Bitcoin : ils reçoivent 2 000 BTC par erreur et les revendent immédiatement
Un “airdrop” de quelques wons. Un mauvais libellé interne. Et, en quelques minutes, des utilisateurs crédités de milliers de bitcoins qu’ils n’auraient jamais dû voir apparaître sur leur compte. En Corée du Sud, l’exchange Bithumb a reconnu avoir distribué par erreur une quantité colossale de BTC. Déclenchant une vague de ventes et une distorsion spectaculaire du bitcoin… Sans qu’il y ait forcément, derrière, un mouvement équivalent sur la blockchain.
L’épisode, daté du 6 février 2026 et révélé publiquement le 7, a surtout remis un sujet sur le devant de la scène. Le risque “off-chain”. Celui des écritures comptables internes des plateformes centralisées. Et la vitesse à laquelle une simple opération promotionnelle peut se transformer en événement de marché.

Bithumb voulait distribuer 2 000 wons… pas des milliers de bitcoins
À l’origine, l’idée ressemblait à une mécanique marketing classique. Récompenser des utilisateurs avec une petite somme en monnaie locale, autour de 2 000 wons coréens (environ 1,40 dollar). Via une opération promotionnelle. Selon Reuters, c’est précisément là que tout a dérapé. Des gagnants ont été crédités d’au moins 2 000 bitcoins chacun, au lieu des quelques wons promis.
Bithumb a ensuite confirmé un montant total bien plus impressionnant que les premiers chiffres qui circulaient. Toujours d’après Reuters, l’exchange parle de 620 000 BTC distribués par erreur. Un volume valorisé à plus de 40 milliards de dollars au moment des faits.
Le point clé, dans cette affaire, tient à un mot : “crédités”. Dans un exchange centralisé, le solde affiché à l’écran ne correspond pas toujours à un transfert on-chain immédiat. Une plateforme peut, en pratique, inscrire un montant dans son registre interne, puis gérer ensuite les flux réels, les limites et les retraits. C’est ce décalage entre “ce que voit l’utilisateur” et “ce qui bouge réellement” qui explique pourquoi un incident comptable peut créer une panique très réelle sur le carnet d’ordres.

Quand les utilisateurs vendent en urgence, le prix décroche… localement
Une fois ces BTC apparus sur certains comptes, la réaction a été immédiate. Logique : une partie des bénéficiaires a tenté de vendre au plus vite, avant que la plateforme ne réalise l’erreur ou ne bloque les opérations. Reuters rapporte que le bitcoin a brièvement chuté de 17% sur Bithumb, glissant vers 81,1 millions de wons, avant de revenir autour de 104,5 millions de wons.
Ce détail est important pour comprendre l’effet “10% sous le marché” dont parlent plusieurs observateurs : il ne s’agit pas forcément d’un krach mondial du bitcoin, mais d’un décrochage sur une paire locale (BTC/KRW) et sur une place de marché précise, sous l’effet d’un afflux soudain d’ordres vendeurs.
Derrière cette micro-tempête, un mécanisme simple se met en place. La liquidité d’un exchange est profonde… jusqu’au moment où elle ne l’est plus : si les ordres de vente se multiplient, ils “mangent” les ordres d’accueil disponibles et le prix s’ajuste brutalement. Ensuite, l’arbitrage fait souvent le reste : dès qu’un actif devient “trop bon marché” sur une plateforme, des traders tentent d’acheter là où c’est bas pour revendre ailleurs, ce qui aide à recoller les prix. Dans cet épisode, l’anomalie n’a pas duré très longtemps, mais elle a suffi à marquer les esprits.

Une crise… sans hack, insiste Bithumb
Autre élément central : l’exchange martèle qu’il ne s’agit pas d’un piratage. Reuters cite Bithumb affirmant que l’incident est “sans lien avec un hacking externe” et qu’il n’y a pas de problème de sécurité du système ou de gestion des actifs clients. Ces incidents de cyberattaque sont pourtant de plus en plus fréquents dans le secteur financier.
Ce genre de précision n’est pas anodine. Dans l’univers crypto, la frontière est fine entre “erreur opérationnelle” et “incident de sécurité” aux conséquences similaires pour l’utilisateur. Or, pour la confiance, la cause importe presque autant que l’impact : un bug interne peut être vécu comme une fragilité structurelle, même si aucune clé privée n’a été compromise.

Les fonds ont-ils vraiment “existé” ? La question des “ghost coins” revient
Le chiffre de 620 000 BTC pose une question que les régulateurs n’ont pas évitée : une plateforme peut-elle créditer plus de bitcoins qu’elle n’en détient réellement ? Reuters indique que le superviseur sud-coréen (FSS) a justement pointé le problème potentiel des “ghost coins”, ces soldes internes qui peuvent exister dans un registre off-chain sans correspondance immédiate sur la blockchain.
C’est ici que l’affaire dépasse le simple fait divers. Elle devient un cas d’école sur le fonctionnement réel des plateformes centralisées : l’utilisateur trade souvent contre un carnet d’ordres interne, avec des soldes gérés par la plateforme, et non directement “sur Bitcoin” au sens on-chain. Rappelons qu’au 1er janvier 2026, les règles de déclaration ont encore évolué pour ces actifs.
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Bithumb dit avoir agi vite. D’après Reuters, la plateforme a restreint trading et retraits pour 695 clients concernés dans les 35 minutes suivant la distribution erronée. L’exchange affirme aussi avoir récupéré l’essentiel des montants crédités : 99,7% selon Reuters. Le même article précise même un détail qui a fait tiquer de nombreux observateurs : environ 93% des BTC effectivement vendus auraient été récupérés, ce qui suggère des annulations, des retours, ou des mécanismes de récupération internes et juridiques.

La réaction des autorités sud-coréennes : inspections et durcissement en vue
La Corée du Sud n’a pas pris l’épisode à la légère. Reuters rapporte une réunion d’urgence des autorités financières et l’idée d’inspections sur site, notamment si des failles de contrôle interne sont identifiées. C’est un peu comme ce que le fisc peut voir sur vos comptes bancaires traditionnels pour s’assurer de la régularité des flux.
Le timing compte aussi. Le pays a déjà renforcé son cadre depuis 2024 avec une loi de protection des utilisateurs d’actifs virtuels, dans un contexte mondial où les scandales (faillites, fraudes, hacks) ont accéléré la régulation. Reuters explique que le superviseur estime que ce “giveaway” géant illustre la nécessité de règles plus dures, à mesure que les actifs numériques s’imbriquent dans la finance traditionnelle.
Ce que l’incident raconte sur le “risque plateforme”
L’élément le plus frappant reste peut-être celui-ci : le choc est né d’une opération promotionnelle minuscule à l’origine. Autrement dit, ce n’est pas un produit complexe, ni un hack sophistiqué, ni une manipulation de marché élaborée. C’est une erreur de libellé, et tout s’enchaîne. Parfois, une simple maladresse opérationnelle provoque des licenciements massifs dans le secteur.
Dans une analyse reprise par plusieurs médias crypto, l’incident rappelle que “des erreurs de registre interne et de comptabilité off-chain” peuvent provoquer de fortes distorsions de marché, même sans mouvement réel de BTC sur la blockchain. Cette lecture colle avec l’alerte des régulateurs sur les “ghost coins” et, plus largement, sur la robustesse des systèmes.
À ce stade, une question revient souvent : “Qui paye ?”. Quand un trade s’exécute sur un prix anormal, le perdant n’est pas toujours l’exchange. Il peut s’agir d’un utilisateur qui achète trop cher, d’un autre qui vend trop bas, ou d’un trader liquidé sur une variation éclair. Dans le cas présent, les détails des compensations éventuelles ne sont pas complètement publics dans les dépêches citées. Ce qui est certain, en revanche, c’est que le simple fait d’avoir dû bloquer des comptes et récupérer des fonds à grande échelle souligne la tension permanente entre rapidité, liquidité… et contrôle.
Bithumb, un rappel brutal qu’un solde affiché n’est pas toujours un bitcoin “réel”
Cette affaire n’a pas fait “tomber” le bitcoin mondialement, mais elle a montré comment un exchange peut, à lui seul, créer une tempête locale en quelques minutes. L’histoire est aussi une piqûre de rappel pour les utilisateurs : sur une plateforme centralisée, on bénéficie de la simplicité… au prix d’une dépendance totale à l’infrastructure. On est loin de l’époque romantique où l’on achetait des pizzas avec cette monnaie.
Bithumb dit avoir récupéré presque tout et insiste sur l’absence de hack. Les autorités, elles, y voient un signal d’alarme sur les mécanismes off-chain et sur la nécessité de renforcer la surveillance. Entre les deux, une certitude demeure : quand une erreur interne touche des montants “astronomiques”, même une correction rapide laisse des traces durables dans la confiance.
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