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Distributeur de billets : il y a une nouvelle règle obligatoire dans toutes les banques

Publié par Killian Ravon le 19 Jan 2026 à 9:03

Depuis l’été 2025, une obligation s’impose aux banques : les distributeurs de billets doivent devenir nettement plus accessibles, notamment pour les personnes en situation de handicap.

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Une cliente utilise un distributeur automatique moderne avec « mode accessibilité » et un casque branché pour les instructions vocales.
Un DAB de nouvelle génération active des options d’accessibilité (mode adapté, meilleure lisibilité, sortie casque).

Problème : cette avancée arrive au moment où le réseau de DAB se transforme à marche forcée, entre fermetures d’agences, mutualisation et nouveaux automates « tout-en-un ».

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Utilisation d’un DAB « drive-through », illustration d’un parcours au distributeur. Crédit : AndreasPraefcke.
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Une date clé : le 28 juin 2025, bascule officielle pour les automates

Le 28 juin 2025 n’est pas une date choisie au hasard. C’est celle de l’entrée en application, dans l’Union européenne, de la directive 2019/882, plus connue sous le nom d’European Accessibility Act (EAA). Le texte vise à harmoniser des exigences minimales d’accessibilité pour une série de produits et services du quotidien. Parmi eux figurent explicitement les terminaux en libre-service, dont les guichets automatiques bancaires et distributeurs de billets.

Concrètement, la directive ne se limite pas au numérique « pur ». Elle inclut aussi le matériel et les logiciels des automates. Son objectif est simple : permettre à davantage de personnes d’utiliser un service sans assistance, y compris si elles sont malvoyantes, aveugles, sourdes, malentendantes, ou si elles rencontrent des difficultés cognitives. La directive s’impose donc comme une norme européenne.

La conséquence est directe pour les banques : les nouveaux DAB mis sur le marché doivent respecter ces règles, et les services concernés doivent être conformes à partir de cette date.

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Casque audio, clin d’œil à l’obligation de permettre l’usage d’un casque avec les informations vocales. Crédit : PJ.

Ce que les clients vont vraiment voir : vocalisation, casque, contraste, guidage

La directive fixe des principes, mais elle donne aussi des exemples très concrets. Elle évoque les instructions vocales sur les terminaux, tout en rappelant qu’il faut aussi proposer des alternatives visuelles (texte, images) pour que les personnes sourdes puissent suivre l’opération.

Autre point majeur, souvent passé sous le radar : le texte prévoit explicitement la possibilité d’utiliser un casque lorsque des informations vocales sont communiquées par un guichet automatique bancaire. L’enjeu est double. D’abord, la compréhension, pour les personnes qui s’appuient sur la synthèse vocale. Ensuite, la confidentialité, car personne n’a envie d’entendre un automate annoncer un solde ou une action à voix haute devant une file d’attente.

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Dans la pratique, ces obligations se traduisent par des écrans plus lisibles, des réglages d’affichage (contraste, taille des caractères), et des parcours plus guidés. La Commission européenne cite d’ailleurs, parmi les exemples attendus, des tailles de police adaptées et des fonctions de type « text-to-speech » sur les terminaux de paiement et autres appareils en libre-service.

Ce n’est pas un détail technique. C’est une bascule d’usage. Pendant des années, beaucoup de DAB étaient utilisables, mais pas vraiment « utilisables par tous ». Les personnes malvoyantes devaient parfois demander de l’aide, ou renoncer. Les personnes sourdes pouvaient se retrouver face à un parcours pensé pour l’audio. Désormais, l’idée est que l’automate s’adapte à l’utilisateur, et non l’inverse.

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Pourquoi les banques ne vont pas changer tous les DAB du jour au lendemain

L’annonce d’une « règle obligatoire » peut donner l’impression d’un grand soir. En réalité, la directive prévoit des transitions, justement parce que les automates coûtent cher et restent longtemps en service. Le texte autorise une période transitoire jusqu’au 28 juin 2030 pour que les prestataires puissent continuer à fournir leurs services en utilisant des produits déjà utilisés légalement avant cette date.

Surtout, il existe une disposition spécifique pour les terminaux en libre-service : les automates installés avant le 28 juin 2025 peuvent continuer à être utilisés jusqu’à la fin de leur durée de vie économique, avec un plafond maximal de vingt ans après leur mise en service. Dit autrement, un DAB ancien ne sera pas forcément « illégal » demain matin. En revanche, tout remplacement devient un moment de mise en conformité.

Cette nuance compte, car elle explique pourquoi certains clients verront des nouveautés très vite, tandis que d’autres continueront à utiliser des machines plus anciennes pendant plusieurs années. Elle explique aussi pourquoi les banques parlent souvent de conformité « au fil des renouvellements ».

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Billets en euros, alors que l’espèce représente encore une part importante des paiements en France. Crédit : Lionel Allorge.

Le paradoxe français : l’argent liquide recule, mais reste central

Cette transformation arrive dans un contexte français particulier. D’un côté, les paiements par carte et mobile progressent. De l’autre, l’espèce reste un réflexe massif.

Selon une publication de la Banque de France, la part des espèces dans les paiements aux points de vente en France a reculé sur la période 2016-2024, mais elle atteint encore 43 % du nombre total de paiements en 2024. C’est énorme, même si cela signifie aussi que le liquide n’est plus majoritaire comme il l’a été.

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Ce chiffre aide à comprendre pourquoi les DAB restent un sujet inflammable. Dès qu’un distributeur disparaît d’un quartier ou d’un village, ce sont des habitudes entières qui se grippent. Certains commerçants n’acceptent pas la carte en dessous d’un montant. Certaines personnes gèrent leur budget au quotidien en retirant une enveloppe. Et, dans les zones rurales, la disparition d’un automate peut vouloir dire « trente minutes de voiture » pour accéder à du cash. D’autres solutions existent parfois, comme le retrait en magasin.

L’accessibilité, ici, ne concerne donc pas seulement le handicap. Elle devient un sujet d’égalité territoriale. Quand les réseaux se réorganisent, le risque est simple : les plus fragiles cumulent les obstacles, qu’ils soient physiques, numériques ou géographiques.

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Kiosques de DAB en extérieur, symbole d’un réseau qui se redéploie hors des agences. Crédit : Grandmaster Huon.
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Cash Services : la modernisation accélérée qui rebat les cartes

Au même moment, les grandes banques réorganisent leur parc de distributeurs. Le projet le plus emblématique s’appelle Cash Services. Il réunit BNP Paribas, Crédit Mutuel (Alliance Fédérale), CIC et Société Générale autour d’un réseau commun d’automates, en agence et hors agence.

Les banques annoncent un déploiement d’environ 7 000 sites à l’horizon 2026. L’idée n’est pas uniquement de distribuer des billets. Les automates doivent proposer une offre de libre-service plus large, avec retraits, dépôts de billets, dépôts de monnaie, dépôts de chèques, et parfois l’accès au solde ou à l’historique, selon les communications des groupes bancaires.

Sur le papier, c’est une promesse de proximité : un réseau plus dense, une signalétique commune, et, surtout, une logique « sans surcoût » pour les clients des enseignes partenaires. Mais ce chantier répond aussi à une réalité économique : maintenir plusieurs DAB de banques différentes dans la même zone devient difficile à justifier, alors que les retraits baissent. TF1info rappelait déjà, lors des premiers déploiements, que la mutualisation vise aussi à rationaliser un réseau historique, avec moins de sites qu’auparavant.

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Dans ce contexte, la directive sur l’accessibilité agit comme un accélérateur. Puisque les automates de nouvelle génération doivent, de toute façon, être installés, autant les concevoir directement « compatibles EAA ». Le calendrier européen et le calendrier industriel se rejoignent.

Ce que ça change pour vous, concrètement, au distributeur

Pour la majorité des clients, le changement sera progressif. Il se verra surtout dans trois situations. D’abord, lors de l’installation de nouveaux automates dans le cadre de projets comme Cash Services, avec des interfaces modernisées et des services élargis. Ensuite, lors du remplacement d’un DAB vieillissant, quand la banque n’a plus le choix que de renouveler le matériel. Enfin, dans les lieux où l’accessibilité était clairement insuffisante : écrans peu lisibles en plein soleil, parcours trop rapides, absence d’audio ou de guidage adapté.

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Le cœur de la nouveauté, c’est l’idée de choix. Choix du canal d’information, visuel et sonore. Choix d’un casque pour entendre sans être exposé. Choix d’un affichage plus contrasté ou de caractères plus grands. Ces options peuvent paraître banales. Pourtant, pour une personne malvoyante, elles font la différence entre autonomie et dépendance.

Reste un point de vigilance : l’accessibilité ne doit pas devenir un « mode caché » réservé à ceux qui savent. Si l’option existe, elle doit être trouvable, simple, et cohérente. C’est aussi l’esprit du texte européen, qui insiste sur une conception inclusive, et pas sur des rustines.

Digital StillCamera
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Une avancée sociale… dans une bataille pour l’accès au cash

La nouvelle règle européenne sur l’accessibilité des distributeurs est une avancée nette. Elle met fin à une forme d’injustice silencieuse : celle d’un service bancaire essentiel, parfois inaccessible à ceux qui en ont le plus besoin.

Cependant, cette avancée se produit au moment où le réseau de DAB se contracte et se réinvente. La France reste un pays où l’on paie encore beaucoup en liquide, et où l’argent comptant garde une utilité sociale. La question n’est donc pas seulement « comment rendre les automates accessibles ». C’est aussi « où les laisser, et pour qui ». Car un DAB parfait, mais à vingt kilomètres, ne résout rien. La disparition progressive des agences rend ce sujet encore plus crucial.