Chauffage : cette technique coréenne chauffe toute mieux qu’un poêle et coûte moins cher
Quand le froid s’installe, beaucoup de Français vivent la même frustration . Une pièce surchauffée autour du poêle, des chambres qui restent fraîches. Et une facture qui grimpe malgré les efforts.
À plus de 8 000 kilomètres de là, la Corée a, depuis des siècles, une réponse architecturale à ce problème. Faire du sol lui-même un émetteur de chaleur. L’ondol, ancêtre du chauffage au sol, n’est pas qu’une curiosité exotique. C’est une leçon de sobriété… à condition de comprendre ce qui le rend réellement efficace.
Un chauffage né d’une contrainte : survivre à l’hiver sans “points chauds”
L’ondol n’a pas été inventé pour le confort moderne, mais pour une nécessité : maintenir une chaleur stable dans des hivers parfois très rudes, alors que le bois et la biomasse restaient des ressources précieuses. Dans la tradition coréenne, l’idée est simple et redoutablement logique : au lieu de chauffer l’air à proximité d’un foyer, on chauffe une masse minérale sous le plancher, qui restitue ensuite lentement son énergie.
Historiquement, ce système s’est diffusé et perfectionné au fil des siècles, au point de façonner l’organisation même de l’habitat. Les maisons traditionnelles ne se contentent pas “d’accueillir” le chauffage : elles sont pensées autour de lui, avec des circulations et des usages quotidiens adaptés à une chaleur qui vient d’en bas. Ce n’est pas un détail culturel : c’est un choix thermique.
Comment fonctionne l’ondol : la maison comme “batterie de chaleur”
Dans sa forme traditionnelle, l’ondol s’appuie sur un foyer, souvent lié à la cuisine, qui produit de la chaleur et des fumées. Plutôt que de filer directement vers la cheminée, les fumées chaudes circulent sous le sol dans des conduits, chauffent au passage des pierres et des couches minérales, puis sont évacuées plus loin. Résultat : le plancher devient un immense échangeur, et la chaleur se diffuse ensuite par rayonnement, de manière plus homogène qu’un appareil qui chauffe surtout l’air.
Le Service de l’histoire nationale coréenne décrit cette logique de circulation et les éléments clés du dispositif traditionnel, avec un vocabulaire précis : le foyer, les conduits sous le plancher et l’évacuation finale par cheminée. Le principe central, lui, reste universel : stocker de l’énergie dans une masse, puis la restituer lentement.
Cette inertie a un effet immédiat sur la sensation de confort. Un poêle peut créer un “pic” de chaleur, puis un refroidissement rapide si l’on cesse d’alimenter. Un sol chauffé, lui, lisse les variations : la température paraît plus stable, la pièce moins sujette aux zones froides, et le corps ressent davantage la chaleur par rayonnement que par convection. Autrement dit, on peut parfois se sentir bien avec un air un peu moins chaud… parce que les parois et le sol “réchauffent” réellement la perception.
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Pourquoi cette idée parle aux Français en 2026 : la sobriété est devenue une réalité sociale
En France, la question n’est plus seulement technique : elle est économique et sociale. Selon l’observatoire BâtiZoom de l’ADEME, en 2025, une large majorité de ménages déclarent avoir restreint le chauffage pour éviter des factures trop élevées, et plus d’un tiers disent avoir rencontré des difficultés pour payer certaines factures d’énergie. Autrement dit, le confort d’hiver est déjà, pour beaucoup, un arbitrage.
Dans ce contexte, l’intérêt de l’ondol n’est pas de vendre un “truc secret” venu d’Asie, mais de rappeler un point souvent oublié : l’efficacité d’un chauffage se joue autant sur la manière de diffuser la chaleur que sur la puissance de l’appareil. Chauffer mieux n’est pas forcément chauffer plus.
Le descendant direct de l’ondol existe déjà chez nous : le plancher chauffant… mais il a ses conditions
La version moderne, en Corée comme en Europe, n’a plus grand-chose à voir avec la circulation de fumées sous le plancher. Elle repose sur un réseau d’eau chaude (ou, plus rarement, un système électrique) intégré dans la dalle. La logique reste pourtant la même : une grande surface émettrice, une température de fonctionnement plus basse, et une chaleur principalement rayonnante.
C’est précisément là que le plancher chauffant peut devenir un allié de la transition énergétique, notamment avec les pompes à chaleur. L’ADEME rappelle qu’abaisser la température d’eau de chauffage améliore les performances d’une PAC : à mesure que la température de départ diminue, le COP a tendance à s’améliorer, ce qui signifie, concrètement, plus de chaleur produite pour la même quantité d’électricité consommée.
La Corée, elle, a industrialisé sa culture du chauffage par le sol à grande échelle. Des acteurs industriels comme Kiturami revendiquent avoir modernisé l’ondol en développant des systèmes “pipe ondol” et en diffusant des solutions de chauffage à eau chaude compatibles with les usages contemporains.
La clé que l’ondol met en lumière : la diffusion ne compense jamais une mauvaise enveloppe
Là où l’enthousiasme retombe, c’est quand on transpose l’idée sans le contexte. Un chauffage au sol, aussi agréable soit-il, ne fera pas de miracles dans un logement qui perd sa chaleur par le toit, des murs mal isolés ou des fuites d’air. Dans une maison “passoire”, le meilleur émetteur du monde alimentera surtout… les déperditions.
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C’est d’autant plus important que la politique du logement se durcit. Le diagnostic de performance énergétique (DPE) reste un pivot des décisions de rénovation et de location, et il a fait l’objet d’ajustements et de réformes successives : en clair, les règles évoluent, et la valeur d’un logement se joue aussi sur sa trajectoire énergétique.
En parallèle, la rénovation, censée accélérer la transition, connaît ses propres tensions : délais, complexité administrative, conditions d’éligibilité mouvantes. Autrement dit, la “bonne” solution technique n’est pas toujours la plus simple à mettre en œuvre, surtout quand le budget est contraint.
La vraie leçon à retenir : viser une chaleur plus stable, pas un appareil plus puissant
L’ondol raconte une histoire de stabilité. Pour un foyer français, cela se traduit moins par un fantasme de “sol chauffant partout” que par une stratégie cohérente : mieux répartir la chaleur, mieux la piloter, et réduire les variations inutiles.
L’ADEME insiste sur l’importance du pilotage et de températures adaptées selon les pièces. Les repères fréquemment rappelés tournent autour d’un salon aux environs de 19 °C quand il est occupé, d’une chambre plus fraîche la nuit, et d’une salle de bain plus chaude au moment de l’usage. L’objectif est simple : arrêter de chauffer “au hasard” et coller aux besoins réels, sans sacrifier le confort.
Cette logique rejoint un constat bien connu : une chaleur mieux répartie permet souvent de baisser un peu la consigne sans ressentir de perte de confort. Et chaque degré compte : les campagnes d’information publiques rappellent qu’un abaissement modéré peut se traduire par une économie notable sur la facture, tout en réduisant les émissions associées au chauffage.
Une méthode de sobriété énergétique
L’ondol n’est pas une baguette magique, ni une recette miracle pour diviser sa facture du jour au lendemain. C’est une démonstration, vieille de plusieurs siècles, qu’un chauffage performant est d’abord un chauffage pensé comme un système : une diffusion homogène, une inertie qui stabilise, un habitat conçu pour conserver la chaleur, et un pilotage adapté aux usages.
En 2026, alors que la sobriété est devenue une réalité pour une majorité de ménages, cette vieille idée coréenne rappelle surtout une évidence moderne : on ne gagne pas la bataille de l’hiver avec plus de flammes, mais avec une chaleur mieux utilisée.