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Elle joue au padel en arrêt maladie, se fait licencier… et obtient 18 mois de salaire

Publié par Elsa Fanjul le 06 Avr 2026 à 10:15

En Italie, une cheffe de rayon de 50 ans a été renvoyée après avoir été aperçue sur un terrain de padel alors qu’elle était en arrêt pour une fracture du pouce. Sauf que la justice vient de trancher en sa faveur — et la facture est salée pour l’employeur. Voici ce qui s’est passé, et ce que ça changerait si l’histoire se déroulait en France.

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Un pouce cassé, un terrain de padel et un licenciement

Tout commence en janvier 2024 à Ferrare, dans le nord de l’Italie. Une employée d’un supermarché, cheffe de rayon depuis près de 30 ans, se fracture le pouce de la main gauche. Son médecin lui prescrit un arrêt maladie avec une interdiction claire : ne pas soulever de charges lourdes. Jusque-là, rien d’extraordinaire.

Raquette de padel sur un terrain avec pouce bandé

Sauf que quelqu’un la repère sur un terrain de padel, raquette en main. L’information remonte jusqu’à son employeur, comme l’a rapporté le quotidien italien Il Resto del Carlino. La réaction ne se fait pas attendre : suspension immédiate, puis licenciement sans préavis. Pour la direction, jouer au padel pendant un arrêt maladie constituait une faute grave.

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30 ans de carrière effacés en une décision

Cette femme de 50 ans avait passé trois décennies dans la même entreprise. Trente ans sans le moindre incident disciplinaire, sans avertissement, sans conflit. Un parcours irréprochable balayé par une partie de padel. La salariée tente d’abord une médiation avec son ancien employeur, mais les deux parties ne trouvent pas de terrain d’entente.

En première instance, un accord est proposé. L’avocat de l’employée, Me Vincenzo Bellitti, le refuse. Il estime que sa cliente mérite mieux qu’un compromis — et décide de pousser l’affaire jusqu’au tribunal du travail. Un pari risqué, mais calculé. Car sur le fond, l’argument est solide : jouer au padel avec un pouce cassé à la main gauche n’aggrave pas la blessure et ne retarde pas la guérison.

Le tribunal tranche : le licenciement était abusif

Salle d'audience du tribunal du travail en Italie
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Le 1er avril dernier — et non, ce n’est pas une blague —, le tribunal du travail rend son verdict. Le licenciement est déclaré abusif. Le juge ne demande pas la réintégration de la salariée dans l’entreprise, mais condamne l’employeur à lui verser l’équivalent de 18 mois d’arriérés de salaire, selon les informations rapportées par Midi Libre.

La motivation du juge est limpide. D’abord, le comportement de l’employée ne méritait tout simplement pas une sanction aussi radicale. Ensuite, le licenciement sans préavis est normalement réservé à des faits « bien plus graves », comme la simulation d’une maladie ou la fabrication d’un faux accident. Or ici, la fracture était réelle, l’arrêt parfaitement justifié. Enfin, la pratique du padel n’avait en aucun cas compromis la guérison de son pouce.

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« Ce jugement marque un précédent, car il fournit une indication sur la façon de se comporter dans certaines situations », s’est réjoui Me Bellitti. Pour lui, la mesure prise par l’employeur était « nettement disproportionnée ». Un cas similaire avait déjà fait parler en France, lorsqu’un patron avait croisé son salarié au restaurant pendant un congé maladie.

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Activité physique et arrêt maladie : où est la limite ?

L’affaire pose une question que beaucoup de salariés se posent sans oser la formuler : a-t-on le droit de faire du sport quand on est en arrêt ? La réponse, en Italie comme en France, n’est pas un simple oui ou non. Tout dépend de la nature de l’arrêt, de la pathologie et de l’activité pratiquée.

Dans le cas de cette cheffe de rayon, les médecins lui interdisaient de soulever des charges lourdes — ce qui l’empêchait de travailler. Mais rien ne l’empêchait de pratiquer une activité physique légère n’impliquant pas sa main gauche de manière intensive. Le padel, joué principalement avec le bras dominant, ne contrevenait pas aux prescriptions médicales. On sait d’ailleurs que le sport a des bienfaits prouvés y compris pendant une convalescence, à condition d’être adapté.

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Ce que dit la loi française sur le sujet

Si cette affaire s’était déroulée en France, le cadre juridique aurait été différent, mais pas forcément plus favorable à l’employeur. Le droit français interdit de licencier un salarié au motif qu’il est malade — ce serait de la discrimination pure et simple, comme le rappelle le Service public.

Salarié en arrêt maladie consultant son téléphone chez lui
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En revanche, un licenciement reste possible dans certaines situations précises pendant un arrêt maladie. Le motif disciplinaire est le principal levier : si le salarié commet une faute, il peut être licencié. Cela inclut le manquement à ses obligations, un acte déloyal comme des comportements filmés par un détective, des insultes ou menaces envers l’employeur, ou encore un acte de concurrence déloyale portant préjudice à l’entreprise.

Un salarié peut aussi être licencié si l’employeur justifie d’une cause réelle et sérieuse, comme une insuffisance professionnelle ou une perte de confiance objectivement fondée. Mais dans tous les cas, les éléments doivent être vérifiables et directement imputables au salarié. Poster des photos de vacances sur Instagram pendant un arrêt, par exemple, peut poser problème — mais ce n’est pas automatiquement une faute.

Des contrôles de plus en plus stricts en France

Il faut dire que le sujet des arrêts maladie est devenu brûlant en France. L’Assurance maladie a récemment mis en place un système de contrôle par visio pour vérifier la réalité des arrêts. Le gouvernement a également durci les règles avec de nouveaux formulaires sécurisés, et la CNAM envisage même de limiter certains arrêts à 15 jours.

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On est loin de la partie de padel italienne, mais le contexte est clair : la surveillance des arrêts de travail se resserre. Des cas récents en France montrent que les employeurs n’hésitent plus à agir. Un homme a été licencié pour avoir travaillé chez un concurrent pendant son arrêt. Un facteur marseillais a perdu son poste après 20 ans de service à cause de ses arrêts répétés. Un autre s’est vu réclamer 5 000 euros pour du bénévolat.

Un précédent qui pourrait faire réfléchir les employeurs

Ce qui rend cette décision italienne intéressante, c’est qu’elle pose un principe simple : la sanction doit être proportionnée à la faute. Licencier sans préavis une employée irréprochable depuis 30 ans parce qu’elle a touché une raquette avec un doigt cassé, c’est sortir un bazooka pour écraser une mouche.

Le tribunal a rappelé que l’arrêt maladie n’est pas une assignation à résidence. Il a un objectif médical précis — permettre la guérison — et tant que les activités pratiquées ne vont pas à l’encontre de cet objectif, le salarié reste libre de ses mouvements. L’affaire pourrait inspirer d’autres décisions judiciaires sur le licenciement en Europe.

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Pour les salariés, le message est double. D’un côté, un arrêt maladie ne signifie pas qu’il faut rester cloué au lit. De l’autre, mieux vaut tout de même rester prudent : partir à l’étranger ou afficher une activité trop visible sur les réseaux sociaux peut vite se retourner contre vous, même si la loi est de votre côté sur le fond.

Quant à cette cheffe de rayon italienne, elle aura au moins gagné une chose : la preuve qu’un employeur ne peut pas tout se permettre. Même quand il vous surprend raquette en main.

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