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C’est officiel : le permis est retiré à tous les automobilistes qui commettent cette infraction dans ce département

Publié par Killian Ravon le 20 Jan 2026 à 10:48

Depuis l’automne 2025, un département teste un durcissement spectaculaire contre l’usage du téléphone tenu en main au volant.

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Intérieur de voiture à un feu rouge, conducteur la main sur le volant, smartphone posé dans la console centrale.
Téléphone au volant : dans les Landes, la récidive peut conduire à une suspension administrative rapide du permis.

Dans les Landes, la préfecture veut provoquer un « choc des consciences » : après un avertissement lors d’un premier contrôle. La récidive peut mener à une suspension administrative rapide du permis. Jusqu’à six mois.

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Signalisation rappelant l’interdiction d’utiliser le téléphone au volant. Crédit : Panoramio user 4069710.
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Une annonce locale, mais un signal national

L’idée a été portée par Gilles Clavreul, préfet des Landes, avec un objectif affiché. Frapper plus fort là où les sanctions classiques ne suffisent plus à changer les habitudes, comme l’a rapporté Roole Media.

Attention toutefois à la formule « permis retiré à tous les automobilistes ». Il ne s’agit ni d’une loi nouvelle appliquée partout en France. Ni d’un retrait systématique pour tout conducteur pris une fois. Le dispositif landais repose sur un usage plus offensif d’outils déjà prévus par le Code de la route. Via la suspension administrative décidée par le préfet dans certaines conditions.

Dans le reste du pays, la règle générale demeure connue. Tenir son téléphone en main en conduisant est une infraction sanctionnée par une amende forfaitaire et un retrait de points. Et des procédures plus lourdes existent déjà dans des cas aggravés.

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Pourquoi le téléphone est devenu l’ennemi public numéro un sur la route

Les autorités martèlent un constat simple : le téléphone n’est pas « juste » une distraction. Il capte les yeux, l’attention et une main, donc il dégrade la capacité à anticiper. La Délégation à la sécurité routière rappelle d’ailleurs la réglementation et insiste sur le danger du téléphone tenu en main. Même pour « un court message » ou une notification.

Sur le plan statistique, la distraction pèse lourd dans l’accidentalité. Une note d’Assurance Prévention, fondée sur des données de sécurité routière, indique qu’une part importante des accidents corporels est liée à l’inattention et cite un ordre de grandeur de plusieurs centaines de décès annuels associés à la distraction.

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Dans le même temps, l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) rappelle que l’année 2023 se solde par des milliers de morts sur les routes en France, ce qui alimente la pression politique pour agir sur tous les facteurs évitables, dont la distraction.

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Le problème est aussi culturel. Les campagnes publiques comme celles du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité routière cherchent à déplacer la norme sociale, en s’appuyant sur des témoignages et des messages répétés, à la manière de ce qui a été fait contre l’alcool au volant.

Contrôle routier : le téléphone au volant fait partie des infractions ciblées lors des opérations de sécurité. Crédit : Kevin.B.
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Ce qui change concrètement dans les Landes depuis l’automne 2025

Dans les Landes, la logique est progressive. Selon Roole Media, l’automne 2025 ouvre une phase plus « pédagogique » : lors d’une première constatation, un avertissement préfectoral peut être utilisé comme signal formel.

Ensuite, en cas de récidive, la préfecture veut accélérer et systématiser la réponse : le permis peut être suspendu administrativement, avec une durée pouvant aller jusqu’à six mois.

Sur le papier, cette suspension administrative relève des pouvoirs du préfet lorsque la procédure de rétention et de suspension est engagée. Le Code de la route encadre la rétention du permis par les forces de l’ordre et permet au préfet de décider d’une suspension, notamment pour protéger immédiatement la sécurité publique.

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Le point clé, souvent mal compris, est que la « tolérance zéro » annoncée localement vise surtout à faire basculer l’infraction de la sphère du « je paie et j’oublie » vers une conséquence qui gêne vraiment la vie quotidienne : l’immobilisation du droit de conduire.

Cette stratégie n’est pas isolée. D’autres préfectures ont documenté des démarches proches, avec des communications locales destinées à montrer que la sanction peut tomber vite et fort lorsque le téléphone est constaté dans des circonstances jugées particulièrement dangereuses.

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Ce que dit le droit : une mesure de préfet, pas un nouveau « super délit »

La réglementation nationale interdit l’usage d’un téléphone tenu en main au volant et prévoit la sanction « standard ».

En parallèle, le droit français prévoit depuis plusieurs années des mécanismes plus durs dans certains cas : rétention immédiate du permis, puis suspension administrative par le préfet. Le décret de 2020 est souvent cité car il a renforcé la possibilité de rétention et de suspension lorsque le téléphone est utilisé en même temps qu’une autre infraction, ce qui permet d’agir sans attendre une décision judiciaire.

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Le Code de la route encadre ensuite la décision de suspension administrative et sa durée maximale, ainsi que les conditions de notification et de suivi.

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Enfin, il existe une autre voie : la suspension judiciaire, décidée par un tribunal, qui peut s’ajouter selon les circonstances et la gravité. Service-public rappelle cette logique générale et les différences de procédures.

Autrement dit, le préfet ne « crée » pas une nouvelle peine. Il annonce une doctrine locale d’application plus ferme, destinée à rendre le risque immédiat et crédible.

Véhicule de gendarmerie sur autoroute : les contrôles visent aussi les comportements de distraction au volant. Crédit : Kevin.B.
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Efficacité, contestations, et ligne rouge à ne pas franchir

Les partisans du durcissement mettent en avant un argument de comportement : si l’on veut casser un réflexe, il faut une sanction perçue comme certaine et rapide. Dans l’esprit, c’est le même levier que les contrôles d’alcoolémie massifs : la peur du contrôle et la certitude d’une conséquence changent la routine.

Les opposants, eux, soulèvent deux inquiétudes. D’abord, l’impact social : suspendre un permis peut coûter un emploi, surtout dans des territoires où la voiture est indispensable. Ensuite, la question de l’équité et du risque d’arbitraire : il faut des contrôles solides, des procédures claires, et une capacité réelle à contester une décision administrative.

C’est là que la phase d’avertissement, mise en avant dans le dispositif landais, joue un rôle politique. Elle permet d’affirmer que l’objectif n’est pas de « piéger », mais de prévenir. Pourtant, si la sanction devient automatique au second contrôle, la pédagogie ne suffira pas à éteindre le débat. Le suivi statistique local, la transparence sur les critères et les voies de recours seront déterminants pour éviter une contestation durable.

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Une route des Landes, au bord de l’Adour, symbole d’un réseau où la vigilance reste vitale. Crédit : Panoramio user 1710195.

Et après ? Le laboratoire des Landes peut-il s’étendre

Les Landes servent de vitrine, mais la logique peut séduire d’autres territoires. Les préfets disposent d’une marge de pilotage dans leur département, notamment pour fixer des priorités de contrôle et communiquer sur la fermeté.

Si les chiffres locaux d’accidents et d’infractions reculent, l’approche pourrait inspirer d’autres préfectures, comme on l’a déjà vu avec des communications similaires sur le téléphone et les comportements associés.

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Reste une question de fond : le téléphone au volant n’est pas seulement un « mauvais geste », c’est un symptôme de l’hyper-connexion. Tant que le conducteur restera joignable à tout moment, la tentation demeurera. Les campagnes nationales cherchent à installer une norme simple, martelée depuis des années : en voiture, le téléphone attend.

Que retenir ?

Le tournant observé dans les Landes n’est pas une révolution juridique nationale, mais un changement de doctrine : rendre la sanction immédiate, visible et dissuasive, surtout en cas de récidive.

Dans un contexte où la distraction reste un facteur majeur d’accidents, cette stratégie peut produire un effet rapide, à condition de rester irréprochable sur la procédure et la proportionnalité. La question, désormais, n’est plus de savoir si le téléphone est dangereux au volant : c’est de savoir si la société accepte enfin d’en payer le prix… ou de s’en passer pendant un trajet.

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