Mbappé révèle pourquoi il a voulu quitter les Bleus après l’Euro 2021
Été 2021. La France, grande favorite de l’Euro, s’effondre en huitièmes de finale face à la Suisse. Kylian Mbappé rate son tir au but. Ce qui suit est bien plus violent qu’une élimination sportive. Invité du podcast The Bridge animé par Aurélien Tchouaméni, l’attaquant du Real Madrid revient sur l’épisode le plus sombre de sa carrière internationale. Et ce qu’il raconte glace le sang.
« On m’a insulté de singe » : le choc après l’élimination
L’Euro 2020 (décalé à 2021) devait être celui de la consécration pour Mbappé. Les Bleus étaient donnés favoris par tous les observateurs. Mais face à la Suisse, le scénario a viré au cauchemar. Après avoir mené 3-1, la France s’est fait remonter puis éliminer aux tirs au but. Mbappé, dernier tireur, a vu sa tentative repoussée par le gardien Yann Sommer.

Ce qui s’est passé ensuite sur les réseaux sociaux dépasse largement le cadre du football. « J’ai commencé à être insulté de singe », confie le joueur dans le podcast de son coéquipier au Real Madrid. Des torrents de haine raciste se sont déversés sur lui. À 22 ans, celui qui était encore considéré comme un héros national a basculé dans un abîme.
« Je me suis dit : moi, la sélection, c’est tout en haut, et je mets tout en haut des gens qui te mettent tout en bas si tu ne marques pas », explique-t-il. Cette prise de conscience a radicalement transformé son rapport aux Bleus. En une soirée, le rêve tricolore s’est fissuré.
« Les premiers jours, j’étais un mort vivant »
Mbappé ne mâche pas ses mots pour décrire l’état dans lequel il se trouvait après cet Euro. « Ça a été très brutal pour moi. Je suis parti en vacances et les premiers jours j’étais un mort vivant. J’étais tombé de haut. » L’attaquant, habitué aux sommets depuis son titre de champion du monde 2018, découvre la face la plus sombre de la célébrité.
Le contraste est vertigineux. « Quand je suis arrivé en sélection, j’ai gagné tout de suite la Coupe du monde, j’étais un héros national. Je me suis dit : ah la France c’est bien ! Et tu prends ça dans la tronche. C’était dur. » En trois ans à peine, Mbappé est passé de l’ivresse de Moscou en 2018 à la détresse la plus totale.
Ce témoignage rappelle à quel point la question du racisme dans le sport reste brûlante. Des épisodes similaires ont touché d’autres joueurs, comme lorsque le footballeur Raphinha a dénoncé du racisme ou quand les chants racistes des joueurs argentins avaient provoqué un scandale international. Mbappé, lui, a encaissé le coup en silence pendant des mois.
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Le rendez-vous avec Le Graët : « Je ne rejoue plus »
Au fond du trou, Kylian Mbappé a pris une décision radicale. Il a demandé un rendez-vous avec Noël Le Graët, alors président de la Fédération française de football. Son message était clair et sans détour : il ne voulait plus porter le maillot bleu.
« J’ai dit que je ne voulais plus revenir. Je lui ai dit : je ne rejoue plus », raconte l’attaquant. Son raisonnement était implacable. « Je me suis dit : je joue pour des gens qui pensent que je suis un singe si je ne marque pas. Je ne peux pas jouer pour des gens comme ça. » Une phrase qui résonne avec une force terrible.
Face à la détermination du joueur, Le Graët n’a pas cédé. « Tu crois que tu vas sortir du bureau comme ça et que je vais te dire oui ? Il m’a dit d’oublier », se souvient Mbappé. L’ancien patron du foot français a refusé catégoriquement de laisser partir sa plus grande star. Un bras de fer qui montre aussi l’enjeu sportif derrière le rôle de Mbappé chez les Bleus.
Le Graët accusé de minimiser le racisme
Le plus douloureux dans cette histoire n’est peut-être pas le refus de Le Graët. C’est sa réaction face au problème de fond. En 2022, Mbappé avait déjà fait une mise au point publique sur les réseaux sociaux pour clarifier les choses.
« Je lui ai surtout bien expliqué que c’était par rapport au racisme et non au penalty. Mais lui considérait qu’il n’y avait pas eu de racisme… », avait alors écrit le joueur. Une phrase qui en dit long sur le fossé entre la réalité vécue par les joueurs et la perception des dirigeants. Mbappé hurlait sa douleur, l’institution détournait le regard.
Cette révélation éclaire d’un jour nouveau les absences répétées de Mbappé en sélection ces dernières années. Les tensions entre le joueur et l’équipe de France ne datent pas d’hier. Elles trouvent leur source dans cet été 2021 où tout a basculé. Didier Deschamps lui-même avait évoqué un état psychologique fragile chez son attaquant vedette.
De « mort vivant » à capitaine des Bleus
Malgré tout, Mbappé est revenu. Il a disputé la Coupe du monde 2022 au Qatar, inscrivant un triplé historique en finale contre l’Argentine. Il est même devenu capitaine de l’équipe de France, symbole d’une résilience hors du commun.
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Mais le joueur n’a manifestement pas oublié. Quatre ans après les faits, la blessure reste vive. Sa franchise dans le podcast de Tchouaméni montre qu’il a choisi de ne plus garder ça pour lui. Le fait que son absence n’affecte pas le vestiaire selon certains coéquipiers suggère aussi que les rapports ont évolué.

D’autres sportifs français ont connu des parcours similaires. Nicolas Anelka a lui aussi évoqué son rapport compliqué à la France, tout comme Surya Bonaly, installée aux États-Unis, qui a réglé ses comptes avec le système sportif hexagonal. Mbappé, lui, a choisi de rester. Mais il n’a rien oublié.
Un témoignage qui pose la question du racisme dans le foot français
Ce témoignage dépasse le simple cadre de la carrière de Mbappé. Il interroge la capacité des institutions sportives françaises à protéger leurs joueurs face au racisme. Quand Lilian Thuram parlait de négrophobie, beaucoup minimisaient. Quand des supporters préparaient des bananes pour les lancer sur Mbappé en Espagne, on parlait de cas isolés.
Pourtant, le meilleur joueur français de sa génération a failli tout plaquer à cause de ça. Pas à cause d’un contrat, pas à cause d’une blessure, pas à cause d’un conflit avec un entraîneur. À cause d’insultes racistes. Le message est limpide : le talent ne protège de rien.
Reste une question ouverte. Si un joueur aussi puissant et médiatisé que Mbappé s’est retrouvé aussi démuni face au racisme, que vivent les joueurs moins connus, moins protégés, moins entourés ? La réponse, on la devine. Et elle n’a rien de rassurant.