La fin de Visa et Mastercard en vue ? Voici les alternatives qui émergent
Vous ne le voyez pas. Vous ne l’entendez pas non plus. Pourtant, à chaque fois que vous payez un café, un train ou vos courses, un morceau de votre quotidien traverse souvent l’Atlantique. Pas votre argent. Mais la tuyauterie qui permet qu’il bouge. Et cette tuyauterie, en Europe, a un drôle de parfum d’habitude : ça marche, donc on ne touche à rien.
Sauf que depuis quelques années, l’habitude commence à gratter.
Parce que quand un continent entier confie ses paiements aux mêmes rails, il confie aussi une part de sa souveraineté. Il confie des coûts. Des données. Et une capacité d’action. Dans un monde où les tensions commerciales reviennent vite, où les sanctions peuvent tomber sans prévenir, et où la politique peut redevenir brutale du jour au lendemain, c’est tout sauf un détail.
Et c’est précisément là que l’Europe tente un coup. Un vrai.
L’ombre portée des paiements “made in ailleurs”
Pendant longtemps, la dépendance européenne aux géants américains du paiement a été un sujet de spécialistes. Un débat de banquiers. Un problème d’arrière-boutique. On en parlait lors de conférences, jamais au comptoir.
Mais les cartes ont changé.
Les institutions européennes rappellent désormais que les “schémas internationaux” dominent le marché des paiements par carte, surtout dès qu’il s’agit de transactions transfrontalières. Cette domination, elle est pratique. Elle est rodée. Elle est mondiale. Et c’est justement ce qui inquiète.
Car ce qui est mondial devient aussi politique.
Une hausse de frais, une règle extra-territoriale, une tension diplomatique, une nouvelle salve de sanctions… et tout un écosystème se retrouve à dépendre d’acteurs qui ne répondent pas aux mêmes priorités. Même quand personne ne “coupe” quoi que ce soit, le simple fait que la clé ne soit pas chez vous finit par peser.
Alors l’Europe a essayé plusieurs fois de reprendre la main. Elle a lancé des projets. Elle a rêvé d’une carte européenne. Et pendant ce temps, les gens ont continué à payer. Sans se poser de questions.
Jusqu’à ce que le smartphone rende une autre idée possible : et si on pouvait contourner la carte, et passer directement de compte à compte ?
Wero, le début d’une promesse très européenne
C’est là qu’entre en scène European Payments Initiative, un projet porté par des banques du continent. Son visage public s’appelle Wero.
Le principe est simple, presque désarmant : envoyer de l’argent en temps réel, avec un numéro de téléphone, sans IBAN, et directement entre comptes bancaires. En clair, une logique de virement instantané qui tente de devenir un réflexe du quotidien.
Le portefeuille a été lancé en France à l’automne 2024, via les banques partenaires, avec l’ambition d’ajouter ensuite le paiement en ligne, puis en magasin.
Sur le papier, c’est propre. Sur le terrain, c’est plus dur.
Parce qu’un bon produit ne suffit pas. Il faut l’acceptation des commerçants. Il faut les usages. Et surtout, il faut éviter le piège européen par excellence : vingt-sept solutions “locales” incapables de se parler.
Et c’est exactement là que l’histoire bascule.
Solution européenne de paiement : l’accord qui change l’échelle
Le 2 février 2026, EuroPA et EPI annoncent un accord majeur : une plateforme d’interopérabilité destinée à relier plusieurs solutions nationales de paiement mobile.
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Derrière EuroPA, on retrouve notamment Bizum, Bancomat, SIBS (avec MB WAY), et Vipps MobilePay.
Ce n’est pas un “nouveau logo” sorti de nulle part. C’est un raccordement de réseaux déjà massifs. Résultat : l’ensemble revendique d’emblée environ 130 millions d’utilisateurs potentiels.
Et surtout, le périmètre annoncé frappe fort : 13 pays dès le lancement, couvrant une grande partie de la population de l’Union européenne, avec la Norvège.
L’idée n’est pas de gommer les marques locales du jour au lendemain. C’est de faire en sorte qu’elles se parlent. Que vous puissiez envoyer de l’argent d’un pays à l’autre, puis payer chez un commerçant, sans changer de geste.
En gros : créer un rail européen unique, sans demander aux gens de réapprendre à payer.
Le calendrier est serré, et c’est volontaire
Ce qui rend cet accord explosif, c’est sa vitesse. Selon les annonces relayées par plusieurs médias et communiqués, les transferts entre particuliers à l’échelle des pays connectés doivent arriver dès 2026. Pour les paiements chez les commerçants, en ligne et en boutique, l’objectif est 2027.
En parallèle, EuroPA sert déjà de “prototype” : l’alliance avait commencé à connecter certains pays dès 2025, avec des transactions transfrontalières instantanées. Et même si les montants mentionnés restent modestes à ce stade, l’existence même de flux réels est un signal : ce n’est plus une maquette PowerPoint.
Le plus important, c’est le coup de massue psychologique : 130 millions, c’est le genre de chiffre qui fait lever la tête aux commerçants. Parce que les commerçants ne veulent pas “un moyen de paiement en plus”. Ils veulent un moyen de paiement qui compte.
Et c’est là que le projet tente de passer du statut d’idée politique à celui de réflexe économique.
Pourquoi l’Europe se réveille maintenant
Cette offensive n’arrive pas par hasard. Elle tombe dans une période où le climat international redevient imprévisible.
Quand Donald Trump et ses héritiers idéologiques promettent un retour du “America First”, l’Europe comprend une chose très simple : tout ce qui dépend d’un autre peut devenir une monnaie d’échange. Même quand ce n’est pas l’objectif affiché. Même quand ça commence par une taxe et que ça finit par un rapport de force.
Le paiement, lui, a une particularité : il est invisible… jusqu’au jour où il bloque.
Les Européens ont déjà vécu des moments où la souveraineté semblait théorique, puis devient brutale. Énergie. Défense. Technologie.
Et maintenant, finance du quotidien. Le paiement, c’est le nerf. Et dans un continent encourageant les virements instantanés et l’intégration du marché, laisser ce nerf dépendre d’acteurs extérieurs paraît de moins en moins confortable.
Dans ce contexte, Wero et EuroPA ne vendent pas seulement une appli. Ils vendent une assurance.
Le vrai défi : faire aimer un “standard” européen
Reste la question qui fâche : est-ce que les gens vont suivre ?
Parce qu’un paiement ne gagne pas par décret. Il gagne par habitude. Il gagne par simplicité. Et il gagne quand votre banque l’a déjà intégré, quand l’icône est déjà là, quand le commerçant n’a pas besoin d’expliquer quoi que ce soit.
Sur ce point, Wero met en avant son intégration bancaire et sa logique de compte-à-compte. Et la montée en puissance doit passer par les paiements marchands, jugés décisifs pour rendre le modèle viable.
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La stratégie est limpide : commencer par les virements entre proches, puis conquérir le commerce. C’est le chemin inverse d’une carte bancaire classique. leaving the “plastique” as the old world, and the instant transfer as the new normal.
Mais le danger est tout aussi clair : si l’expérience est moins fluide que les géants déjà en place, le public ne changera pas. Personne n’abandonne un réflexe qui marche pour un idéal abstrait.
C’est ici que l’accord d’interopérabilité devient central. Car l’Europe n’a pas besoin d’une solution “française”, “espagnole” ou “italienne”. Elle a besoin d’un réflexe européen. Et l’interopérabilité, c’est ce qui transforme un patchwork en système.
Et si, cette fois, l’Europe tenait enfin son “Airbus du paiement” ?
C’est la comparaison qui revient : l’Airbus du paiement. Un projet industriel, lent à accoucher, mais capable de changer l’équilibre mondial quand il atteint sa vitesse de croisière.
Avec 130 millions d’utilisateurs potentiels annoncés, l’alliance essaie de court-circuiter l’étape la plus douloureuse : la solitude. Car la plupart des projets européens meurent de la même maladie : ils sont “prometteurs” mais trop petits, trop tôt.
Ici, la taille est au rendez-vous dès l’annonce. Et le calendrier, s’il est tenu, peut accélérer le reste : l’acceptation des commerçants, les usages transfrontaliers, et la visibilité d’un signe commun dans toute l’Europe.
Alors non, demain matin, personne ne brûlera sa carte. Personne ne fera un enterrement de Visa et Mastercard sur TikTok. L’histoire est plus lente. Plus administrative. Plus réaliste.
Mais pour la première fois depuis longtemps, l’Europe ne se contente pas de parler souveraineté. Elle tente de la rendre utilisable. Au quotidien. Au moment le plus banal qui soit : payer.
Et au fond, c’est peut-être ça le vrai tacle. Pas seulement à Washington. Mais à tous ceux qui, chez nous, ont longtemps expliqué que “ce n’est pas possible”. Que “c’est trop compliqué”. Que “le marché décidera”.
Le marché, justement, est en train de décider. Et il a l’air de parler européen.
Que retenir ?
L’accord entre EPI et EuroPA ne garantit pas un renversement immédiat. Mais il change la donne : échelle, calendrier, ambition. Si l’Europe réussit à rendre ce rail simple et universel, alors elle fera plus qu’innover. Elle reprendra un pouvoir discret, mais vital. Celui de ne plus demander la permission pour faire circuler son propre argent.
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- 03/02/2026 à 15:33Aller les responsables politiques européens , faites tout pour la mise en service opérationnelle le plus tôt possible d'un moyen de paiement qui ne dépende pas d'autres pays hors Europe et laissez aux vestiaires vos mesquineries .
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