférol) est produite à partir d’un précurseur cutané sous l’effet des UVB. Crédit : Yid.
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Fractures et solidité osseuse : la grande nuance des essais

C’est probablement le point le plus contre-intuitif pour le grand public. Prendre de la vitamine D “tout seul” ne suffit pas toujours à faire baisser le risque de fracture. Dans la population générale.

Un essai de référence publié dans le New England Journal of Medicine, portant sur des adultes plutôt en bonne santé, n’a pas montré de baisse significative du risque de fractures avec la vitamine D3 comparée au placebo.

Des analyses et commentaires convergent : la vitamine D seule, chez des personnes non carencées ou vivant à domicile, a un effet limité sur la prévention des fractures. En revanche, l’intérêt devient plus crédible dans des groupes ciblés : personnes âgées institutionnalisées, sujets avec déficit avéré, ou situations où vitamine D et calcium sont associés de façon encadrée.

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Ce point est important, car il invalide une partie du discours simpliste “vitamine D = anti-fracture universel”. La réalité est plus fine : c’est une brique utile, surtout quand le statut initial est bas et/ou chez des personnes fragiles, mais ce n’est pas une assurance tous risques.

Immunité et infections hivernales : effet réel, mais plus faible qu’on l’a cru

L’hiver, la vitamine D revient souvent avec une promesse implicite : “attraper moins de rhumes”. Pendant plusieurs années, une méta-analyse d’essais randomisés a suggéré un effet protecteur modeste contre les infections respiratoires aiguës, avec l’idée que les personnes les plus déficitaires pourraient en tirer davantage de bénéfices. Mais la littérature a continué d’évoluer.

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Un grand essai britannique (CORONAVIT), reposant sur une stratégie “tester et traiter”, n’a pas retrouvé de réduction significative du risque global d’infections respiratoires dans son approche populationnelle.

Plus récemment, une mise à jour publiée dans The Lancet Diabetes & Endocrinology indique que l’effet global apparaît faible, et que l’ajout de nouveaux grands essais réduit la portée des résultats initialement encourageants.

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Conclusion côté “immunité” : la vitamine D n’est pas un placebo, mais l’idée d’un bouclier hivernal pour tout le monde est exagérée. Les bénéfices semblent surtout plausibles chez les personnes très déficitaires, avec des prises régulières plutôt que des mégadoses espacées.

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Sortir en journée reste bénéfique, mais l’hiver ne garantit pas une production suffisante de vitamine D, selon la latitude et les UVB. Crédit : Jpgelis.

Le vrai sujet : qui a le plus à gagner d’une supplémentation ?

Si l’on suit la logique des recommandations et des données, l’intérêt d’un apport supplémentaire en hiver dépend d’abord du profil.

En France, l’Anses fixe une référence nutritionnelle pour la population (RNP) de 15 µg/jour pour l’adulte (soit 600 UI), en précisant que cette référence est définie pour l’apport alimentaire, sans compter l’exposition au soleil. Or les apports alimentaires observés restent faibles en moyenne, ce qui explique pourquoi la question de la couverture des besoins revient régulièrement.

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Côté pratique clinique, des sociétés savantes comme le GRIO (Groupe de Recherche et d’Information sur les Ostéoporoses) considèrent la supplémentation pertinente chez des personnes à risque d’hypovitaminose D, notamment les plus de 65 ans, les personnes très peu exposées, celles à peau foncée, en surpoids/obésité, ou avec certaines maladies chroniques.

À l’échelle internationale, la recommandation “universelle” varie selon les pays. Le SACN, par exemple, recommande 10 µg/j (400 UI) à partir de 4 ans, en considérant que l’apport via la seule alimentation est difficile à atteindre.

Les poissons gras figurent parmi les rares aliments naturellement riches en vitamine D, mais l’apport moyen alimentaire reste faible en France. Crédit : Hans-Petter Fjeld.
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Doses : entre bon sens, limites de sécurité et piège des mégadoses

Sur internet, les chiffres circulent vite : 1 000 UI, 2 000 UI, 4 000 UI… D’abord, rappel utile : 1 µg = 40 UI. Ensuite, les autorités définissent des limites de sécurité. L’EFSA situe l’apport maximal tolérable (UL) à 100 µg/jour chez l’adulte, soit 4 000 UI/jour.

Mais “en dessous du maximum” ne veut pas dire “mieux”. Plusieurs travaux alertent sur un point précis : les fortes doses intermittentes (mensuelles très élevées, ou bolus annuels) peuvent augmenter le risque de chutes et parfois de fractures chez certaines personnes âgées. Des synthèses récentes en rhumatologie et gériatrie insistent sur la prudence vis-à-vis des schémas à fortes doses espacées, et privilégient des apports plus réguliers quand une supplémentation est indiquée.

Vitamine D + K2 : synergie réelle ou argument de packaging ?

De plus en plus de compléments associent vitamine D3 et vitamine K2, avec un discours sur une meilleure “orientation” du calcium vers l’os. Sur le plan biologique, la vitamine K intervient dans l’activation de protéines liées à la calcification, et la cohérence mécanistique existe. Mais, en pratique, les preuves cliniques solides et universelles d’un bénéfice “automatique” de la K2 ajoutée restent moins consensuelles que pour la vitamine D sur l’os.

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Surtout, il y a une précaution majeure : la vitamine K peut interagir avec certains traitements anticoagulants (anti-vitamine K). Dans ces cas, toute supplémentation combinée doit être discutée avec un médecin ou un pharmacien, car le “complément” peut devenir un facteur de déséquilibre thérapeutique.

Alors, indispensable cet hiver ? La réponse qui résiste aux études

Pour une partie de la population, oui : la supplémentation hivernale est pertinente, parfois même recommandée, parce que le risque d’hypovitaminose est élevé et que les bénéfices osseux sont les plus documentés chez les personnes fragiles ou déficitaires. Chez les personnes âgées, peu exposées, ou avec facteurs de risque, c’est souvent un geste de prévention raisonnable, surtout à doses modérées et régulières.

Pour le reste de la population en bonne santé, la vitamine D n’est pas “inutile”, mais elle n’est pas non plus une obligation systématique, et encore moins un produit miracle anti-infections. Les grands essais montrent surtout que supplémenter “large” ne transforme pas la santé publique à lui seul, et que l’effet dépend beaucoup du statut initial.

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Faire moins de promesses, mieux cibler

La vitamine D est devenue un symbole de l’hiver : un comprimé pour compenser le manque de soleil. Le risque, c’est de remplacer une vraie stratégie de sécurité (sortir, bouger, surveiller les personnes fragiles, éviter les mégadoses) par une consommation automatique de gélules.

La bonne approche, aujourd’hui, c’est celle que dessinent les études : cibler les personnes qui ont le plus à gagner, privilégier des doses régulières, rester dans les repères de sécurité, et ne pas confondre prévention des carences et promesse “boost” universelle. La vitamine D n’est ni une arnaque, ni une baguette magique : c’est un outil, utile quand il est bien utilisé.

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