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17 ans d’ancienneté, zéro faute : Waitrose licencie un employé pour avoir stoppé un voleur d’œufs de Pâques

Publié par Gabrielle Nourry le 13 Avr 2026 à 20:41

Walker Smith avait tout fait bien pendant 17 ans. Employé modèle d’un supermarché Waitrose — l’équivalent britannique de Monoprix —, cet homme de 54 ans n’avait jamais eu le moindre problème. Jusqu’au jour où il a décidé d’empêcher un récidiviste de repartir avec un sac rempli d’œufs en chocolat Lindt. Résultat : licencié. L’affaire fait trembler le Royaume-Uni et pose une question brûlante — un salarié doit-il regarder un voleur partir sans broncher ?

Un sac d’œufs Lindt, une lutte brève et un lapin en morceaux

Employé de supermarché dans le rayon œufs de Pâques

Tout commence un jour ordinaire dans le rayon confiserie. Un client alerte Walker Smith : un individu remplit discrètement un sac avec des œufs de Pâques en chocolat Lindt. Le vendeur reconnaît immédiatement l’homme. C’est un voleur à l’étalage récidiviste, un visage qu’il croise régulièrement dans les allées.

Sans réfléchir, Smith saisit le sac. Le voleur le lui arrache. Une brève lutte s’engage, le sac se déchire et les articles tombent au sol. L’un des lapins en chocolat se brise en morceaux. Par frustration, Smith en jette un morceau en direction des chariots — pas vers le voleur, insiste-t-il — avant que le malfaiteur ne prenne la fuite.

Le lendemain, l’employé présente ses excuses à son supérieur. Il sait qu’il a enfreint la consigne : ne jamais approcher physiquement un suspect de vol. Mais après 17 ans de bons et loyaux services, il pensait que la direction comprendrait. C’est le contraire qui s’est produit — et la suite a pris une dimension que personne n’avait anticipée.

« On n’a pas le droit de faire quoi que ce soit »

Deux jours après l’incident, Walker Smith reçoit sa convocation de licenciement. 17 ans d’ancienneté, aucune faute antérieure, et pourtant la sanction est immédiate. Ce genre de licenciement disproportionné n’est pas un cas isolé dans la grande distribution.

Interviewé par le Guardian, l’ancien employé ne cache pas son amertume. Il décrit un quotidien où le vol à l’étalage est devenu un spectacle permanent : « J’ai vu ça se produire à chaque heure de chaque jour pendant les cinq dernières années. Il y a de tout, des toxicomanes aux adolescents qui volent des babioles ou qui sortent avec des bouteilles de vin. On n’a pas le droit de faire quoi que ce soit. »

Cette impuissance organisée n’est pas propre à Waitrose. Partout au Royaume-Uni, les enseignes interdisent à leurs salariés d’intervenir physiquement face aux voleurs. La raison officielle : la sécurité du personnel. La conséquence concrète : les récidivistes le savent et agissent en toute tranquillité. D’ailleurs, les vols à l’étalage ont encore augmenté de 5 % au Royaume-Uni sur l’année se terminant en septembre 2025, selon les chiffres officiels du gouvernement. On peut se demander si l’intelligence artificielle pourrait un jour changer la donne dans les rayons.

Un tollé national en quelques heures

Cagnotte de soutien en ligne pour Walker Smith

Quand la presse publie l’affaire, la réaction est immédiate. Sur les réseaux sociaux, des milliers de Britanniques expriment leur indignation. Une cagnotte est lancée au nom de Walker Smith. En quelques jours, elle dépasse les 4 000 livres sterling — soit plus de 4 500 euros —, l’organisateur affirmant que l’ancien employé avait « simplement essayé de faire ce qui était juste et noble ».

Sur X et d’autres plateformes, les appels au boycott de Waitrose se multiplient. Un message résume le sentiment général : « Vous avez besoin de plus d’employés comme Walker Smith, pas moins. Je boycotte Waitrose jusqu’à ce que vous le réintégriez, que vous changiez de politique et que vous présentiez des excuses sincères. »

L’affaire rappelle d’autres cas absurdes dans la grande distribution. En Espagne, une salariée accusée d’avoir mangé un plat du rayon traiteur avait obtenu gain de cause en justice. Ailleurs, un employé avait été viré pour deux bâtonnets de réglisse destinés à la poubelle avant d’être réintégré par un tribunal. Des affaires qui partagent un même ADN : une disproportion flagrante entre le geste et la sanction.

Quand les politiques s’en mêlent

L’affaire prend une dimension politique le lundi 6 avril. Chris Philp, figure du Parti conservateur et ministre de l’Intérieur du cabinet fantôme, interpelle directement Waitrose. Dans une lettre adressée au directeur général Tom Denyard, il qualifie le licenciement de « honteux » et demande la réintégration de Smith.

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Son argument est limpide : « Licencier un employé de longue date dans ces circonstances envoie un message totalement erroné. Cela pénalise ceux qui agissent, tandis que les contrevenants restent impunis. » Le message s’adresse autant à Waitrose qu’à l’ensemble de la grande distribution britannique, souvent accusée de passivité face aux vols. Un patron britannique avait déjà fait scandale pour un licenciement massif jugé inacceptable.

Iain Dale, animateur radio très populaire sur LBC, y va encore plus fort. Ancien propriétaire d’une librairie régulièrement victime de vols, il se dit « personnellement concerné » et lâche en direct : « Si un membre de mon personnel avait maîtrisé un voleur à l’étalage comme il l’a fait, j’aurais voulu lui accorder une augmentation de salaire, et non le licencier. »

Sa conclusion fait mouche : « Pour moi, c’est un héros, mais pour eux, il ne représente rien. » Une phrase qui résume parfaitement le fossé entre la perception publique et la logique froide des directions d’entreprise. Mais justement, que dit Waitrose pour se défendre ?

La réponse de Waitrose : « Rien ne justifie de risquer des vies »

Devanture d'un supermarché Waitrose au Royaume-Uni

Face au tollé, l’enseigne finit par briser le silence. Sa ligne de défense tient en un argument : la sécurité. Waitrose rappelle que des employés ont déjà été hospitalisés après être intervenus contre des voleurs. « Heureusement, ils s’en sont toujours remis, mais ce ne sera pas toujours le cas », explique la direction dans un communiqué.

Le texte va plus loin : « En tant qu’employeur responsable, nous ne voulons jamais nous retrouver dans la situation d’annoncer à des familles une tragédie parce que quelqu’un a tenté d’empêcher un vol. Rien de ce que nous vendons ne justifie de risquer des vies. » L’enseigne affirme que « la lutte contre le vol à l’étalage comporte un grave danger de mort ».

L’argument n’est pas absurde sur le papier. Les agressions contre le personnel de la grande distribution sont en hausse constante au Royaume-Uni. Mais il se heurte à un mur d’incompréhension populaire. Pour des millions de Britanniques, licencier un salarié exemplaire qui a réagi par instinct face à un récidiviste connu, c’est punir le mauvais camp. Certains employés ont connu des situations tout aussi kafkaïennes avec leur employeur.

Un dilemme qui dépasse le cas Walker Smith

Au fond, cette histoire pose une question qui concerne tous les salariés du commerce. Faut-il rester passif quand un vol se produit sous vos yeux ? Les enseignes répondent oui, pour des raisons juridiques et sécuritaires. Les clients et l’opinion publique répondent non, par réflexe moral.

Walker Smith, lui, se retrouve au milieu. À 54 ans, après 17 ans passés dans le même magasin, il doit recommencer à zéro. La cagnotte de soutien continue de grimper, les appels au boycott ne faiblissent pas, et la pression politique sur Waitrose s’intensifie de jour en jour. La question de la proportionnalité des sanctions dans le monde du travail est plus brûlante que jamais.

Pour l’instant, Waitrose n’a pas annoncé de retour en arrière. Mais dans un pays où les vols à l’étalage explosent — +5 % en un an —, cette affaire pourrait bien forcer les grandes enseignes britanniques à revoir leurs politiques. Reste à savoir si le supermarché fera marche arrière avant que le boycott ne lui coûte bien plus cher qu’un sac d’œufs en chocolat.

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