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Perruches vertes : comment ces oiseaux exotiques se sont installés à Paris et en Île-de-France

Publié par Killian Ravon le 03 Fév 2026 à 18:00

Vous entendez un cri aigu, vous levez les yeux et, entre deux façades. Une silhouette vert vif file comme une flèche. Ces perruches vertes ne sortent pas d’un décor tropical. Elles font désormais partie du paysage sonore de Paris et de sa petite couronne. Leur présence intrigue, amuse, agace parfois… Et pose une vraie question : comment un oiseau originaire d’Afrique et d’Asie a-t-il pu s’installer durablement en Île-de-France ?

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Perruches vertes à collier en vol au-dessus d’un parc parisien, avec des immeubles haussmanniens en arrière-plan.
Un groupe de perruches à collier (plumage vert, bec rouge) traverse le ciel d’un parc en Île-de-France, sur fond d’architecture parisienne.

Derrière cette scène devenue familière dans certains parcs, il y a une histoire très urbaine. Elle mêle commerce d’animaux de compagnie, accidents logistiques, adaptation spectaculaire. Et débat scientifique sur l’impact réel de cette invasive espèce sur la biodiversité locale.

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Une perruche à collier se nourrit dans les arbres du bois de Vincennes. Crédit : Melissa McMasters.
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La perruche à collier, l’invitée la plus visible du ciel parisien

Ce que beaucoup appellent “perruche verte” est, dans l’immense majorité des cas, la perruche à collier (Psittacula krameri). On la reconnaît facilement à son plumage vert éclatant, son bec rouge, et, chez le mâle, ce trait sombre au cou qui évoque un collier. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) rappelle que l’espèce est originaire d’Afrique subsaharienne et du sous-continent indien, et qu’elle s’est installée en France après des échappées de captivité et/ou des relâchers.

Dans Paris, le contraste joue à plein. Au milieu des moineaux, pigeons et mouettes, ces oiseaux ont un “look” qui accroche l’œil, surtout quand un groupe traverse un boulevard planté ou longe la Seine. Leur vol est rapide, direct, et leurs cris se repèrent de loin, ce qui contribue à l’impression d’une invasion… même quand on n’en voit que quelques-unes.

La ville de Paris elle-même cite les perruches parmi les espèces observables dans des zones comme le bois de Vincennes. Le fait qu’une collectivité les mentionne ainsi dit quelque chose : ces oiseaux ne sont plus une curiosité rare, mais un élément installé de la faune urbaine.

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Deux perruches profitent d’une mangeoire en plein Paris. Crédit : FreCha.

Comment des oiseaux tropicaux ont-ils atterri en Île-de-France ?

On imagine parfois une migration “naturelle”, comme les oies ou les grues. Ici, le scénario est très différent : la perruche à collier est surtout liée au commerce d’oiseaux de compagnie, très actif en Europe à partir des années 1970. La LPO Île-de-France résume l’origine de la population francilienne : des espèces importées se seraient échappées (ou auraient été relâchés) et un noyau s’est formé, avant de grossir au fil des années.

Une perruche à collier observée au cimetière du Père-Lachaise. Crédit : Pierre-Yves Beaudouin.
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Orly et Roissy, deux points de départ souvent cités

Dans les récits les plus documentés, deux zones reviennent régulièrement : Orly et Roissy–Charles-de-Gaulle. La LPO Île-de-France évoque des “événements fondateurs” surtout dans les années 1990, tout en rappelant des cas de reproduction dès les années 1970, autour de ces aéroports.

Le quotidien Le Monde raconte aussi cette installation progressive en Île-de-France et souligne le débat scientifique sur les effets écologiques. L’idée centrale est la même : quelques échappées répétées, plus que “une” fuite unique, ont suffi à lancer une dynamique de population. Ce qui surprend, c’est la vitesse du basculement. Un petit nombre d’individus, s’il survit aux premiers hivers et trouve des sites de nidification, peut enclencher une croissance rapide. Le reste dépend ensuite d’un facteur simple : la ville fournit nourriture et abris aux animaux, quasiment toute l’année.

Un groupe de perruches à collier posé sur des arbres au Sri Lanka. Crédit : istolethetv.
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Une population qui s’étend… mais difficile à compter précisément

Les chiffres circulent beaucoup, parfois au doigt mouillé. Les ornithologues insistent sur un point : compter des perruches n’est pas aussi simple qu’additionner des pigeons sur une place. Les groupes bougent, se rassemblent en dortoirs, puis se dispersent, et tous les sites ne sont pas suivis avec la même intensité.

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La LPO Île-de-France donne un repère utile : en 2015, la population francilienne était estimée à 5 000 individus, et elle “doit dépasser 8 000” en 2021, tout en précisant qu’il reste difficile d’estimer précisément l’effectif. Le département des Hauts-de-Seine reprend une trajectoire similaire : environ 1 000 en 2008, 5 000 en 2015, puis une estimation autour de 8 000. Autrement dit, parler de “dizaines de milliers” peut exister dans certaines estimations médiatiques, mais les sources naturalistes locales préfèrent une approche prudente.

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Pourquoi la ville leur réussit autant, même en hiver

Le climat francilien ne ressemble pas à l’Inde ou au Sahel. Pourtant, la perruche à collier tient l’hiver, et pas seulement lors des années douces. Son succès repose sur une combinaison de facteurs très urbains.

D’abord, ces oiseaux exploitent un buffet varié : graines, bourgeons, fruits, noix, et tout ce que l’environnement humain rend disponible. Ensuite, ils trouvent des corridors faciles à suivre : alignements d’arbres, parcs, campus, cimetières, grands axes plantés. Enfin, ils dorment souvent en groupe, dans de grands arbres, ce qui limite les risques et favorise la survie.

Sur la question de la nourriture, des travaux relayés par Le Monde indiquent que la compétition alimentaire avec d’autres espèces peut être plus nuancée qu’on ne l’imagine, et fait l’objet d’études (notamment autour des comportements aux mangeoires). Le Muséum national d’Histoire naturelle a d’ailleurs communiqué sur des résultats issus des sciences participatives montrant que, dans certains contextes, la perruche ne “chasse” pas systématiquement toutes les autres espèces aux mangeoires.

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Deux perruches à collier posées côte à côte. Crédit : Silver Blue.

Des oiseaux fascinants… et des questions bien réelles

Le débat ne se résume pas à “c’est joli” contre “c’est une catastrophe”. Deux aspects reviennent en boucle : la gêne pour certains riverains et la pression potentielle sur certaines espèces locales.

Côté nuisances, le sujet est simple : les perruches sont bruyantes, et un dortoir peut rassembler des centaines d’oiseaux. À la tombée du jour, le vacarme est réel, surtout dans des rues calmes ou près de grands parcs. La cohabitation dépend alors beaucoup de l’emplacement : tout le monde n’a pas la même tolérance au bruit.

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Sur l’impact écologique, la perruche à collier est classée espèce exotique envahissante dans plusieurs cadres. Des recherches menées ailleurs en Europe montrent aussi des risques de compétition pour les cavités de nidification avec des espèces cavernicoles (pics, sittelles, étourneaux, etc.). En Île-de-France, la LPO locale adopte une position prudente et insiste sur la nécessité d’observations pour objectiver les effets.

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Faut-il s’inquiéter… ou apprendre à gérer la cohabitation ?

Dans les grandes villes européennes, la tentation d’une réponse “radicale” revient souvent dès qu’une espèce est qualifiée d’envahissante. Mais dans les faits, la gestion est complexe : elle demande des moyens, une acceptabilité sociale, et des preuves solides d’un impact important.

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Aujourd’hui, l’approche dominante en Île-de-France ressemble plutôt à un triptyque : surveillance, connaissance, prévention. On suit les dortoirs, on recoupe les données d’observation, et on rappelle que relâcher des animaux dans la nature n’est pas un geste anodin. L’enjeu est aussi culturel. Certains habitants adorent cette touche d’exotisme au-dessus des toits haussmanniens, quand d’autres y voient une nuisance sonore, à l’image du débat pour se réconcilier avec les rats.

Observer les perruches vertes sans les déranger

Pour les apercevoir, mieux vaut caler son rythme sur le leur. Tôt le matin, les groupes se déplacent vers les zones de nourrissage, et en fin de journée ils convergent souvent vers des dortoirs. Un parc arboré, un cimetière comme celui du Père-Lachaise où nichent des renardeaux, une grande allée plantée ou un bois urbain offrent souvent les meilleures chances.

L’observation peut rester très simple. Des jumelles suffisent, et un smartphone fait déjà le travail si on ne cherche pas le gros plan parfait. En revanche, l’approche “au plus près” peut vite devenir contre-productive : cris, mouvements brusques, flash… tout cela stresse les oiseaux. Le point le plus important reste l’alimentation : profiter du spectacle à distance reste la façon la plus respectueuse de cohabiter.

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Un terrain idéal pour se développer

Les perruches vertes racontent une histoire très contemporaine : celle d’une espèce déplacée par nos échanges, puis “adoptée” malgré elle par la ville. Entre Orly, Roissy, les parcs urbains et les couloirs arborés, l’Île-de-France a offert à la perruche à collier un terrain presque idéal, au point d’en faire un oiseau familier.

Le sujet mérite mieux que le réflexe du tout-émotionnel. Les données disponibles invitent à surveiller, à documenter, et à éviter les gestes qui aggravent le phénomène, sans sombrer non plus dans l’alarmisme automatique. La prochaine fois qu’un vol vert traverse le ciel gris d’un matin d’hiver, vous entendrez peut-être autre chose qu’un cri : un rappel que la nature, même déplacée, sait trouver sa place… surtout quand la ville lui déroule le tapis.

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