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La rémunération des grands patrons a augmenté… trois fois plus vite que celle des salariés en 2025

Publié par Mathieu le 01 Mai 2026 à 15:38

D’un côté, des dirigeants dont la rémunération bondit de 18 % en un an. De l’autre, des millions de salariés dont les fiches de paie bougent à peine. Le fossé entre les grands patrons français et le reste du monde salarial n’a jamais été aussi documenté — ni aussi brutal. Une étude publiée par Oxfam et la Confédération syndicale internationale (CSI) à l’occasion du 1er Mai pose des chiffres concrets sur un malaise que beaucoup ressentaient sans pouvoir le quantifier. Et les montants donnent le vertige.

Dirigeant d'entreprise dans une salle de réunion à Paris

Un rapport de 1 à 3,3 qui résume tout

Le constat central de l’étude tient en une ligne : en France, la rémunération des dirigeants des plus grandes entreprises a progressé 3,3 fois plus vite que celle des salariés en 2025. Dit autrement, pendant que votre salaire gagnait un mètre, celui de votre patron en gagnait trois.

À l’échelle mondiale, le contraste est encore plus saisissant. Les dirigeants des plus grandes entreprises de la planète ont vu leur rémunération réelle — corrigée de l’inflation, donc — grimper de 11 %. Dans le même temps, la rémunération moyenne d’un travailleur n’a augmenté que de 0,5 %. On parle d’un ratio de 1 à 22.

Ces chiffres ne sortent pas de nulle part. Oxfam et la CSI ont épluché les données publiques de rémunération des entreprises cotées, en croisant salaires fixes, bonus, stock-options et dividendes perçus. Le résultat dessine un monde du travail à deux vitesses, où la transparence salariale progresse en théorie mais où les écarts, eux, accélèrent en pratique.

Reste une question : d’où vient exactement tout cet argent ?

Le CAC 40, machine à enrichir ses dirigeants

Pour la France, Oxfam a zoomé sur le CAC 40, l’indice phare de la Bourse de Paris. Sur les 40 entreprises qui le composent, 26 ont accepté de fournir leurs données de rémunération. Résultat : la rémunération de leurs directeurs généraux et P.-D.G. a bondi de 18 % entre 2024 et 2025.

Fiche de paie posée sur une table de cuisine

Dix-huit pour cent en un an, c’est considérable. Pour un salarié au revenu médian français, une telle hausse représenterait plusieurs centaines d’euros nets par mois. Pour un dirigeant du CAC 40 dont la rémunération se chiffre déjà en millions, c’est un autre monde. Et encore, ces 18 % ne concernent que la partie « salaire » au sens large. Parce que le vrai carburant de l’enrichissement des grands patrons se trouve ailleurs.

L’étude le rappelle sans détour : l’essentiel des revenus des dirigeants ne vient pas de leur fiche de paie. Il vient du capital — dividendes, plus-values, actions gratuites. C’est là que les montants deviennent astronomiques. Et c’est aussi là que le débat sur la contribution des plus hauts revenus prend tout son sens.

2 500 dollars par seconde : le rythme des dividendes

Voici le chiffre qui résume peut-être le mieux la situation. Selon Oxfam et la CSI, environ un millier de milliardaires identifiés dans l’étude ont perçu près de 80 milliards de dollars en dividendes sur l’année 2025. Faites le calcul : cela représente environ 2 500 dollars distribués chaque seconde. Le temps de lire cette phrase, quelques dizaines de milliers de dollars ont changé de main.

Parmi les plus gros bénéficiaires de cette mécanique, un nom revient systématiquement. Bernard Arnault, P.-D.G. de LVMH, et sa famille ont perçu 3,8 milliards de dollars de dividendes en 2025 selon les auteurs du rapport. Ce montant à lui seul dépasse le PIB annuel de plusieurs pays.

Pour comprendre l’ampleur de ce phénomène, il faut le rapporter au quotidien. Un salarié français au SMIC devrait travailler pendant plus de 200 000 ans pour atteindre une telle somme. Pendant ce temps, une secrétaire médicale à Reims compose chaque mois avec un budget de 1 840 euros nets. Le mot « fossé » semble presque trop poli.

Mais ce n’est pas qu’une question française. Le phénomène est planétaire.

3 428 milliardaires face au reste du monde

L’étude d’Oxfam et de la CSI élargit le cadre bien au-delà de l’Hexagone. À l’échelle mondiale, 3 428 milliardaires — des hommes à 86 % — concentrent une richesse équivalente à 17 % du PIB mondial. Autrement dit, moins de 3 500 personnes possèdent autant que ce que produisent des dizaines de pays réunis en un an.

Travailleurs devant un gratte-ciel de bureaux au coucher du soleil

Cette concentration n’est pas nouvelle, mais elle s’accélère. L’écart entre la hausse de rémunération des dirigeants (+11 % en termes réels) et celle des travailleurs (+0,5 %) n’a jamais été aussi large dans les données compilées par ces deux organisations. Le « ruissellement » promis par certains économistes ressemble de plus en plus à une rivière qui coule vers le haut.

En France, le sujet alimente régulièrement le débat public. Le seuil de richesse fait l’objet de discussions récurrentes, tout comme la question de savoir à partir de quel salaire on appartient à la classe moyenne. Mais quand les dirigeants du CAC 40 captent des hausses de 18 % par an, ces repères deviennent presque dérisoires.

La solution proposée : taxer les super-riches

Face à ce constat, Oxfam et la CSI ne se contentent pas de documenter le problème. Les deux organisations plaident pour une « imposition effective des super-riches » portant à la fois sur les revenus et sur la richesse accumulée. L’objectif affiché : réduire un niveau d’inégalités devenu structurel.

Cette proposition n’est pas isolée. En France, le débat sur les droits de succession refait surface régulièrement, tout comme celui sur la destination réelle de nos impôts. La question n’est plus seulement de savoir combien gagnent les plus riches. C’est de savoir si le système peut continuer à fonctionner avec un tel écart entre ceux qui décident et ceux qui produisent.

Car pendant que les dividendes pleuvent à raison de 2 500 dollars par seconde, des millions de Français composent avec des budgets serrés. Une enseignante à Strasbourg vit avec 2 240 euros nets. Une comptable à Nantes gère son quotidien avec 2 750 euros. Et beaucoup attendent encore la revalorisation de la prime d’activité pour souffler un peu en fin de mois.

Ce que ces chiffres disent de nous

Au fond, l’étude d’Oxfam et de la CSI ne révèle pas un secret. Elle met des chiffres sur une intuition partagée par des millions de travailleurs : non, les efforts ne sont pas répartis équitablement. Et non, la croissance ne profite pas à tout le monde de la même manière.

Quand le droit du travail évolue pour mieux protéger les salariés sur certains critères d’évaluation, c’est un progrès. Mais il reste dérisoire face à un système où le mode de versement des salaires fait davantage débat que leur montant réel.

Le rapport d’Oxfam sera probablement contesté par certains économistes, nuancé par d’autres. C’est normal — les méthodologies de calcul des rémunérations patronales font toujours débat. Mais le ratio de 3,3 a le mérite d’être simple, vérifiable et parlant. En 2025, si vous êtes salarié en France, votre patron a gagné trois fois plus vite que vous. Et si vous trouvez ça normal, relisez les chiffres une deuxième fois.

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