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-17 degrés à Paris et 20 cm de neige : une fin janvier dantesque

Publié par Killian Ravon le 19 Jan 2026 à 13:03

Deux chiffres suffisent à déclencher la panique : -17 °C à Paris, sous 20 centimètres de neige, « à la fin janvier ». Pourtant, entre un titre accrocheur, une vraie référence historique et la réalité des prévisions, il y a un monde.

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Rue parisienne enneigée au lever du jour, lampadaires allumés, tour Eiffel dans la brume.
Paris au petit matin après une nuit de fortes chutes de neige, la tour Eiffel se devine dans la brume.

Alors, que vaut ce scénario et que nous disent vraiment les archives… comme la météo de l’hiver 2025-2026 ?

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L’Arc de Triomphe enneigé lors d’un épisode hivernal, Paris, janvier 2013. Crédit : Flickr user 56421238@N00.
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Un titre spectaculaire, mais une question très concrète

Ce qui rend l’histoire crédible, c’est qu’elle s’appuie sur un fait réel : Paris a déjà connu des chutes de neige franchement conséquentes. De plus, la France sort d’un début janvier 2026 marqué par un froid et de la neige « remarquables par leur intensité », selon Météo-France.

Dans ce contexte, voir circuler un scénario « grand hiver » n’a rien d’étonnant. Toutefois, l’enjeu n’est pas de promettre une capitale ensevelie. Il s’agit plutôt de comprendre ce que ces chiffres recouvrent, ce qui relève des archives, et ce que la prévision peut – ou ne peut pas – dire à dix jours et plus.

La tour Eiffel dans un décor hivernal, Paris, 20 janvier 2013. Crédit : Flickr user 10288162@N07.
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Début janvier 2026 : un hiver bien réel, déjà, en France et à Paris

Avant même de parler de « fin janvier », il faut rappeler ce qui vient de se passer. Météo-France indique que l’indicateur thermique national est passé sous 0 °C pendant trois jours consécutifs, les 4, 5 et 6 janvier 2026. Les minimales ont tourné autour de -5 °C en moyenne sur le pays, avec un écart d’environ 7 °C par rapport aux normales.

Le pic de froid a été sévère localement, avec jusqu’à -23,5 °C relevés aux Fourgs (Doubs), et des valeurs nettement négatives dans plusieurs villes. Pourtant, Météo-France précise que cet épisode « très marqué » ne répond pas aux critères climatologiques d’une vague de froid à l’échelle nationale.

À Paris, l’épisode neigeux du 7 janvier a laissé 7 cm à Paris-Montsouris, pour une couche accumulée d’environ 10 cm. Selon Météo-France, c’est la plus forte chute depuis février 2018 (12 cm). L’organisme rappelle aussi deux jalons parlants : 15 cm en 1987 et 20 cm en 1966.

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Autrement dit, « 20 cm à Paris », ce n’est pas un mythe. Mais ce n’est pas un standard non plus.

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Janvier 1966 : quand Paris s’est réveillée sous 20 cm

Le chiffre des « 20 cm » renvoie directement à l’hiver 1966, devenu un repère dans la mémoire météo parisienne. Les données climatologiques disponibles pour Paris-Montsouris font apparaître une hauteur maximale de neige au sol de 20 cm en janvier 1966.

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Ce détail compte, car Paris-Montsouris n’est pas une station « au hasard ». C’est une référence, utilisée pour suivre l’évolution du climat dans la capitale. Quand on dit « 20 cm à Paris », on parle donc d’une mesure au sol, dans un cadre d’observation normé.

Côté températures, l’image d’un Paris « sibérien » doit être maniée avec précision. Toujours d’après les relevés de Paris-Montsouris, le mois de janvier 1966 descend à une minimale sous abri de -13,6 °C, tandis que certaines mesures au ras du sol peuvent approcher des valeurs plus basses, autour de -16,8 °C à la date la plus froide du mois.

Alors, d’où sort le fameux « -17 °C à Paris » ? Il peut correspondre à un arrondi, à une mesure au sol, ou à des valeurs observées en périphérie, là où l’îlot de chaleur urbain pèse moins. En revanche, afficher « -17 °C à Paris » comme un acquis pour une fin de mois précise relève davantage du raccourci que de la certitude.

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bst

Neige en ville : le détail qui change tout, c’est l’accumulation

Ce qui impressionne, ce n’est pas seulement « qu’il neige ». C’est que la neige tienne, puis s’empile. Or, à Paris, plusieurs facteurs s’y opposent presque en permanence : les sols plus chauds, la circulation, les traitements routiers, et l’îlot de chaleur urbain.

Ainsi, les 10 cm observés début janvier 2026 ont déjà constitué un marqueur fort, parce qu’ils dépassent ce que la capitale voit la plupart des hivers. Météo-France souligne d’ailleurs que, dans le contexte du réchauffement, les épisodes neigeux en plaine deviennent moins fréquents, sans disparaître.

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Pour atteindre 20 cm, il faut généralement une combinaison très exigeante : un air suffisamment froid sur toute l’épaisseur de l’atmosphère, des précipitations continues, et une température proche de 0 °C (ou en dessous) qui se maintient assez longtemps. À Paris, le moindre redoux, même bref, peut tasser, humidifier puis faire fondre une partie de la couche.

Quais et voies de Paris-Est sous la neige, un exemple d’impact direct sur le rail. Crédit : Tangopaso.

Fin janvier : ce que la prévision peut dire… et ce qu’elle ne peut pas promettre

Le problème d’un titre comme « -17 °C et 20 cm fin janvier », ce n’est pas la physique. C’est l’échéance. Plus on s’éloigne, plus l’incertitude grimpe, surtout dès qu’on parle de blocages atmosphériques, de décrochages froids et de trajectoires dépressionnaires capables de faire basculer un scénario vers « froid sec » ou « neige abondante ».

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Plusieurs sites spécialisés ont, ces derniers jours, évoqué des signaux à surveiller pour une possible dégradation hivernale en fin de mois, tout en insistant sur les incertitudes. C’est un point clé : même quand un schéma « continent froid » apparaît dans certains modèles, il suffit d’un décalage de quelques centaines de kilomètres pour changer la donne à Paris.

Dans la pratique, la seule manière sérieuse de suivre un risque neigeux en Île-de-France reste d’attendre le resserrement des prévisions à quelques jours, puis de se référer aux bulletins et à la Vigilance lorsque l’épisode devient réellement probable. Sur ce début janvier 2026, Météo-France rappelle justement l’importance de s’informer via la Vigilance et les phénomènes dangereux.

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Se préparer sans se laisser piéger par les chiffres

Il y a un réflexe utile face aux titres extrêmes : basculer de la peur à l’anticipation.

Pour les déplacements, Paris souffre moins d’un « manque de neige » que d’un mauvais timing. Une chute nocturne qui coïncide avec l’heure de pointe suffit à saturer routes et transports, même avec quelques centimètres. De plus, le verglas peut être plus redoutable que la neige, car il transforme une chaussée banale en surface imprévisible.

Pour les logements, le froid intense est d’abord un test de continuité : chauffage, canalisations, et isolement. Enfin, sur le plan humain, ce sont les personnes les plus vulnérables qui paient le prix des épisodes soudains, surtout quand le froid s’installe plusieurs jours.

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C’est aussi là que les archives servent. Elles ne disent pas « ça va recommencer ». Elles rappellent plutôt que la rupture reste possible, même si elle devient moins fréquente.

Le jardin des Tuileries fermé au public après une forte chute de neige, Paris, décembre 2010. Crédit : Flickr user 72746018@N00.

Paris peut revoir un vrai épisode neigeux, mais le scénario « -17 °C / 20 cm » reste une hypothèse, pas une promesse

Oui, Paris a déjà connu 20 cm de neige, et Météo-France le rappelle clairement, en le replaçant aux côtés de 1987 et 2018. Oui, l’hiver 2025-2026 a déjà montré, début janvier, qu’un épisode marqué peut surgir et perturber fortement le quotidien.

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En revanche, annoncer dès maintenant « -17 °C à Paris » et « 20 cm fin janvier » comme une certitude mélange souvent trois choses : des archives bien réelles, des scénarios météo encore fragiles, et un goût du chiffre choc. La bonne approche est simple : garder l’œil sur les tendances, attendre le court terme pour trancher, et se préparer aux impacts concrets plutôt qu’aux records.