« Inacceptable » : Giorgia Meloni se retourne contre Trump après son attaque contre le pape Léon XIV
Elle était pourtant l’une de ses plus proches alliées en Europe. Lundi, Giorgia Meloni a publiquement condamné les propos de Donald Trump à l’encontre du pape Léon XIV, les qualifiant d’« inacceptables ». Une rupture de ton spectaculaire entre Rome et Washington, sur fond de guerre au Moyen-Orient et de tensions diplomatiques croissantes.

Un mot qu’on n’attendait pas de Meloni
Le terme a surpris jusque dans les rangs de sa propre coalition. Dans un communiqué publié lundi, la première ministre italienne a utilisé le mot « inacceptables » pour qualifier les attaques de Donald Trump contre le souverain pontife. Un vocabulaire inhabituellement dur de la part d’une dirigeante qui avait jusqu’ici soigneusement cultivé sa relation avec le président américain.
« Le pape est le chef de l’Église catholique, et il est juste et normal qu’il invoque la paix et qu’il condamne toute forme de guerre », a ajouté Meloni dans son communiqué. Derrière la formule diplomatique, le message est limpide : sur ce terrain-là, Rome ne suivra pas Washington.
Pour comprendre la portée de cette prise de position, il faut rappeler que Meloni avait traversé des turbulences internes ces derniers mois sans jamais lâcher un mot contre Trump. Qu’est-ce qui a changé cette fois-ci pour qu’elle franchisse cette ligne ?
La mèche allumée par Trump sur le Moyen-Orient
Tout est parti d’un échange de plus en plus virulent entre la Maison-Blanche et le Vatican. Trump s’en était pris violemment au pape Léon XIV après que celui-ci eut critiqué la conduite de la guerre au Moyen-Orient. Le président américain avait notamment jugé le nouveau pape « catastrophique en matière de politique étrangère ».
La publication du milliardaire est intervenue après plusieurs échanges tendus entre les deux hommes sur fond de conflit en Iran. Le pape avait appelé à un cessez-le-feu immédiat et dénoncé les frappes qui touchent des populations civiles. Trump y a vu une ingérence directe dans la politique étrangère américaine.
Cette escalade verbale entre Washington et le Saint-Siège n’est pas un simple accrochage médiatique. Elle s’inscrit dans un contexte où la guerre au Moyen-Orient redessine les alliances diplomatiques mondiales. Et l’Italie, pays hôte du Vatican, se retrouve prise en étau entre son allié américain et son rôle historique de protecteur du siège pontifical.
Pourquoi l’Italie ne pouvait pas rester silencieuse
Attaquer le pape quand on est président des États-Unis, c’est une chose. Le faire quand le Vatican se trouve physiquement sur le sol italien, c’en est une autre. Pour Giorgia Meloni, laisser passer les propos de Trump sans réagir revenait à accepter qu’un chef d’État étranger insulte une institution ancrée au cœur même de la souveraineté italienne.

L’Italie entretient avec le Saint-Siège une relation unique au monde, régie par les accords du Latran depuis 1929. Le pape n’est pas seulement un leader spirituel pour les Italiens : il est un chef d’État dont la résidence se trouve à Rome. Toute attaque contre lui résonne comme une attaque contre l’Italie elle-même, surtout dans un pays où plus de 70 % de la population se déclare catholique.
Le nouveau pape Léon XIV, élu après le décès de François, n’a pas encore six mois de pontificat. Mais il a déjà imposé un ton plus ferme que son prédécesseur sur les questions géopolitiques. Sa condamnation de la guerre en Iran a été l’une de ses premières prises de position majeures sur la scène internationale.
Reste que la réaction de Meloni va bien au-delà de la défense du Vatican. Elle marque peut-être un tournant plus profond dans la relation entre l’Europe populiste et Donald Trump.
L’alliance Meloni-Trump peut-elle survivre à cette fracture ?
Depuis son arrivée au pouvoir, Giorgia Meloni avait construit une relation privilégiée avec Donald Trump. Les deux dirigeants partageaient une vision commune sur l’immigration, la souveraineté nationale et la méfiance envers les institutions multilatérales. Meloni était même devenue l’interlocutrice européenne préférée de la Maison-Blanche, au détriment de Paris et Berlin.
À lire aussi
Mais la guerre au Moyen-Orient redistribue les cartes. Trump semble déterminé à prendre des mesures punitives contre d’anciens partenaires historiques, comme s’il les tenait pour responsables des difficultés des opérations contre l’Iran. Cette posture agressive fragilise même ses alliés les plus fidèles.
En parallèle, la Cour suprême américaine — où Trump avait nommé trois juges — vient de lui infliger un premier revers sur les droits de douane et doit encore se prononcer sur deux autres mesures centrales de son administration. Le président américain accumule les fronts, et sa rhétorique devient de plus en plus imprévisible.
Pour Meloni, le calcul est complexe. Déjà recadrée par Macron sur d’autres sujets, elle ne peut pas se permettre de paraître soumise à Washington tout en prétendant défendre la souveraineté italienne. Le communiqué de lundi est un exercice d’équilibriste : condamner les propos sans rompre l’alliance.
Un signal qui dépasse les frontières italiennes
La réaction de Meloni a immédiatement fait le tour des chancelleries européennes. Car si même l’alliée la plus proche de Trump en Europe dit « inacceptable », c’est que quelque chose a changé dans la dynamique transatlantique.

En Pologne et en Hongrie, les populistes solidement installés au pouvoir observent la situation avec attention. Comme le souligne une note récente de l’Institut Montaigne consacrée aux « nationaux-populistes à l’épreuve du pouvoir », ces dirigeants continuent d’influer sur la scène politique même lorsqu’ils perdent les élections. Mais leur marge de manœuvre dépend largement de leur capacité à maintenir une crédibilité internationale.
La séquence illustre un paradoxe : Trump, qui se voulait le fédérateur des droites mondiales, pourrait finir par les diviser. En attaquant le pape, il touche un symbole qui transcende les clivages politiques dans des pays comme l’Italie, la Pologne ou l’Espagne. Même Marine Le Pen, dont les sympathisants sont à 40 % favorables à Trump selon un baromètre récent, pourrait être embarrassée par une telle prise de position anticatholique.
L’épisode a aussi des conséquences économiques concrètes. L’Italie, qui venait de réduire ses taxes sur les carburants pour soulager les ménages, ne peut pas se permettre une guerre commerciale avec les États-Unis en représailles à cette prise de position. Meloni marche sur une ligne de crête.
Ce que ça change pour la suite
Le communiqué de Meloni ne marque pas une rupture avec Washington — pas encore. Mais il pose un précédent. Pour la première fois depuis le retour de Trump au pouvoir, un leader populiste européen de premier plan lui dit publiquement « non » sur un sujet majeur.
La question maintenant est de savoir comment Trump va réagir. Le président américain a l’habitude de traiter ses alliés avec la même brutalité que ses adversaires lorsqu’ils le contrarient. Meloni pourrait se retrouver dans le viseur du prochain tweet présidentiel, comme Macron l’a été à plusieurs reprises.
Côté Vatican, Léon XIV n’a montré aucun signe de recul. Le pape semble déterminé à faire de la paix au Moyen-Orient l’un des combats centraux de son pontificat, quitte à s’attirer les foudres de la première puissance mondiale. Avec Meloni désormais rangée de son côté — au moins sur ce point —, le rapport de force vient de se déplacer.
Une chose est certaine : dans cette partie à trois entre Washington, Rome et le Vatican, personne ne peut encore prédire qui aura le dernier mot.