« C’est avec le cœur lourd » : Minelli ferme définitivement ses portes après 50 ans
Encore une enseigne qui disparaît du paysage commercial français. Minelli, le chausseur fondé en 1973, vient d’annoncer sur Instagram sa fermeture définitive. Les boutiques baisseront le rideau le 30 mai prochain, après plus d’un demi-siècle d’existence. Pour les clients fidèles, c’est un coup dur. Pour le secteur du commerce, c’est un signal de plus.

Un message d’adieu publié sur les réseaux
C’est par une publication Instagram que la marque a choisi de dire au revoir. Pas de conférence de presse, pas de communiqué corporate classique. Juste quelques lignes, sobres et directes : « C’est avec le cœur lourd que nous vous annonçons que Minelli ferme ses portes définitivement. » Le ton est posé, presque résigné.
Sur le site officiel de l’enseigne, un texte complète l’annonce. On y lit que « cette période marque la fin d’une aventure profondément humaine, portée par des équipes passionnées qui ont fait vivre la marque avec engagement et sincérité pendant plus d’un demi-siècle ». Derrière ces mots, ce sont des dizaines de salariés qui voient leur emploi disparaître. Un scénario devenu tristement familier dans la longue liste des enseignes qui ferment ces derniers mois en France.
La marque remercie aussi ses clients pour « leur confiance et leur fidélité ». Une formule classique, mais qui prend un poids particulier quand on sait que Minelli habillait les pieds des Français depuis 1973. Trois générations de clientes ont poussé la porte de ces boutiques. Et pourtant, cela n’a pas suffi.
Deux redressements judiciaires en deux ans et demi
La fermeture de Minelli ne tombe pas du ciel. L’enseigne avait été placée en redressement judiciaire en mars dernier, soit à peine deux ans et demi après une première procédure identique. Cette première alerte avait débouché sur une reprise de la marque, censée lui offrir un nouveau souffle. Visiblement, l’oxygène n’a pas duré longtemps.
Le schéma est malheureusement rodé : un premier redressement, un repreneur qui tente sa chance, puis un second coup d’arrêt fatal. C’est exactement ce qui s’est passé avec Alinéa et ses 1 200 salariés licenciés, ou encore avec IKKS qui vacille depuis des mois. Le commerce physique français encaisse les coups, et chaque fermeture fragilise un peu plus les centres-villes.
Car Minelli, ce n’était pas qu’un site web. C’étaient des boutiques en dur, dans des rues commerçantes, avec des vendeuses qui connaissaient leurs clientes par leur prénom. Ce modèle-là, face à la concurrence du e-commerce et à la hausse des loyers, ne tient plus. Les centres-villes qui se vident en sont la preuve la plus visible.
-60% sur tout le magasin : les derniers jours pour en profiter
Pour ceux qui veulent s’offrir une dernière paire de Minelli, il reste quelques jours. Les boutiques physiques resteront ouvertes jusqu’au 30 mai, avec une remise exceptionnelle de 60% sur l’ensemble des collections. En revanche, inutile de tenter votre chance en ligne : les commandes sur le site web sont d’ores et déjà suspendues.
Ce type de déstockage massif rappelle les scènes vues lors de la fermeture de certains magasins Boulanger ou lors des liquidations de marques de mode françaises emblématiques. Les clients se ruent pour profiter des prix cassés, dans une ambiance mi-fête mi-enterrement. On fait une bonne affaire, mais on sait que derrière chaque portant soldé, il y a un salarié qui ne reviendra pas lundi.
Si vous hésitez, sachez que les stocks fondent vite dans ces situations. Les tailles les plus courantes partent en premier, et une fois le rideau baissé, c’est terminé pour de bon. Pas de « dernière chance en ligne », pas de pop-up store surprise.
Le prêt-à-porter et la chaussure française en chute libre
Minelli rejoint une liste qui ne cesse de s’allonger. Camaïeu, Kookaï, San Marina, André… Ces dernières années, le secteur de la mode et de la chaussure a perdu des dizaines d’enseignes historiques. Après Naf Naf et Camaïeu, d’autres marques historiques baissent le rideau les unes après les autres, dans une hémorragie commerciale qui semble impossible à stopper.
Le cas Minelli est particulièrement symbolique. Fondée en 1973, la marque avait traversé les décennies en s’adaptant : du cuir classique aux collections plus tendance, des centres-villes aux centres commerciaux. Mais le double choc du Covid et de l’inflation a eu raison de cette résilience. Les habitudes d’achat ont changé. Aujourd’hui, une paire de chaussures se commande depuis son canapé, en trois clics, souvent moins cher.
Pour les enseignes encore debout, la menace reste permanente. Même les grands magasins comme Printemps ne sont pas épargnés. Leroy Merlin ferme des magasins à Paris, Bershka questionne son avenir en France, et d’autres enseignes sont discrètement en redressement.
Ce que Minelli laisse derrière elle
Au-delà des chiffres et des procédures judiciaires, Minelli, c’était d’abord une histoire humaine. L’enseigne le dit elle-même dans son message d’adieu : des « équipes passionnées » qui ont porté la marque pendant 52 ans. Des directrices de boutique qui ont vu défiler les modes. Des vendeuses qui conseillaient des chaussures de mariage, des premiers entretiens d’embauche, des rentrées scolaires.
C’est aussi un savoir-faire qui disparaît. Minelli proposait un rapport qualité-prix qui se situait entre le fast fashion et le luxe accessible. Ce segment intermédiaire, celui de la marque française « pas trop chère mais bien faite », est le plus menacé. Trop cher face à Zara et Shein, pas assez premium pour justifier un prix élevé. Un étau dont personne ne semble pouvoir sortir.
Si vous avez grandi avec Minelli, si vous avez acheté vos premières escarpins ou vos derbies préférées dans une de leurs boutiques, vous avez jusqu’au 30 mai pour un dernier passage. Après cette date, il ne restera que le souvenir. Et un de plus sur la longue liste des enseignes françaises qui n’ont pas survécu à la mutation du commerce.