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Avec plus de 175 000 km au compteur, cette Bugatti Chiron intrigue : comment est-ce possible ?

Publié par Killian Ravon le 27 Jan 2026 à 13:00

Une Bugatti Chiron et son Bugatti Chiron kilométrage… Sur le papier, tout oppose cette hypercar à la routine. Pourtant, une photo récente d’odomètre a relancé un débat inattendu : jusqu’où peut vraiment aller une voiture aussi extrême ?

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Bugatti Chiron bleue, vues arrière et avant sur une allée
Deux angles d’une Bugatti Chiron bleue, photographiée à l’arrêt sur une allée privée.

Derrière ce compteur affolant, il y a une histoire de passion, de technique… et de coulisses bien moins visibles que les garages climatisés.

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Une Bugatti Chiron en démonstration dynamique, loin des garages. Crédit : Matthew Lamb.
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Quand les hypercars roulent moins que des citadines

La scène est devenue presque banale dans les ventes aux enchères. Une voiture rarissime. Un historique limpide. Et un détail qui fait grimper le prix : un compteur à quatre chiffres, parfois à peine. Sur ce marché, les kilomètres se négocient comme des carats.

Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Il dit beaucoup de l’époque. Une partie des hypercars modernes sert d’abord à préserver une valeur. Ensuite, seulement, à prendre la route. Le paradoxe est connu : plus une voiture promet des sensations, plus on la “protège” du risque, de la météo, des gravillons… et du temps.

Cette logique est aussi nourrie par le profil des clients. En 2014, Wolfgang Dürheimer, alors patron de Bugatti et Bentley, résumait l’écart entre les deux mondes : le client Bugatti moyen posséderait “environ 84 voitures, trois jets et un yacht”, selon une déclaration rapportée par Bloomberg. Dans ces conditions, la Chiron n’est pas forcément la voiture “du dimanche”. Elle devient parfois une pièce d’un puzzle gigantesque.

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Et puis il y a le coût du simple fait de rouler. Pneus, fluides, contrôles, transports vers un atelier agréé… Tout rappelle que cette voiture n’est pas pensée pour un usage improvisé. Motor1 évoquait déjà des ordres de grandeur impressionnants pour l’entretien, même si la Chiron est présentée comme moins “punitive” que la Veyron sur certains postes.

La Chiron lors de sa présentation publique, en 2016. Crédit : Ghoster.

Un compteur qui fait lever les sourcils

C’est là qu’arrive la photo. Une Bugatti Chiron bleue. Et un chiffre qui tranche avec la norme : 175 797 kilomètres affichés à l’odomètre, soit plus de 109 000 miles.

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Le détail frappe parce que la Chiron n’est pas une ancienne. Bugatti l’a produite de 2016 à 2024, et l’ère s’est officiellement refermée avec une ultime série célébrant la fin du programme, limité à 500 exemplaires. Sur une fenêtre d’à peine dix ans, on parle donc d’une moyenne qui dépasse 17 000 kilomètres par an. C’est l’usage d’une “grosse routière”, pas d’un objet de collection.

Évidemment, la première réaction est humaine. On imagine un propriétaire obstiné. Un grand rouleur. Quelqu’un qui traverse l’Europe, multiplie les longs trajets, refuse de laisser dormir une mécanique conçue pour avaler la distance.

La seconde réaction est tout aussi logique. Le doute. Sur les réseaux, certains ont soupçonné une mise en scène. D’autres ont cherché des preuves, des photos plus anciennes, des traces d’événements.

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Et c’est là que l’affaire commence à prendre une autre tournure.

Détail d’habitacle : une finition “110 Ans” aperçue à Genève. Crédit : Matti Blume.

Les indices qui ne trompent pas… mais qui ne prouvent rien

Le plus intriguant, c’est la cohérence. En fouillant, des observateurs ont retrouvé la même voiture, avec la même lecture de compteur, repérée plus tôt lors d’un rassemblement en octobre 2025 par le photographe automobile Alex Penfold.

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La voiture paraît fraîche. Pas de carrosserie fatiguée. Pas d’habitacle “usé” comme on l’attendrait d’un kilométrage à six chiffres sur une sportive. Rien d’impossible, bien sûr, si l’entretien est suivi à la lettre. Mais l’ensemble interroge.

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Car une Chiron, c’est aussi une vitrine technologique. Un W16 quadriturbo de 8,0 litres. Une auto pensée pour encaisser des charges thermiques et aérodynamiques que très peu de véhicules connaissent. Wired rappelait dès sa présentation à Genève en 2016 l’ampleur du projet et le niveau de démesure assumé autour de cette mécanique.

Alors oui, l’idée d’une Chiron “daily” fait rêver. Mais une autre hypothèse, plus froide, colle souvent mieux à la réalité du monde automobile.

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Bugatti Chiron kilométrage : la raison est ailleurs

Le cœur de l’explication n’est pas forcément dans la détermination d’un client. Il se trouve plutôt dans la vie cachée des constructeurs.

Selon Carscoops, cette Chiron très kilométrée serait un véhicule d’essais et de développement appartenant à Bugatti. Et cela change tout.

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Dans l’industrie, ces voitures ont une existence à part. Elles roulent pour valider. Pour mesurer. Pour reproduire des scénarios d’usure. Pour enchaîner des cycles. Elles peuvent faire, en quelques mois, ce qu’un particulier mettrait une décennie à atteindre.

Carscoops évoque explicitement une succession d’épreuves : tests de durabilité, runs à haute vitesse, cycles de validation, mais aussi des roulages liés aux essais médias. Dit autrement : la voiture ne roule pas “malgré” son statut d’hypercar. Elle roule “parce que” c’est une hypercar, et qu’elle doit prouver qu’elle tient la promesse.

Cette lecture rend aussi cohérente une autre chose : l’état visuel. Un véhicule d’essais peut être suivi comme un patient premium. Contrôles réguliers. Pièces remplacées avant fatigue. Opérations réalisées en interne. Et parfois même, une rotation entre plusieurs voitures du même programme.

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Le W16, cœur technique de la Chiron, pensé pour l’endurance autant que la performance. Crédit : Matti Blume.

Ce que ce kilométrage raconte sur la fiabilité d’une hypercar

Le plus intéressant, dans cette histoire, n’est pas seulement la curiosité d’un compteur. C’est ce que ce chiffre suggère.

D’abord, il rappelle que la Chiron n’est pas juste un objet de puissance. Bugatti a toujours insisté sur une forme de polyvalence : confort, stabilité, capacité à rouler longtemps. Et même si l’usage extrême reste rare, l’existence d’un exemplaire à 175 000 km sert, malgré lui, de démonstration.

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Ensuite, il met en perspective la question des coûts. Carscoops rappelle une logique de suivi régulier, avec inspection annuelle minimum, et un “gros” service environ tous les quatre ans dans le programme officiel. Pour les fluides, le site mentionne un remplacement complet tous les 14 mois ou 15 000 kilomètres.

À cela s’ajoutent des consommables très spécifiques. Motor1 citait par le passé des montants élevés pour la maintenance annuelle et des pneus pouvant grimper à plusieurs dizaines de milliers de dollars, avec un rythme de remplacement qui dépend beaucoup de l’usage. Et quand la Chiron Pur Sport est concernée, une campagne de rappel a même remis la question des pneus au centre, preuve que l’extrême performance impose parfois des contraintes très concrètes.

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Mais dans le cas d’un véhicule interne, l’équation change. L’accès aux pièces, aux procédures, aux équipes formées et aux outils spécifiques n’est pas celui d’un propriétaire privé. C’est aussi ce que souligne Carscoops en parlant d’une prise en charge “usine”.

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Pourquoi ces voitures finissent parfois chez des particuliers

Un détail compte aussi. Ce type de voiture n’est pas forcément condamné à rester dans un hangar d’essais toute sa vie. Les constructeurs renouvellent leurs flottes, réaffectent des véhicules, en retirent certains du programme, puis les revendent ou les confient à des circuits de collection.

C’est un monde discret, mais pas illogique. Une voiture d’essais peut devenir un objet de fascination précisément à cause de son vécu. Elle est l’inverse du “zéro kilomètre”. Elle porte une histoire technique. Elle a servi à valider ce que les autres exemplaires promettaient.

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Et, paradoxalement, elle peut rassurer. Car si une voiture aussi complexe traverse des dizaines de milliers de kilomètres de tests sans s’écrouler, cela raconte quelque chose sur le sérieux d’un programme.

Au fond, cette Chiron au kilométrage hors norme n’humilie pas les autres. Elle éclaire plutôt la règle implicite du marché : la plupart des hypercars roulent peu, non pas parce qu’elles ne le peuvent pas, mais parce que leur rôle social a glissé.

Le Château Saint-Jean, symbole historique du site Bugatti à Molsheim. Crédit : Arnaud 25.
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Une photo, et tout un mythe qui vacille

C’est sans doute la raison pour laquelle l’image a autant circulé. Elle touche un nerf. Celui de la voiture rêvée, enfin utilisée. Et elle rappelle, au passage, que les kilomètres ne sont pas forcément l’ennemi d’une mécanique d’exception.

La chute est donc moins romantique qu’on l’imagine au départ. Oui, ce kilométrage est possible. Mais non, il ne raconte pas forcément l’histoire d’un propriétaire qui ferait ses courses en Chiron.

Il raconte quelque chose de plus rare encore : la vie d’une voiture de l’ombre, née pour prouver, tester, valider… avant de devenir, un jour, une curiosité publique.

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