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Jusqu’à −30 °C en hiver : les projections scientifiques sur l’avenir du climat en Europe

Publié par Killian Ravon le 02 Fév 2026 à 18:30

Et si la fin du siècle ne ressemblait pas à un long réchauffement continu. Mais à un climat européen “déréglé”, capable de passer du four au congélateur.

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Hiver extrême en Europe : une ville enneigée au crépuscule, symbole des scénarios de froid brutal liés à un affaiblissement de l’AMOC d’ici 2100.
AMOC : scène photoréaliste d’un hiver glacial en Europe, rivière partiellement gelée, rues enneigées et lumières de ville au crépuscule.

C’est l’hypothèse qui inquiète des climatologues, relayée par Le Parisien : l’affaiblissement d’un courant marin majeur, l’AMOC, pourrait favoriser des hivers ponctuellement extrêmes en Europe. Avec, dans les scénarios les plus frappants, des pointes de froid qui feraient frissonner même les habitués de l’Est.

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Carte simplifiée du “tapis roulant” océanique, dont l’AMOC est un maillon clé. Crédit : Ori~.
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Pourquoi l’Europe est plus douce qu’elle ne devrait l’être

Sur une carte du globe, l’Europe se trouve pourtant à la même latitude que des régions bien plus froides. La différence ne vient pas d’un “miracle”. Elle vient en partie de l’océan. L’AMOC, c’est un immense système de circulation dans l’Atlantique. Il transporte de la chaleur vers le nord, puis renvoie des eaux plus froides vers le sud, en profondeur. Ce mécanisme redistribue l’énergie, influence les pluies, et pèse sur les températures régionales, surtout en hiver.

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La planète terre. Photo by AlexAntropov86

AMOC, Gulf Stream : la confusion la plus fréquente

On parle souvent du “Gulf Stream” comme s’il allait “s’éteindre”. En réalité, le Gulf Stream est une partie d’un système plus large. L’AMOC inclut aussi le retour en profondeur, lié à la densité de l’eau (température + salinité). C’est là que tout se joue. Car si l’eau de surface devient moins salée, donc moins dense, elle plonge moins bien. Et si elle plonge moins, la “machine” ralentit.

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Illustration d’une reconstruction évoquant une AMOC historiquement faible. Crédit : Copernicus Climate Change Service / Ramón y Cajal et al.

Ce que les scientifiques observent déjà dans l’Atlantique Nord

Premier point solide : le GIEC ne dit pas “peut-être”. Il estime qu’un affaiblissement de l’AMOC au XXIe siècle est très probable, même si la taille exacte du ralentissement reste difficile à quantifier. Deuxième point : les observations directes et indirectes alimentent le débat. Certaines reconstructions concluent à un affaiblissement sur plusieurs décennies. Et des travaux ont aussi cherché des “signaux précoces” d’une perte de stabilité. Mais la prudence domine, car l’océan est complexe. Les séries de mesures sont récentes à l’échelle du climat. Et les modèles n’attrapent pas encore tout, notamment à petite échelle.

Paysage près du glacier Russell, symbole des apports d’eau douce liés à la fonte. Crédit : Christoph Strässler.
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Le rôle explosif de l’eau douce venue du Groenland

Le déclencheur le plus cité, c’est l’apport d’eau douce. La fonte du Groenland ajoute de l’eau moins salée dans l’Atlantique Nord. Cela peut renforcer la stratification, donc freiner la formation d’eaux profondes. Ce point revient souvent dans les synthèses scientifiques. Et c’est un mécanisme cohérent avec la physique du système. Dit autrement : plus on chauffe la planète, plus on augmente le risque de “dérégler” l’océan… Même si, globalement, la Terre continue de se réchauffer.

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Le scénario qui fait trembler : un refroidissement régional au milieu du réchauffement

C’est ici que le sujet devient contre-intuitif. Car le réchauffement n’empêche pas des poches de refroidissement. Il peut même en être la cause indirecte. Des simulations récentes ont testé un monde où l’AMOC bascule vers un état très affaibli, tout en gardant un réchauffement global. Résultat : les hivers en Europe du Nord-Ouest deviennent beaucoup plus rudes dans certains scénarios, au point d’écraser localement l’effet du réchauffement en hiver. Dans ces résultats, on voit apparaître des extrêmes impressionnants.

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À Londres, un “hiver sur dix” pourrait connaître des pointes proches de -20 °C dans le scénario étudié. À Oslo, les extrêmes descendraient vers -48 °C. Et Paris ? Des travaux relayés par Le Monde évoquent un refroidissement hivernal moyen pouvant atteindre environ 4 °C dans un scénario d’effondrement, avec une Europe qui “refroidit dans un monde qui chauffe”.

Strasbourg enneigée : une image qui rappelle l’impact des vagues de froid sur les villes. Crédit : Kevin.B.

Alors, les -30 °C en Alsace ?

Il faut être précis, sinon on fabrique de la peur. Les valeurs comme -20 °C à Paris ou -30 °C dans l’Est circulent surtout dans des articles de vulgarisation et des scénarios “extrêmes” popularisés, par exemple, par des reprises médiatiques. Scientifiquement, l’idée derrière ces hivers n’est pas “un nouvel âge glaciaire permanent”. C’est plutôt ceci : un climat plus instable, où des vagues de froid brèves mais brutales deviennent possibles, même si la tendance de fond reste au réchauffement mondial.

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Pourquoi un monde plus chaud peut produire du froid brutal

Si l’AMOC s’affaiblit fortement, l’Atlantique Nord reçoit moins de chaleur. Les mers se refroidissent localement. La banquise hivernale peut s’étendre davantage vers l’Europe du Nord dans certaines simulations. Et ce n’est pas qu’une histoire de thermomètre. Quand le contraste nord-sud augmente, l’atmosphère peut devenir plus “nerveuse”. Le Vortex polaire, les tempêtes hivernales, la variabilité jour par jour, et les bascules rapides de masse d’air peuvent s’accentuer. C’est là que le risque sociétal grossit. Parce qu’une société adaptée à un monde qui chauffe en 2026 peut encaisser très mal un retour d’extrêmes rares.

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Le vrai danger pour l’Europe : l’AMOC comme amplificateur de chaos

On réduit souvent ce sujet à une question simple : “On va geler ou pas ?” En réalité, l’enjeu est plus large. Un AMOC affaibli influence aussi les pluies, les trajectoires de tempêtes, et la répartition de la chaleur océanique. Il peut modifier d’autres phénomènes climatiques loin de l’Europe. Et il pèse sur la capacité de l’océan à stocker chaleur et carbone, donc sur le rythme du changement climatique. Pour l’Europe, le pire scénario est un cocktail : des étés plus chauds et plus longs, et, au milieu, des hivers capables de surprendre, avec des pics de froid qui cassent les infrastructures.

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Effondrement avant 2100 : la science n’a pas tranché

C’est le point que beaucoup oublient. Le GIEC indique que l’affaiblissement est très probable, mais il juge un effondrement abrupt avant 2100 comme peu probable, tout en rappelant de fortes incertitudes. Même si Février peut parfois nous donner un avant-goût de cette variabilité, l’arrêt total au XXIe siècle reste difficile à obtenir dans les modèles actuels. Le ralentissement est un signal robuste, mais le timing d’un basculement reste l’objet d’une bataille scientifique.

Le réchauffement et les extrêmes

Oui, l’idée d’hivers très froids en Europe peut sembler absurde, à l’ère du réchauffement. Mais l’océan peut créer des surprises, surtout si l’AMOC se dérègle. Le scénario le plus crédible n’est pas une “glaciation” continue. C’est un climat plus instable.

Plus contrasté. Avec des extrêmes qui frappent là où on ne les attend plus. Et c’est précisément ce qui doit guider le débat : moins de slogans, plus de science. Parce que l’Europe, elle, n’a pas besoin d’un mythe. Elle a besoin de se préparer à l’imprévisible.

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