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« Ce n’est pas nous » : 40 millions d’automobilistes alerte sur un faux bon carburant de 250 euros

Publié par Elsa Lepic le 08 Mai 2026 à 8:28

Avec le gazole qui dépasse allègrement les 2 euros le litre, les automobilistes français sont à cran. Et les escrocs le savent très bien. Une arnaque particulièrement bien ficelée circule en ce moment : un prétendu bon carburant de 250 euros, soi-disant offert par l’association 40 millions d’automobilistes. Sauf que l’association n’a rien à voir là-dedans. Décryptage d’un piège qui surfe sur la crise à la pompe.

Un bon de 250 euros trop beau pour être vrai

Automobiliste face aux prix élevés du carburant en station

Le principe est simple, et c’est justement ce qui le rend redoutable. Vous recevez un message — par mail, SMS ou via les réseaux sociaux — qui vous propose un bon carburant d’une valeur de 250 euros. Le tout est habillé aux couleurs de 40 millions d’automobilistes, avec logo, charte graphique et ton officiel. On vous demande simplement de renseigner quelques données personnelles pour « valider votre bon ».

Smartphone affichant un faux bon carburant frauduleux

En réalité, vous ne verrez jamais la couleur de ces 250 euros. L’objectif des escrocs est limpide : récupérer vos informations personnelles. Nom, prénom, adresse, et parfois même coordonnées bancaires. De quoi alimenter des bases de données revendues sur le dark web ou monter d’autres arnaques ciblées par la suite. Et le timing n’est évidemment pas un hasard.

Car en pleine flambée des prix à la pompe, quand certains automobilistes paient plus de 100 euros pour un plein, l’idée d’un bon gratuit de 250 euros fait saliver. Les escrocs exploitent cette détresse financière avec un cynisme remarquable.

L’association réagit : « Le lien est dangereux »

Sur son site officiel, 40 millions d’automobilistes a publié un avertissement sans équivoque. « Ne tombez pas dans le panneau : ce n’est pas nous. C’est une tentative de vol de données. Le lien est dangereux », peut-on lire dans leur communiqué. Le ton est ferme, et pour cause : l’usurpation de leur identité pourrait toucher des dizaines de milliers de personnes.

L’association ajoute : « Nous mettons tout en œuvre pour faire cesser cette usurpation. En attendant, restez prudents. » Un appel à la vigilance d’autant plus important que ce type d’arnaque par usurpation d’identité se multiplie ces derniers mois en France. Les escrocs se font passer tantôt pour des institutions officielles, tantôt pour des associations reconnues — le procédé est toujours le même.

Personne inquiète devant un site de phishing sur ordinateur

Ce n’est d’ailleurs pas la première arnaque liée au carburant qui circule depuis le début de la crise. Des faux SMS promettant un remboursement gouvernemental, des sites frauduleux imitant des enseignes de grande distribution… Le filon est exploité sous toutes les coutures. Mais pourquoi cette arnaque-là fonctionne si bien ?

Pourquoi le piège est redoutablement efficace

Plusieurs ingrédients rendent cette escroquerie particulièrement crédible. D’abord, le contexte. Le gouvernement a récemment annoncé des mesures d’aide pour les gros rouleurs, ce qui brouille les pistes. Beaucoup d’automobilistes s’attendent légitimement à recevoir une aide. Un bon de 250 euros ? Pourquoi pas, se disent-ils.

Ensuite, le nom de l’association. 40 millions d’automobilistes est une structure connue, médiatisée, perçue comme un défenseur des conducteurs. Se cacher derrière ce nom inspire immédiatement la confiance. C’est précisément le mécanisme que la DGCCRF dénonce régulièrement : les escrocs empruntent la crédibilité d’organismes reconnus pour désarmer la méfiance des victimes.

Enfin, la mécanique est fluide. Pas de faute d’orthographe grossière, pas de mise en page brouillonne. Les pages de phishing sont de plus en plus professionnelles. Il faut parfois un œil exercé pour distinguer le vrai du faux. Et quand la pression financière s’ajoute à l’urgence perçue, le clic part vite.

Des prix à la pompe qui nourrissent la détresse

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il faut regarder les chiffres. Au 6 mai 2026, les prix moyens des carburants en France restent à des niveaux historiquement élevés dans les quelque 10 000 stations-service du pays. Le diesel, carburant le plus utilisé, dépasse largement les 2 euros le litre dans la majorité des stations.

Certes, TotalEnergies maintient un plafonnement de ses prix dans ses stations. Mais ce plafond est menacé. Le patron du groupe, Patrick Pouyanné, a prévenu qu’il pourrait y mettre fin si TotalEnergies devenait éligible à la nouvelle taxe sur les superprofits. Un chantage à peine voilé qui en dit long sur les rapports de force.

Et les bénéfices de TotalEnergies donnent le vertige. Au premier trimestre 2026, le groupe a engrangé 5,8 milliards de dollars de bénéfice net — soit environ 4,96 milliards d’euros — en hausse de 51 % sur un an. Des chiffres colossaux, portés par le conflit au Moyen-Orient et la tension sur les marchés pétroliers. De quoi alimenter la colère des automobilistes qui peinent à boucler leurs fins de mois.

Comment se protéger face à ces faux bons

La règle d’or est brutalement simple : aucune association ni aucun organisme sérieux ne distribue des bons carburant par SMS ou email en échange de vos données personnelles. Si vous recevez ce type de message, ne cliquez sur aucun lien. Ne renseignez jamais vos informations bancaires sur un site dont vous n’êtes pas certain de l’authenticité.

Vérifiez toujours l’URL du site. Les sites de phishing utilisent souvent des adresses qui ressemblent à l’originale mais comportent une lettre en trop, un tiret suspect ou un domaine différent (.net au lieu de .com, par exemple). En cas de doute, rendez-vous directement sur le site officiel de l’organisme concerné en tapant l’adresse vous-même dans votre navigateur.

Si vous avez déjà cliqué et transmis des informations, changez immédiatement vos mots de passe, prévenez votre banque et signalez l’arnaque sur la plateforme gouvernementale Pharos ou via le 33700 pour les SMS frauduleux. Chaque signalement aide à faire tomber ces réseaux.

Les vraies aides qui existent pour les automobilistes

En attendant, de vraies mesures sont sur la table. Le gouvernement a annoncé une aide carburant de 50 euros pour les gros rouleurs, dont les demandes ouvrent fin mai. Les conditions sont strictes — il faut justifier d’un usage professionnel ou d’un trajet domicile-travail important — mais l’aide est bien réelle, elle.

D’autres pistes existent pour alléger la facture. Le passage au superéthanol E85 permet de réduire significativement le coût au litre, à condition d’installer un boîtier de conversion homologué. Des applications gratuites permettent également de comparer les prix des stations autour de vous en temps réel.

La proposition de Michel-Édouard Leclerc de baisser les prix de 15 centimes, les opérations de carburant à prix coûtant ponctuelles, le cessez-le-feu avec l’Iran qui pourrait mécaniquement faire baisser le baril… Les signaux existent, mais aucun ne constitue une solution miracle à court terme.

En résumé : si quelqu’un vous promet 250 euros de carburant gratuit, ce n’est pas un cadeau. C’est le prix de vos données. Et ça, ça coûte bien plus cher qu’un plein.

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